Jean Jaurès - La Constituante : 1789-1791

IIISTOl!l.E SOCI.\LISTE 1',7 autanl de dépulés que les deux autres ordres, le clergé cl la nolilcsse réunis. El, liien que celle proportion fût loin rlr répondre à la proportion réelle des forces, elle suffisait à assurer la prim111lé du Tiers. Au,si est-ce avec une confiance entrainante qu'il pril part aux opérations électorales. El malgré la brièveté des délais, il put partout, en ses cahiers, formuler sa pensée de réforme avec une ampleur et une précision admirables; r1r di's longtemps elle était prête : el de toutes les communautés, de tons le, bailliages, de toutes les villes, ce sont les mèmes Yœux qui s'élèvent. 011 plutôt les m~mes sommations. Le mrcanisme électoral était assez compliqué. Le hailHage ou la sénéchaussée était la circonscription élerlorale. Bdilliage el sénéchaussée étaient des divisions d'origine féodale. Le bailli, le sénéchal étaient les représentants du seigneur; ils exercaient en son nom le pouvoir militaire ou le pouvoir judiciaire. Ces fonctions avaient disparu avec la puissance féodale, cl dans la France moderne el monarchique, divisée, au point de vue militaire, en gouYcrncments, au point de yue civil, rn intendances, au point de vue judiciaire en circonscriptions présidiales, Ir bailliage et la sénéchaussée ne représentaient plus rien de réel et de vivant. Mais dans l'ancienne France les formes surannées surviYaienl longtemps: el la mo~aïque féodale des bailliages cl des sénéchaussées se dessinait encore sur le fond mieux unifié de la France monarchique. Ce sont ces vieilles divisions féotlales qui ayant servi de cadre électoral aux Etals généraul de lï,l l servirent encore de cadre électoral aux Etals généraux de 1789. Mais depuis Hilli, un !(rand fait s·était produit: c'est la croissance du Tiers-Etal, caractérisée par le croissance de, villes. Aussi un élalspécial annexé au r0glemenl du roi, con lient une longue liste de villes qui pourront envoyer à rassemblée générale du bailliage où aura lieu le choix définitif des députés, un nombre de délégués assez élevé, supérieur à celui ~~ . Par exemple, tandis qu'en général les villes, (celles de peu dïrnportance), ne peuvent envoyer que quatre délégués aux assemblées de bailliage, Troyes peut en envoyer 24, •rours 2\, Angers 30, Amiens 36, Caen 30, Toulon 40, Versailles 36, Saint-Etienne 12, Reims 30, Nanles 50, Monlpellicr 20, Nlmes 30, Toulouse 50, Rouen 80, Marseille 90, Lyon 150. Ces chi!Tres nous donnent à peu près la mesure de l'importance proportionnelle des villes en 1789, telle du moins que l'administration royale pou- ,•ail la constater par ses statistiques très incertaines. Comme ce tableau des délégations exceptionnelles comprend environ deux cents villes, toutes celles qui ont quelque activité commerciale ou industrielle, c'est bien la bourgeoisie industrielle et marchande de France qui est as;;urée d'une large représentation sensiblement proportionnelle: el rien n·attesle mieux le progtès de la classe bourgeoise que cette dérogation au règlement de 16U.

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