Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

Ill S'I'OlllE SOCIALISTE à Mawrin comme trophée ùe victoire, leurs chaperons rouges à liséré blanc, la ,ille amil perdu ~e, franchise, communales: el en fait, par lïnlermédiaire d'un petit groupe <lenobles el tir nolahles bourgeois, banquiers ou marchand•, elle était administrée I ar le Hoi. )lais jusque dans celle renlrali,alion d'ancien régimi>. elle gardait Cùmme une puiss~nce conlinur rie vibration el d'agitation, une extraordinaire facullé d'cillhuusiasme cl de colère. Pourtant, pendant les deux dcrnier5 siècles rie l'ancien régime, c'e,l ,u,·loul dans les entreprises barilies du rn'goce, de la banque, de Iïnduslrie, que ~Iarscille dépense sa merveilleuse fougue. Elle esl en rapport d'affaires avec tout cc monde m(·dilerranécn el oriental, lraver5é encore d'autant de corsaires que de marchands, el plus d'une fois son n(;oce ressemble i, une bataille. Une surie d'imprént guerrier m61é à l'imprévu des affaires Lient en é1eil el en émoi les imaginations el les cœur5. )lais au travers des accidents el des aventures se développe un mouvement d'échanges continu cl croissant. Les importations el exportations les plus considérables se raisaicnl à Smyrne, à Con,tanlinovle, à Salonique, à Alc,andrie d'Egypte, à Alep. Drs citoyens de Marseille comme Peyssonnel adressaient à leur ville les mémoire5 le, plus minutieux sur le commerce du Levant, sur Conslanlinople, la Syrie, la Bulgarie, la Valachie. Enlre )Jarseille el Tunis, Alger, le ~foroc, les rapports étaient incessants. Mais c'est surtout à parlir de la paix d'Vlrechl que )Jarseillc, en un mouvement rapide, s'empare iu commerce du Levant, el l'a,.rache aux .\nglais. Ce sont les draps qui sonl le fond des expéditions de )larscille dans le Levanl, ou loul au moins, c·e,l un des principaux article-. Or dans le livre de P,•yssonnd ,;ur quelques branches du commerce el de la navigation, je relè1 e que les pièces de drap envoyées clans le Levant s'élè1enl de 10.700 en li08 à 59.000 en 1750. La ,·ente a quintuplé, refoulant les draps d'A11glcterre, el on comprend très bien qu'à celte dale de 1750, lord Chesterfield, dans le passage que oous avons déjà cité, ,ignale à son fils les progrès économiques de la ~·rancê dans le Le,ant. C'est par Marseille qu'ils s'accomplissaient. Pour pouvoir e1,µorler de gran,les quantités d'étoffe, les négociants de Marseille avaient encouragé au début el même commandité les manufactures du Langnedoc. lis a, aient aidé notamment les héritiers du sieur Varennr, qui avait fondé auprès de Carcassonne une des premières fabriques de drap. De la Provence au Languedoc les communications étaient constantes; el le lieu des inlér6ls était très étroit .. \farseille li rail ùu Levant des laines excellentes, el les laines converties eu drap par les manufactures languedociennes étaient réexpédiées dans le Levant. Celle vaste solidarité des inlérôls de la bourgeoisie el cel enchevêtrement des rapports économiques expliquent, en bien des cas, l'ensemble el la soudaineté des mouvements de la France, dans la période révolutionnaire.

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