HISTOIRE SOCIALISTE T O ;\l f,; X 1 1 La TroisièmeRépublique (1871-1900) Par John LABUSQUIÈRE La Conclusion LE BILAN SOCIAL DU XIXe SIÈCLE Par Jean JAURÈS ~--.ndazione Alfred Lewm Bfülioteca Gino Bianco ·----~
LA'fROIBIÈ~RIEl~PUBLIQUE lo7l-1000 l'.\H JOHN LABGSQUII~RE INTI~ODUCTIOK L·espace très restreint réservé à vingt-neuf années de l'histoire si touffue de la troisième République, condamne à une ébauche pour ainsi dire cinématographique d'une des périodes les plus chaotiques, les plus tourmentées, les plus attachantes de l'évolution de noire pays, de l'évolution mondiale. Quoi de plus intéressant, cependant, de plus digne d'une élude attenti,e, documentée, détaillée, que la lente résurrection de la conscience proléta,·ienne; que la renaissance dn Parti socialiste écrasé. noyé dans des torrents de sang, au conrs de celle semaine inoubliable, tragique, implacable, désormais el à jamais inscrite au Temple de mémoire sous le titre: Semaine Sanglante. li faul se borner aux événements de premier plan el négliger, passer sous silence une foule de faits importants, des épisodes qui, mieux que de copieux ou subtils commentaires, éclairent, expliquent des incidents ou des crises graves, d'une portée décisive. D'autant qu'il est matériellement impossible d'isoler l'histoire du monde ounier, du Parti socialiste, de l'histoire cie la classe possédante el dirigeante. Leur évolution économique et politique, malgré les antagonisme profonds, irrémédiables, que chaque jour accuse, a trop de points communs. Ces explications étaient nécessaires au seuil de ces trop sommaires pages de l'llistoire Socialiste.
IJISTOIRE SOCI.\LIST8 CIIAPITRE PRE)IIEI\ A\u /emlemnin de mai. - Relècemen/ rapide. - Prol>lf!mesà résoudre. - L 'imprévaya11ce des classes dirigea11/es. - Le /rapai/ de restaura/ion. - le parti bourgeois. - les /ra1•ail/ears el l'idée socialiste . .\près une cffrovahle agonie qui a profond,lmcnl troublé, ému la France cnlière, tout le mo~dc civilist<, durant laquelle l'héroïsme des derniers corn-' battants de la Ré,·olulion communalisle n'a été égalé que par l'acharnement, la furieuse cruauté des vainqururs, c< l'ôr<lrc 1·<\gne))' comme jadis à Yar::;o,·ie. Paris socialiste est e,snnguc: cc qui en reste esl terrorisé; la France seml,lc plongée dans une torpeur inquiétante. l'artoul le deuil, pa1·toul des ruines, une dépression morale lelle qu'il ne s·en ,·il jamais, pas même aux lendemains des désastres de 181-1 et de 181~. c·est que, en une période de dix moi;, toul un pays a élé assailli par les épreu,·cs les pins foudroyantes, les plus cruelles, les plus faites pour désorienter la conscience collecli,·c encore /J. l'état rudimendairc. Guerre o\lrangèrc, criminellement cl fcllemcnl enlrcprisc; écroulemenl d'un système politique odieux el de la machine prétorienne qui le soutenait; désastres militaires sans précédents; invasion, guerre civile syslématiquemenl provoquée; arrêt de la vie normale; tension, jusqu·aux ultimes limites, des nerfs d"un peuple déjà trop nerveux, capable des plus prodigieux cflorls, voire aussi des plus Mconcertantcs cl dangereuses lassitudes. Toutefois, malgré les conditions, les circonstances les plus défavorables, malgré les découragements les plus explicables, malgré les pronostics les pins pessimistes, jamais l'histoire n·a enregistré un aussi prompt, un aussi actif réveil dans Ioules les classes de la Sociélé. C'est que, au lendemain m~me de l'écrasemenl de la Révolution du 18 mars, des problèmes se posaient, impérieux, dont certains, pressants, ne pouvaient être évités; il fallait, au moins, les étudier, en résoudre quelques uns; ébaucher la solution i:lequelques autres; la nécessité, le besoin de vivre engugeail la Société française dans une voie réaliste. Pouvait-il en <lireautrement? ... Au point de vue politique, il importait de • régulariser» la situation, d'établir une forme gouvernementale, puisqu'il paraissait impossible qu'une assemblée aussi évidemment rétrograde, réactionnaire, que celle siégeant il Versailles, au lendemain de sa lutte contre un mouvement révolutionnaire hautement républicain, pùl se résigner à consacrer la République issue d'une révolution.
