Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

liS lJ ISTOlRE SOCIALISTE immense, pou,,é en tous sens son comnwrcc et son iuiluslric, inauguré la grande industrie et le machinisme. Dès la première moitié du X\'111' siècle la quanlilé de charbon employé dans les u;ines anglaises était si grande CJUC déjà le ciel de Londres était noir de fumée. Les sociétés humaines el en particulier les sociétés modernes sont si complc,cs que dans de longues périodes de transition coexistent cl fonctionnent à la fois, malgré leur conl rariété essentielle, les organes économiques du passé et ceux· de l'avenir. · Rien n'est plus opposé que le système corporatif cl le système capitaliste : l'un limite la concurrence; l'autre la déchaine à-l'infini. L'un soumet la produc tion à des types convenus et imposés : l'autre cherche constamment des types nouveaux. El pourtant ces deux systèmes contradictoires ont, dans la France el l'.~ nglelerre du xv111• siècle, concouru à la vie économique. Il se peul de môme que nous entrions dans une période de transition où des institutions à tendance collectiviste et communiste cocsisteront, dans notre société, avec les restes encore puissants de l'organisme capitaliste. En tom, cas, ces explications étaient nécessaires pour saisir la vie économique déjà compliquée du xvm• siècle françab. Les afTaires de la Fmncc avec le dehors et avec ses colonies avaient beaucoup grandi depuis la morl de Louis XIV : il y eul en particulier sous la Régence et sous le cardinal Flemy une helle poussée. Lord Chesterfield écrit à son fils en 17;;(): « Les règlements du commerce et de l'industrie en France rnnl e.,ccllents, comme il paraît malheureusement pour nous par le grand accroissement de l'un cl de l'autre dans ces trenlll dernières années. Car sans parler de leur commerce étendu dans les lnùes occidentales et orientales, ils nous ont enlevé presque tout le commerce du Levant et maintenant ils fournissent tous les marchés ét,·angers avec leur sucre, iL la ruine presque complète de nos colonies de sucre, comme la Jamaïque el la Barbade"· Si l'on consulte les tableaux d'importation et d'exportation dressés par Arnaul en i,02 on constate que notre commerce extérieur avec la plupa,t des pays du monde avait c1uacl.ruplédepuis le traité d'Utrecht en i7fü. Chaptal nous a laissé un tableau détaillé de nos importations el exportations en 1,Si; les importations ont été celte année-là de 310 millions de livres sans compter les produits des colonies, et l'exportation totale s'élève la m~me année à 52!i millions de livres dont 3L1 millions en produits du sol et 213 millions en produits d'industrie. :'lous avion~ un commerce suivi avec l'Espagne, le Portugal, le Piémont, Gènes, le Milanais, la Toscane, Rome, Venise, la Russie, la Suède, le Danemark, l'Autriche, la Prusse, la Saxe, Hambourg, qui pour ses 800 raffineries nous achetait près de 40 millions de sucre brut par année. Et depuis la guerre de l'indépendance américaine la France espérait établir de sérieux échanges avec les Etats-Unis : Clavière avait écrit tout un livre assez médiocre

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