Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOIHE SOCI.\LISTE fourni aux nouvelles génér ilions réactionnaires lanl de formules d't•rrrur, qu'il est impossible de ne pis relever au pa,,age srs méprises Je, plus graves. JI a prétendu que toute la li llérature clu Hl!!' siècle était générale et abstraite et qu'en la lisant il ne trouvait point à prendre une seule note, Il a prélrndu que la Révolution procédait clc cet esprit d'abstraction. Or, je ne connais rien de plus plein, de plus solHe, rte plus sul.i-lantiel que ces Cahiers du 'l'iers-f;tal, qui sont comme l'e,pression supri·me ,te la !illératme française du xvm• siècle, et si je puis dire la plus grande litt,;rature nalionale que possède aucun peuple. La langue en est merveilleuse de précision et de nerf: on y sent à la rois la manière mesurée, nuancée et aiguë de ;Jonte•quieu et la manière. sobre, amère et forte du Jean-Jacques du Contrat social. li n'y a pas une phrase vaine, pas une déclamation, pas un élan d'inutile sensibilité: r1u'oo lise al'ec soin non seulement les admirables Cahiers de Dupont de );omours, dont plus d'une fois j'ai parlé; non seulement les Cahiers de Poitiers el de Chalellerault, don l je ne connais point les rédacteurs el qui sont dP5 chefsd'œuvre. mais pre~que tous les Cahier~, et on verra que jamais dans l'hi,toire un peuple n'eut possession plus parfaite cl maniement plus sûr d'un mécanisme de langage plus exact. La prétendue déclamation rê\"Olulionnaire n'est qu'un mol: c'est tout un monde de sou!Trances el d'abus, c'est aus,i tout un 111onde d'in,tilulions nouvelles qui est contenu et comme rama,sé en chacun de ces cahier; . .-\u contraire de ce que dit ·raine, qui visili'emenl ne les a point Jus, on y pourrait prendre des notes in111,mbrables sur le détail mAme de la \ie sociale . •\!ème dans les Cahiers gént1raux qui ont forcément laissé tomber d'innombrables traits locaux el in,livicluels, recueillis dans les Cahiers de paroisse, apparall, si je puis dire, le relier, la figumHon acci lenlée de i(l France. Des rochers brûlés de Provence où les pauvres habitants des campagnes travaillent à des travaux de sparterie maigrement payés, aux côtes de Breta~ne, où les pauvres laboureurs disputent à l'avidité seigneuriale les goémons apportés par la tempMe et laissés par le reflux; de la cave des vignerons de Bourgogne où les employés des aides verbalisent sur les manquants, aux serf's de Saint-Claude, qui ne peuvent se marier sans le consentement de l'abbaye; ùu mallre-lanneur de Nogeot-!e-llotrou à l'armateur négrier de Nantes, toutes les variétés de la ,•ie sociale éclatent dans les Cahiers : mais, surtout, c'est l'unité du mouvement qui est admirable. Partout les molmes problèmes soul posés et parloul ils reçoivent les mêmes solutions. Et, tout d'abord, Lous le, Cahiers du Tiers proclament que le vote aux Étals générau, doit avoir lieu par tête el non par ordre, comme aux précédent, ftats généraux: là est la clef de la Révolution.

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