HISTOIRE SOCIALISTE 3 Au point de vue financier, il élail d'une exlr~me urgence de procéder à un minutieux, complet iA,•enlairc d'une silualion difficile cl complexe; frais énormes de la guerre, formidable indemnité à solder pour lihi-rer le lerriloirP de la douloureuse cl lourde occupation élrang,•rr; pour assurer le fonctionnement des services publics cl faire face à des rfformcs au"1uelles ne pouvait se soustraire, m~mc la coalilion des forc,•s consennlrices. Au point de vue militaire, tout à refaire, tan! pour sr 'J"•rckr contre un retour ofTensif du vainqueur que pour lt• maintien clr l'ordre à lïnlfrirur. Enlin, se posait le problème éconon1ique dominant tous les aulrrs, sinon dans les apparences, du moins dans lt•-'Iréalité,, parce qu'il louclH', ri·glc la '"ie dr chacun des membres du corps social. Tondis que la fraction conseienle, acti,·e du prolétariat fran~ais, décim,'c, échappée à la fusillade, aux ponton<, aux camps pré,•cnlifs, ù l'exil, se lcrrail, prrs'luc sans espoir: que la grand,• masse des lrarnillcurs, rcpri~r par l'rnccs<anl laheur cl <on inla•salM rt'·signation, mctlait en tl'Uvre le c:.pilal sous toulC's ~r~ formes. la hourgro1s1t• française, malg,·é une intense 1eprise des affaires dans la production comme dans. les échanges, conslalail avec stupeur •1ue la pai, à peine failr a,·cr 1\•rnemisoldal, c"était une grande guerre qui ,-ommen~ait a,·ec un cnnemi-•économ que formidablement el méthodiquement outillé. Cc n'était pas pour rien qu'au cour·s des n~gociations, d'oii devait ~orlir le lexie déllnilif du traité de pnix, les questions rclnti,·es aux relations commerciales entre la France cl l'Allemagne a,·aienl été étudiées, déuallue, avec une grande ardeur, parfois une ularmanle vivacité. Le prince d,, Bisma,·ck, alors que ,1. Pou)er-(juerticr insistait pour que la France resl,\l maitresse de sa hbcrté d'action, avait brulalcmenl répondu : • J'aimerais mieux recommencer la guerre à coups de canon que de m'exposer à une gue1Tc de tarifs». Et de la discussion une clause était née, dont, il faut le reconnallre du reste, les cfî<•lsne furent pas ceux espérés par le chancelier de fer : • Les traités de commerce avec les difTércnts Etals de l'Allemagne Il.) ant élé annulés par ln guerre, le gouvernement frantais ol le gouvernement allemand prendront pour base de leurs négociations commerciales le traitement réservé à la nation la plus favorisée. • Sont compris dans celle règle les droits d'entrée et de sortie, le transit, les formalités douanières, l'admission cl le lrnitcmenl des sujets des deux nations ainsi que de leurs agents. • Toulefoi5, seront exceptées de la règle susdite les faveurs qu'une des parties conlraclnntes, par des traités de commerce,:\ accordées ou accordera à des États autres que ceux qui suivent : l'Angleterre, ln Uelgique, les PaysBas, la Suisse, l'Autriche, la Russie. » La bourgeoise dirigeante, malgré de sérieux avertissements, n'avait pu croire au développement de la puissance militaire de l'Allemagne. Cependant, la foudroyante campagne de Bohême était un indice grave. On élail allé même
