ll!STOlllE SOCIALISTE 87 sont forcés d'être debout depuis deux heures après minuit jusqu'à environ 8 ou 9 heures du soir, tant l'hiver que l'été. » En leur pensée encore incertaine, tour ù tour révoltée el humble,• les pauvres compagnons• fontaliancton du droit de grève; ils demandent seulement qu'aux maîtres aussi soit retiré le droit de coHlilion. • Il est bien et saintement détendu de ne faire monopoles; mais cela se doit non seulement adresser au, compHgnons, mais aussi au, libraires el mailres, qui ont toujours conjuré, comme monopoleur,, la ruine desdils compagnons •- Enfin ils demandent que les maitres soient ctcsarrués comme les compagnons, que les salaires ne soient plus fixé;; ,, au gré el jugement des libraires et mallres imprimeurs, qui seraient juges en leur cause», mais par une commission arbitrale « un nombre égal cl pareil des mallres el compagnons plus anciens, qui sa,ent el connaissent le labeur, auquel s'ajouteront quelques notables bourgeùis ou marchands nommés par les deux parties •- El pour attester l'éveil de leur dignité morale, les ouvriers lyonnais demandent en terminant leur requête • que les fautes soient punies par des amendes et non par peine corporelle el ignominieuse; car cc serait violer indignement la liberté naturelle des hommes ... Et comme personnes libres s'emploient volontairement à un étal si e,cellenl et noble cl de telle importance pour les sciences el les lettres, et non comme esclaves ou galériens cl forçat, ». J'ai tenn à citer celle sorle de manifeste des ouvriers lyonnais, bien qu'il remonte au xv1' siècle et précède de beaucoup la Révolution. Car si dès celle époque, dès les commencements du capilalisme, les travailleurs de Lyon élevaient une protestation aussi haute, il esl certain que la revendicaLion ouvrière a dû se continuer, secrète el profonde, ùaus le prolétariat lyonnais- On comprendrait mal l'âme compliquée el obscurément ardente de la grande cité à la veille de la Révolution, si on ne se rappelait pas que dé;à depuis près de deux. siècles, les ouvriers, en leur vie repliée et dolente, portaient comme un principe de révolle. Aussi bien, et celle fois chez les lisseurs èL ouvriers en soieries, le i.vm• siècle avait vu aussi éclater de grandes grèves. Ou plutôt le conflit entre la haute bourgeoisie de la grande fabrique el les mallr~s ouvriers est à peu près permanent, tantôt sourd, tantôt aigu. Les 6,000 mallres-ouHiers qui, aidés de leurs femmes, de leurs compagnons, de leurs apprentis travaillent à façon pour les 400 marchands de la grande fabrique sont en lutte contre ceux-ci. • lis réclament une justice professionnelle impartiale, un délai suffisant pour produire leurs réclamations, une représentation égale à celle des marchands dans le bureau de la fabrique, le droil de nommer leurs jurés-gardes. Longtemps ils ont lullé pour le maintien de l'ancienne organisaüon qui leur permettail de vendre directement les étoffes eiu'ils fabriquaient, mais depuis que la classe inlermédiaire des ouvriers
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