l!ISTOillE SOCIALISTE 133 ception bourgeoise? M. André Lichlenberger, dans deux livres intéressants, Le Socialisme au dix-huilième siècle; Le Socialisme et la Révolution fi-ançaise, a réuni un grand nombre de te,tcs où la pensée socialiste semble s'affirmer; M. Lichtenberger n'a tiré que des conclusions très prudentes et très sages. li reconnait très justement que dans la plupart des écrivains el des philosophes du dix-huitième siècle « la pensée socialiste » a un lour purement spéculatif el moral et qu'elle n'e;,l point un appel à des forces nouvelles, aux inlérMs el aux passions du peuple ouvrier. Quant aux brochures qui inondèrent lilLéralement Paris <Jansles six mois qui précédèrent la réunion des Etals généraux, sur cinq mille qu'a dépouillées ~l. Lichtenbergcr, il en est à peine vingt qui protestent contre les soulîrances et la dépendance des salariés, des manouvriers, el qui louchent au problème de la propriété; elles n'eurent d'ailleurs qu'un très faible relenli-semenl. /Jais M. Lichlenberger lui-m~me, en isolant ces textes, en a involontairement exagéré la valeur cl parfois méme déformé le sens. Qu'importe par exemple que les prolétaires de Paris aient pu lire dans une page de LingueL, en sa théorie des lois civiles publiée en iî07 : « Les manouvriers gémissent sous les baillons dégoülanls qui sont la livrée de l'indigence. lis n·ontjamais part à l'abondance dont leur travail esl la source. La richesse semble leur faire grâce quand elle veut bien agréer les présents qu'ils lui font. Elle leur prodigue les mépris les plus outrageants. Ce sont les domestiques qui ont vraiment remplacé les serrs parmi nous; c'est sans contredit une très nombreuse et la plus nombreu,e portion de chaque nation. « JI s'agit d'enminer quel est le gain elîcctif que lui a procuré la suppression de l"esclarnge. Je le dis avec autant de douleur que de franchise: loul ce qu'ils ont gagné, c'est d'être à chaque instant tourmentés par la crainte de mourir de raim, malheur dont étaient au moins exempts leurs prédécesseurs dans ce dernier rang de !"humanité. » El qu'importe encore quïl ail varié ce thème en paroles ardentes?« Le travailleur est libre, dites-vous; eh•! voilà son i;nalheur : il ne lient à personne, mais aussi personne ne tient à lui... Les journaliers naissent. croissent el s'élèvent pour le service de l'opulence, sans lui causer les moindres frais, comme le gibier qu'elle ramasse sur ses terres. « C'est une triste ironie de dire que les ouvriers sont libres el n'ont pas de maitres. Ils en onl un, el le plus terrible, le plus impérieux des maitres. Le pauvre n'est point libre, el il sert en Lous pays. lis ne sont pas aux ordres d'un homme en particulier, mais à ceux de tous en général. " Oui, à quoi pouvaient servir au prolétaire ces paroles de feu, puisque Linguet n'avait d'autre bul que de raballre !"orgueil de la philosophie el de la société moderne, et de glorifier l'antique régime féodal? li s'écriait : « Que les esclaves d"Amériquo ne gémissent point de leur sort, et qu'ils craignent un alîranchissement qui les plongerait dans un plus triste état .» De quel
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