HISTOIRE SOCIALISTE jusqu'à prl·voir qu'un sucd·s des armes françaises sur I(' Hhin provoquerait des di-f!'l'iions imporlanl,•s, la dislo<·alio11de la Conféd.-ralio11 née de l'i-crasemcnl de 1·\ulrichc. On ignorait que ccll(' Confédi-ralion (·lait unie pa,· des liens l'conomiques autrement solid<•s qu~ les liens diplomali<1ucs, que les pressions m,lilaires, lanl les inlén'ls malé1·iels domincnl tous les autres. ,'.,· 1111i si• ré,·élait soudain, la paix signée, c'est que paralh'lemcnl à une Allenrn~n~· inlPllr•ctucll<'. militaire. u1H' Allemagne économique ~·t•t,11l d{•vcloppéc a,-N· h'nlcur mais léna('il~. ~,h('l1\ copahle de <·ouco1TPnr<'r lrs nations lrs plu~ ancit.>nnC'menlC'l IC"splus savamment org::miséP~ cl qu<:> 1 aux lauriers parfois aléatoires, toujours oni-r<·ux de la gu,•n·e, elle allait ajouter une riche moisson de laul'iers industriels rl rommerciau'\. L'crune ::n-ailété cnlrepri~c au lendcrnain d'lén:1; l'unité allcman<lr poursuivie d'abord dans les dwncellcri!'s, sur les champs de bataille, avant d'Nre réalisfr apri·s ~adowa, consacrée/\ Yersaillcs par la restauration de l'Empire, étail a<"complic dans le domaine économique. L'histoire de la pr<'parMion, de l'établissement du Zollverein association <louanii•re entre di,rrs Etals de l'Allema!(ne en 1828, de son rcma11icmenl en !MS pou,· une durée <le clouzc années, englobant lous les Etals de la Con[i:dération germanique, plus de 3~ millions d'habitants, à l'c;ccplion - Ioule provisoi,·c - de Br~m<• cl de llamhourg, {•taitlà pour démonlt·rr qu·unE'unit~ - la communauté df'S inlén'ls - autrement ~olidc1 quoique d'appan."nre moin~ impressionnante, était formée. capable de résister aux pires rc,·ers militaires. De celle unité élail née la puissance économique qui allait porter à l'industrie, au commerce français, à l'industrie, au commerce des autres pays, de l'Angleterre parliculièrcrnrnl, des coups sérieux. Cependant, quelques années devaient s'écouler a,·anl que la concurrence se manifeslùl sous son vérital,lc aspect. Depuis le débul de la guerre, pour ainsi dire jusqu'à la chute de la Commune, la !'rance occupée à la lutte contre l'invasion, troublée par la guerre civile, a, ail 1·usa pl'Oductioo désorganisée, son commerce paralysé; les capitaux apcuri·s se cachaient cl il avait fallu consommer, approvisionner en vètcmcnls, armes, munitions el vivres les armées improvisées Jonl une partie seulercent était envoyée sur les champs de bataille, landis que raulre, ,ouée aux pires lassitudes des villes de garnison, des camps mal agencés, Nail décimée par la variole el le tJ·phus. La paix signée, « l'ordre » ,·établi, cc ful une prodigieuse reprise des affaires; partout, dans les cités. dans les usines, dans les champs, le lra,ail s'épanouit, le commerce fui presque dél,ordé el les capitaux jusqu'alors blollis reparurent, décidés à se sacrifier palrioliquemenl pour la libération du lerriloire, sur l'aulel des emprunts émis à des taux très bas, promelleurs de sérieux bénéfices. Spéculations à coup stlr, telles qu'en a décrit Jlalzac dans les
