li ISTOIHE SOCIA LIST K 119 furent l'œuvre de brigand~, suscilés pour compromellrc la cause du peuple. o·autres accusèrent un prêtre équivoque, l'abbé Roy, qui vivait d"expédienls, et qui arait élé dénoncé pour fan~ par Réveillon, d' a\'oir machiné par vengeance cet allcnlal. Peut-Nre aussi les haines qu'excilail dans le Tiers État même, chez les artisans cl les petits producleur,, la grande manufacture de Réveillon, écrasant tous ses rivaux de sa conrurrence triomphante a-t-elle concouru au mouvement. Cependant, quand on lit l'interrogatoire des blessés qui furent couchés deux par deu~ dans les lits de lïl0tcl DiPu, on constate que la plupart n'étaient poinl en efîet des ouvriers de Réveillon, el qu'ils n'apparlenaienl même pas au faubourg. C"élaient des ouvriers de Ioules les corporations « qui pa,;aient. • Plusieurs des hommes ainsi arrêtés furent jugés hâtivement el pendu,. Dc,·ant ces lits d"hùpilal où nous renconlrons pour la première fois des prolétaires aballus sous des balles d"ancien régime pour avoir assailli un riche bourgeois, champion de la Révolution, devant ces potences où furenl bissés de pauvres ouvriers frappés par la justice expirante du Roi, désavoués et 0élris comme des brigands par la nouvelle classe ré,·olutionnaire, nous nous arrêtons arec un grand trouble d"espril et une grande amiélo de cœur. ;'(ous voudrions lllre juste envers eux et leur paune visage convulsé ne nous line pas i;on secrel. Furent-ils de vulgaires pillards, brûlant pour ,oler? Furent-ils de louches agents de la réaction monarchique? Furent-ils les sen ilcurs inconscients d·une première intrigue de Contre-Révolution? Ou bien dans l'unirerselle fermentation de la Révolution nais,ante, cédèrent-ils à la rancune de la faim cl accoururenl-ils de Lou~les poinls de la capitale, sans aulre signal que leur commune misère? Sont-ils, avanl même que le grand drame révolutionnaire soit ouvert, un étrange prologue prolétarien? faut-il ,oir en eux une ba$Se clientèle d'ancien régime, ou une avant-garde du mouvement populaire dPs;, et Goctobre? Problème d'autant plus insoluble qu·aucun des deux grands partis qui allai enl se heurter ne semble l'avoir approfondi, la Cour par peur d"y trouver la main de sa police, la bourgeoisie révolutionnaire par peur de découvrir sous le terrain déjà miné de la Révolution bourgeoise d'obscures et profondes galeries de misère. En tout cas, j'observe que ce drame ambigu ne laissa point d'échos. Le peuple, plus lard, se vengera des massacres du Champ de ~!ars: Je ne trouve nulle part une allusion aux fusillades du faubourg Saint-.\nloine et à la pendaison des assaillanls ... On dirait que ces potences, plantées· pourtant sur les confins immédiats de la Révolution, sont en dehors du champ de l"llistoire. Même le faubourg Saint-Antoine semble avoir oublié vile ce lugubre épisode. Aucune ombre ne tombe de ces gibets sur les splendides journées rérolulionnaires de Juillet, et telle est la force historique de la Révolution bourgeoise, telle est, à cette date, sa légitimité superbe que bourgeois el prolétaires montent ensemble à l'assaut de la Bastille, sans que le sang ouvrier versé pour le bourgeois Réveil-
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