Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

Il ISTOIRE SOCIA LI STE narchie; le crédit du savoir, toujours d·autanl plus grand que la masse des hommes est plus ignorante, y donne naissance à la première aristocratie, cell~ des \'ieillards, des prêtres, des devins;des médecins, origine des brames, des druides, des augures; en un mol, de toute aristocratie fondée sur la science, qui partout a précédé celle des armeo et celle de la richesse, et qui, dès l'origine de la société, acquiert toujours un grand pouvoir par quelques services réels soutenus d'un grand accessoire de tromperie. • Lorsque l'accroissement de la population fait sentir à !"homme le besoin d·une subsistance moins précaire et plus abondante, il sacrifie pour c~ister une portion de son indépendance, il se plie à des soins plus assidus; il apprivoise des animaux, élève des troupeaux et devient peuple pasteur. Alors la pr9priété commence à influer sur les institutions; l'homme attaché au soin des troupeaux n'a plus toute lïndépendancc du chasseur; le pauvre el le riche cessent d'tllrc égaux, el la clemocratie naturelle n'existe déjà plus. La nécessité de protéger el de défendre les propriétés oblige de donner plus d'énergie à toute autorité militaire el civile; ceux qui en disposent attirent les richesses par le pouvoir, comme par les richr,sses ils agrandissent le pouvoir el le fixent dans leurs mains; enfin, dans cet Uge des sociétés, il peul exister des conditions où le pournir aristocratique ou monarchique acquiert une extension illimitée : des exemples pris dans plusieurs régions asiatiques le prouvent. ... • Enfin les besoins de la population s'accroissant toujours, l"homme est obligé de chercher sa nourriture dans le sein de la terre; il cesse d'être errant, il devient cultivateur. SacriOant le reste de son indépendance, il se lie pour ainsi dire à la terre et contracte la n6cessité d'un travail habituel. Alors la terre se divise entre les individus, la propriété n'enveloppe plus seulement les troupeaux qui couvrent le sol, mais le sol lui-même; rien n'est commun; bientôt les champs, les forêts, les fleuves même, deviennent propriété; el ce droit, acquérant chaque jour plus d'étendue, influe toujours plus ]Juissamm~nt sur la distribution du pouvoir. • Il semblerait que l'e.,tréme simpfüilé d'un peuple purement agricole devrait s'accorder avec la démocratie, cependant un raisonnement plus approfondi el surtout l'expérience prouve que le moment où un peuple est parvenu à la culture des terres et où il ne possède pas encore cette i11d11st,·ie manufacturière et commerciale qui lui succède, est de tous les périodes du régime social celui où le pouvoir aristocratique acquiert le plus d'intensité. C'est à cette époque qu'il domine et qu'il subjugue presque toujours les influences démocratique et monarchique. • Rarement, etj,1mais peut-être il n'est arrivé que la première distribution des terres se soit faite avec une certaine égalité. Si le partage a eu lieu sur une terre vierge et possédée par le simple droit d'occupation, le peupleayanl toujours quelques institutions politiques, quelques pouvoirs établis au mo-

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==