HISTOIRE SOCl,\LISTE LES PRf(;,0:\:\ll::llS l)E L,\ CO:\llll"NB A YERSAILU:~. - 1.'0RA~Gtrnn: : ,\ ...J>ECT t)E ~lîT l)'.'.lpr~-;fxlrAil du Jonrnnt l'Jl/1111i'Qtio11. ' I.IV. ~6. - IIISTOlf'tl~ ~OCIAI.ISTP:. - LA TllOISllOlt-; nt:Prlll.l(ll'K. - LI\'. t,;()G
6 HISTOIRE SOCIALISTE ~pisode, carncl<'risti~ucs dont il illustra les plus saisissantes de s,•s pages de la Comédie lt11111ain,. ~i intense ful celle acli"ité industrielle, commerciale el financi~re, qu'elle ne se ressentit même pas des agitations politiques, cependant si profondes dans tout le pays, sur lequel s'exer~ail, par le développement de la presse encore limité par le cautionnement et des lois draconiennes, la r~percussion Ms d(•bats retentissants de l'Assemblée nationale el des multiples, troublantes intrigues se nouant cl se dénouant dans les couloirs du Palais de \'ersailles; dans les cercles el salons politiques. Chaque jour démasquait une manœuHe, une conspiration ayant pour but le renversement de la RépuLliquc au profil d'un prétendant, Henri \' ou un prince d'Orléans. Le parti bonapartiste luimême, maigré la réproLation que lui ,alaienl bien plus les désastres militaires que les dix-huit années d'arbitraire, de tyrannie, ne renonçait pas à l'espérance. Mais, si la République élail entourée d'ennemis, sans compter les amis perfides. plus dangereux encore, elle comptait des partisans résolus, républicains de la veille el de l'avanl-veillè, des partisans d'instinct ,cnus à elle, parce q~·unc terrible expérience avait ouvert leurs yeux sur tous les dangers que peul courir un pays, quand il abandonne ses destinées aux mains d'un homme, roi ou empereur. La République apparaissait à ces ralliés, citadins ou paysans, parisiens ou provinciaux, ouvriers ou bourgeois, d'abord comme une garantie de la paix. Car, malgré les paroles de « revanche » qui déjà se prononçaient, parîois fort imprudemment, par douleur ou ostentation patriotique, on sentait bien que, seule, la République pouvait ,·ivre, se développer sans gloire militaire, tandis qu'une dynastie, même malgré elle, tôt ou tard, par la force même des choses, par la puissance de la lradilion, par l'impérieux besoin de s'auréoler, de se maintenir. serait lancée dans des aventures guerrières. Puis, une restauration aurait élé le signal d'une formidable guerre civile, cl la majorité du pays était avide de paix extérieure el de tranquillité intérieure, Du reste, en ce qui touchail l'élément inlelligcmmenl conservateur, la République de 181S n'avaitclic pas démontré qu'elle était capable de faire régner l'ordre, de défendre les privilèges, les capitaux des dirigeants contre les revendications prolétariennes·> tandis que le monde travailleur, de son cùlé, avait l'intuition que, seule, la République, améliorée par lui, conquise lentement par lui, pouvait de,enir l'instrument de l'amélioration de son sorl d'abord, de son émancipatjon intégrale ensuite. C'est à cc sentiment qu'il faut allribuer le rapide acquiescement de la majorité du pays à la République, malgré la propagande active de tous les partis de réaction, puissamment aidés par une administration Ioule à leur dévotion, un clergé stimulé par Je \"atican. Il faul reconnaître, en outre, que les tiraillements, les menaces haineuses, l'impuissance ,ridicule des droites
