Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

lllSTOJnE SOCIALISTE ,ocialc. li n·y a pas eu une phrase, môme la plus vaine en apparence, qui n'ait dé clid,'e par la réalité cl qui nr porte témoignage de la néccssili• historique. El si )f. Taine, dont l'œuvre révèle des ignorances presque incroyables, s·csl au:;si gro:;sièremenl mépris sur la Révolution, <JUCdevienl sa lhéorie sur l'espril classique el sur le vertige de l'abslraclion? ~lais ici encore il s·csl trompé à fond. D'abord il a opposé à faux, par l'ahslraclion la plus arbitraire, la science el cc CJuïl appelle l'esprit classique. De la science, telle qu'elle s·csl développée au xrn• cl au xv111•siècle, il fail un magnifique éloge. · Elle a révélé à l'homme la slruclure de l'univers, son immensilé, la loi des mondes. qui s'y meuvent cl s'y enchainent. Elle lui a enseigné ce qu'était la terre, quelle en éluil la place, la forme, la dimension, quel en élail le mouvement, quelle en était l'origine probable. Elle a commencé, sous les ycu, de l'homme, le classement des formes innombrables de la vie cl clic a appris i, l'homme lui-mème, orgueilleusemcul isolé ju~qu'ici, qu'il faisül parliè de la longue série des t\lres, qu'il élail un bourgron, le plus' haut ,le l'arbre immense de la vie. Elle a essayé d'analy:;rr les sociétés humaines, de surprendre le ;ccrel de la vie sociale, cl clic a tenté de décompo,rr les phénomènes économiques, les idées de richcs;c, de rente, de ml<•,·,·, de pruducLon. Drcf, <lumouvemcnL 1..i11lainde raslre à peine perceptible dans le ciel profond, au battement de; 11uu veau, métiers dans les man ufaclures, la science a essayé de tout comprendre cl ùe loul développer en un ordrè continu qui fùl celui de la nature elle-môme. \'oilà ce qu'ont fail les savants du xvu• el du xv111•siècle el celle èducaliou de respril public par la science eùl été admirable si, selon M. 'l'aine, l'esprit classique n'avait habitué les Français à ne retenir de la réalité immense que quelques idées générales el sommaires, loulrs prèles aux combinaisons légères de la convèrsalion ou aux combinaisons redoutables de l'utopie. La science solide el droite s'est d'abord comme volalili:56c clans les salons, puis déforrnéc dans les assemblées el dans les clubs. De là les vanités el les égarements ùc la llé1 olulion. Mais par quelle anatomie décevante M. Taine a-t-il pu séparer la sci~nce moderne <le l'esprit classique? Cc sont deu~ forces liées et même conro,;. ducs. L'esprit classique consiste à analyser chaque idée, chaque !ail en ses éléments essenliels, à éliminer ce qui est superficiel ou Corluil, et à di-poser ensui le tous les éléments nécessaires dans l'ordre le plus naturel, le plus logique el le plus clair. Or celle méthode, celle llabiludc de. simplification el d'encha1nemcnl élail nécessaire à l'e,pril humain pour alJorder la complexilo infinie cle la nature cl de la vie, pour entreprendre la conqu0le scienlifique de l'univers.

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