72 lllSTOJnE SOCIALISTE: français munis de métiers mécaniques? • De là, dans la buurgPoisic industrielle de Normandie surloul, une sorle d'inq11iêludc généralP- el d'indécision comme dans les grandes cri~es où la vie se renouvelle. Les Cahiers du Tiers Étal normand en portent la trace. La corporalion des dra1iiers de Caen dil ceci : « Commes les mécaniques préjudicieront considérahlemenl Ir pauvre peu1ile, qu'elles réduisent la filature à rien, on demande leur suppression. Celle suppression csl d'aulanl plus juste que la filature de ces ;nstrumenls esl très vicieuse cl que les étoffes qui en sbnl fabri11uécs sonl Ioules creuses cl de très mauvaise q11alilé. » Cc que valent ces prétextes cl celle sollicitude« pour le pauvre peuple,», nous n'avons pas à le rechercher: li surfil cle noter la protestation, comme indice du trouble des esprits. Le Tiers État de Rouen esl moins négatif el sa pensée est plus large : " Que le Roi sera suppliti de ne conclure aucun traité avec les puissances étrangères sans que le projet en ail été communiqué aux Chatnbres de Commerce du royaume cl qu'elles aienl eu le temps de faire à sa lllajeslé leurs remontrances et obscrvalions. Qu'il soil pourvu sur la demande des 8tals Généraux, par tous le, moyens qui sonl au pouvoir de l'administration, aux désavantages actuels du traité de commerce fail avec l'Angleterre .. .' cl qu·en lrailanl l'objet du lrailé de commerre, les Étals Généraux prennent en considéralion s'il csl nécessaire d'autoriser ou de défendre l'usage des machines anglaises dans le royaume. » Cel appel aux Étals généraux pour résoudre la queslion du machinisme indigue bien le désarroi des esprits. Mais cc trouble même, celle inquiétude des grands prüblèmes nouveaux, bien loin d'affaiblir le mouvement révolutionnaire de la bourgeoisie, le fortifient. Non seulement elle a, dès lors de si grands intérêts c1u'elle ne peut plus en abandonner la gestion à la seule puissance royale. Non seulement elle est obligée, sous peine des plus cruelles surprises, de réclamer le contrôle des traités de commerce où toule sa fortune, toute son activité sonl engagées. Mais même les transformations industrielles prochaines· qu'elle pressent, même celle apparition du machinisme dont elle enlrevoil obscurément les vastes conséquences, toul lui fait une loi de prendre la direction des événements. Le navire où elle a accumulé toutes ses richesses va alîronler la haute mer : il faul qu'elle saisisse le gouvernail. M~is si déjà dans les mines d'Anzin el de Fresnes, dans quelques manufactures des drap d'Abbeville. d'Elùœuf ou de Sedan, clans quelques grandes corderies des ports, clans les plus vastes filatures el les plus grands lissages de Normandie, dans les foyers les plus actifs clc l'Est, le type de la grande industrie capilalisle commence à apparaitre, il s'en faut de beaucoup que l'ensemble de la produclion industrielle rie la France ail allei'nl, en 1789, ce degré de concentration el crll.e intensité. Le. plus so11venl, pour la lila1ure comme pour le lissage, le travail est dispersé à domicile. Le rouet tourne, le mélier bal clans la pauvre maison de l'artisan ou du paysan el J'iudustrie
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