IIISTOIRE SOCIALISTE 7 à l"Assemùl~e nationale activèrent singuli,·rc1\H•nt l<•s progri·s du part, républicain. Quelle ,'Lait la situation du parti socialiste! :\ou~ l'a,ons Mjà in diqu(•c: il n'en r<'-..lail (fUC des dél,ris. • ruinC'sou ~t•1nP1u·e~ ». qui (\Ill o~t· ,;;" prononcer·! Ses él(•mcnts rfcllemcnl actifs a,·ai'rnt di,p"rn en pa1'lil': pour toujours ceux qu·a"nil emportés la lourmcnlc, momt•nlan,•uu•nl ,·,•u, <1u'cllr a ,·a,l d1spcrg(,s dans les p1·isons, en attendant de les cnrnyer soit au poteau d e xfrulion, soit en :'iouvellc-Cal,•donic, soit sur les chemins tloulo11rcu, de l'exi l; le reste se taisait, gu<'llé par la police ou les dénonciallons nnon)·mc,. Si •1 urlciucs audacieux cssaJaient d'élc,·cr la rnix pour l'apologi<·, ,i timide fûl ell e, simplement expliciuer les causes r(•elles de la Hé,·olulion du l'- mars, ils <•lai ent honnis par les uns, suspects aux vaincus survivants, qui lt.·s prenaie nt pour des agents prorncaleurs ou des espions. Les quel'CIICsrelenlissanles qui, en exil, tlivisaicnl les proscrits, nï•taienl pas pour encourager el, dans ces di, isioos. t·,•pendanl nllénu(·es par l'éloignement, on rdrouvnil en grande partie les causes d,• la défaite. Puis, n'Nail-ce pas po11rdonner à réfléchir <1ue l'éYocation de ,·elle armée ré\'olutionnairc, bien outillée, complanl, au début, des bataillons par centaines e t progressivement fondant à lei poinlqu.: quelques nullicrs de combattants il peine se renconlraieol pour combattre une force militaire solidement organisée, d'autant plus résolue à "aincre qu'elle avait à faire ouulicr de lumenlables défaites essuyées au contact de l'étranger em·ahisseur·> Et. cependant, avec u11erapidit{, inattendue. dans les ~rands centre s d'abord. mah. ,"Té une snncillance rigoureuse, une r(•pres-sion judiciaire acliYe, malgré les calomnies 1'épaud11escl les sinistres légendes, parmi les trarn illeurs l'idée socialiste rcparùt, timide, enveloppée, hésitante che,. la plupart, nette, courageuse chez quelques-uns. L'altitude des partis de réaction a" ail fait comprendre que, m,'me vaincue, la Commune avait sauvé la Héou ulique; que, protestation contre ceux qui, apres n·avoir su ou voulu ,lèf ,·n,lre Paris, l'avaient li, ré, clic constituait la ma111f,•statio11édat&nte d'un ha ut scntinwnl patriotique el il n'en fallut pas da'"antage pour ,lé;{ager la H•rnlution d,•s obscurités mal\'eillantcs dont on s·atlal'hail à l'envPlopp,•r. La répn•ssion a,·ait été tro'p implacable; les Yainqucurs impré.\"o)ants ovai,•nt <1,•pass t!lt• but, l'horreur cl la pitié allaient se manifester ,l'autaul plus que les d,1bats dc,·ant les Conseils de guerre allaient redresser bien <l,·scrr,•11rs, détrn,rc bi en des enlomnies cl que, la tranquillité assurée, les échos de Satory alla1enl encor e, longtemps après Mai, répercuter le crépil<'mcat des p,•lotons d'exécuti on.
8 HISTOIRE SOCIALISTE CIIAPITHE li .lu /e11<iemaid1e1 la victoire co11servalrice. - La défense sociale. - Situation des parlis. - M. Thùrs. Au lendemain de la victoire, l',\ssemblée nalionale, aprils avoir volé d'unaninws remerciements à l'armée qui ;cnait de la protéger el, pensait-elle, de la la débarrasser pour longtemps du« spectre rouge», se lrou,·a fort embarrassée. De gros problèmes à résoudre cl une orrcntalion politique à chercher, c'cstà-dire une forme ~c gouvernement adéquate aux aspirations de sa majorité. La tt\chc ful menée paralli-lement, mais dans les conditions les plus chaotiques, les plus inc~rtaines. La pensée dominante était la « défense sociale ,, cl l'outil de celle défense ne pouvait se rencontrer que dans un pouvoir solidement établi, fort, résolu el bien protégé, c'est-à-dire capable de gouverner à l'intérieur, de négocier à l'extérieur. tnc commune pensée, un bul bien déterminé unifiaient les différentes fractions composant la majorité, maitresse souveraine, arbilre des destinées des cabincls chargés de l'exécution des lois que, nombreuses, elle s·apprèlail à forger, comme on forge des chaines. Pour la réalisation de ces hautes inlenlions, il n'y avait qu'un obstacle: le choix des moyens el l'enlcnle pour ce choix. Les moyens c'étaient la forme cl le caractère d"un gouvcrncmcnl à donner à la France. La république, qui avait eu la grande mais lourde mission de liquider la sanglante failli le du régime impérial, n'avait pu roussir à délivrer le pays de l'invasion; en outre, elle élail issue d'une journée révolutionnaire, liévreusc, mais calme, calme jusqu'à la duperie. Crimes impardonnables. On ne la tolérnil que pa,·ce qu'elle rept·éscnlail le provisoire, el que le provisoire favorisait Ioules les conjurations, aulorisail loules les espérnnces; elles élaienl variées, fréquemment disparates el antagoniques. Légitimistes, tenant pour la pure lradilion monarchi,1ue, s'employaient avec une activité rare à préparer une reslauralion au profil du comla de Chambord; c'était le retour de la vieille monarchie française, vaguement amendée d'un modernisme vieillot, avec sa Charte, ses nours de lys, son dcapeau ulanc, ses cohortes cléricales el sa haine, toujours vivace, de la branche cadelle cl du progrès. Orléanistes, lcnanl pour la branche cadelle avec sa Charte élargie on Conslilulion, plus teintée. de libér~lisme, d'allures rajeunies, ofl'ranl des garanties sérieuses il la bourgeoisie capitaliste, ayee le drapeau tricolore des trois glorieuses, des souvenirs militaires d'Afrique, mais aussi des souvenirs d'alli•
HISTOIRE SOCIALISTE 9 tude tonte pacifique vis-à-vis de l'étranger; le sou,enir aussi de ses résistances victorieuses aux ennemis de l'ordre el de la propriété. ;',;e pouvaitelle pas évoquer les terribles r~pressions de Lyon, de Paris'! Le comte de Paris, ses partisans nombreux l'affirmaient, était prêt à tous les sacrifices pour assurer la paix sociale, lra,aill,•r au reli•,·emenl dn pa)S. Le programme avait de quoi sMuire la bour<teoisie française, tour à tour voltairienne ou dévote, suirnnl les besoins, préoccupée surtout de conserver un rôle gouvernant, afin de plus sùremenl soigner ses intèrèls de classe, sa situation économique. Malgré l'éclatanlè flétrissure infligée, à Bordeaux, par la quasi-unanimité de l'Assemblée, la faction bonapartiste n'avait pas perdu loul espoir el elle conspirait, complanl sur les maladresses, les fautes des ,·oisins conservateurs: escomptant le concours intéressé de la nuée de fonctionnaires, de prétoriens, de satisfaits qu·a,·ail favorisés, entretenus le régime déchu. Puis, s~ul peulèlre de tous les partis réacteurs, il était capable de Ioules les audaces. Au centre de l\\ssemblée flottait une masse inconsistante, fort troublée, indécise, oscillant de droite à gauche, cherchant à se fixer, mais n'osant pas; versatile par calcul ou par timidité; un coup décisif, un acte de volonté, un mouvement accusé de l'opinion publiq\1e étaient seuls capables de déterminer une orientation définitive; il y fallut du te1i1ps. Quanl à la gauche, minorité, clic était acquise à l'idée républicaine, mais à l'idée répuhlicaine conservatrice; elle ,enail de donner avec ensemble contre le mouvement révolutiounaire, el si, vers la ~lontagne, elle accentuait son programme d'articles démocratiques, de réformes d'apparence ouvrières et sociales, elle répudiai) hautement cl en toutes circonstances Ioule solidarité avec ceux qu'on est convenu de qualifier« d'ennemis de l'ordre et de la propriété.» Tels étaient lcs.dilîérents partis qui luttaient pour doter le pays d'institutions politiques, réparer les désastres de la guerre étrangère, pauser, parfois en les avivant, les plaies de la guerre civile et p_réparer l'avenir. Cn homme dominait cette situation, quand la situation ne Je dominait pas: M. Thiers, politique de race, d"une rare souplesse, rompu à Ioules les subtilités politiciennes; ayant traversé les intrigues les plus variées, quelquefois les plus douteuses; accoutumé à la pratique du pouvoir, stralégisle el tacticien parlementaire éprouvé, conservateur el défenseur de l'ordre, il l'availdémontré sous Louis-Philippe, il venait de le démontrer ... jusqu'à l'hécatombe de milliers d"ètres humains. Doué d'une volonté inflexible, autoritaire, intelligent, orateur clair, connaissant les diverses questions qui peuvent se poser devant une assemblée - elles sont toujours les mêmes, du reste, sous di,·ers aspects - s9n rôle d'arbitre entre les partis s'était accusé davantage au cours de la lutte contre Paris. A tous les partis, réacteurs et modérés, il a, ail donné des gages précieux; après l'avoir porté aux cimes du pouvoir, ils devaient l'en précipiter.
10 IllSTOmE SOCl.\1,IS'l'E Jlalgrè rautorit(' qu(' lui a,.1iC"11tdonnt'•P R:r~.avrrtic.;srmcnls, alors quC' so prf'p:1rait la d(·dnralion dC" guerrr. ~C's nl·gociations aYCC les ~ouvcrncmenls l'"•lr:-in~rrs, ~on (•i(•c-lion par Yin~t-~ix dt'·parlC'nwnls, l'autorité acquise- dC'puis sa d1•.::îu,nalio11comme chC'f du pou,oir exl·cutîf, il élnil tenu en d()lianrr par ton.;; lrs partis, n'C'n fosorisanl OlffC"1·trmr11l aut·un1 l(•s flattant <'l lrs c.lupanl tom· ù tour. Seuls. les cc1ll1·cs lui l'laienl fidi-lcs, tant il était leur cxacl rf'jWt's<'nlanlA. lord C1·an,illc. rn scpl<•mhrc lRïO, il avail d1l: « La Hépuhlique est, Ni cc moment, le gouvcrncmenL de tout le monde; ne déscspéranl a1H·un parli, parer qu'elle ne n~alisc dl·finilin•mrnl le ,·œu d'aucun, clic convient nrninlenanl il tous». li avait exigé <1u·o11ajoul;\l • <le la Hépublique fran,;aise » à son litre de chef du pouvoir exécutif, cl ü tous, invoquant tour à tour lïnlért\l supérieur du pa) ~ 011 la nl'cc~silt; d'assurer l'ordre, il avait \léfi11i la Bl'pul>l1quc « le gouvernement qui nous divise le moins,,, et il calmait le~ impatients en affirmant que « l'avenir él;J.il résc-rvé aux plus sages 1>. Néanmoins, les gros danµ-rrs p:.?sst's,les plus graves difficullés vaincues, il allait subir de fréquents cl rudes assauts. CIL\PlTlll•:· Ill Embarras de la majorité conservatrice. - Le souci de la défense sociale. - Le rél'eil de l'opinion républicaine. - ConIre le Socialisme el l' lnlernaliorw/e. - Fains e/J'orls. Tandis que se déroulait le second siège de Paris, celle fois établi par une armée fran~aisc, que se réprimaient les mouvements révolutionnaires de$ Yilles <le province solidarisées avec la Capitale, que se combattait l'insurrection indigène en Algérie, J'.\sscmbléc nationale, aulorilairement orientée, ~uidée par~!. Thiers, entreprenait le considérable lra,·ail <le réorganisation <lu pa)S, suivant ses vues nettement conservatrices. X'élaiL-il pas naturel qu'elle s·attachàl à pré1)arer une France telle que la monarchie dùl apparaitre· comme la conclusion, le couronnement logique de sa réorganisation 1 1nslilutions politiques, administrations destinées à assu1·er le pouvoir aux classes dirigeantes el à protéger la " société» contre Loule entreprise de ceux qui estimaient que leur sort dcvail èlre a1nélioré cl ne pouvait l'èlre qu'au délriment des pri,·ilèges consacrant leur oppres,ion économique. Pour celle lâche rétrograde, l'Assemblée se trouvait fort embarrassée; seuls les imprndcnls dans la majorité réactionnaire, où l'élément légitimiste formait le plus sérieux appoint, osaient proclamer leurs r~vee, leurs projets,
HISTOIRE SOCJAl,ISTE Il eurs esprrances. Les autres, plus prudents, plus avisi·s ou plus timides, masquaient le111·smanœun-es, s·allachanl par leur alliludc à rallier erllr masse l)ollanle de l'opinion qui ne sail se conduire elle-m,'me cl qu·cmeul la moin Ire agitation. Ceux-ci mellaienl en lumii-re d1,ux direclrires principal,•s hal,ilement choisies: l'o,,Jre à l'intérieur a,·ec une surtisanle lil,erlt'; le reli-wnwnt militaire destiné à reconqufrir à la France •a !Îlualion en Europe. l>u monde du travail, le plus noml,rcux, toujours , irnnt dans les pires conditions, il n'était question que pour lui enlever Ioule e,pfrancc l'l 1~ troubler soit par la menace, soit par les plus perfides insinuation~. A de rares exceptions pr~s. jusque dans les colonnes de la majorité des journaux à étiquette républicaine, pour la mise à exécution de la dernière partie de leur plan, les différents groupes de la conscrrnlion sociale, renconlraienl de précieuses collaborations. S:rns doute, dès les premières heures, pouvait-on a,·oir quelque espoir dans les rangs du parti républicain, puisque à tout moment, en de noml,reuses circonstances. un réveil se manifestait, uneenlenle se scellait entre les diverses fractions, malgré d'inévitables cl accusées divergences, malgré des heurts parfois violents, tandis que lïncohérence, des rancunes, des haines. des chocs d'ambitions effrénées paral)saicnl el VO<Jaienl à l'arnrlemcnt les conspirations successivement ourdies contrn la République, dont les premières eussent sans doute abouti à une restauration monarchique, si la Commune soci,.Jistc cl républicaine n·eùl surgi. Ce réveil républicain ne devait pas larder à se lraduirP par des ad,·, el, dès lors, malgré les tentatives les plus subtil<'s ou les plus aucla<'i1•us1'<, n nt' devail l'arrêter. En mème temps, dans les grandes , illcs d dans ,·,•1'1:lrns 1·1•nlres industriels où, pins particulièrement et plus dir,·cll-ment. s,· font ,,·11tir l'opprc,sion el la cupidité patronales, devait s'opl'rer le n',·cil prog-rl'~sif il,• la conscience prolétarienne prèle à recevoir la semence socialiste. LP parli d,, la conservation sociale avait démèlé la vérilal,lc signification du mouvement du 18 mars el tous ses efforts après la victoire allaient tendre à le di-11aturer. pour faire du socialisme un objet de rt!probalior, el cl'épou,·ante. Apr~s l'avoir •1ualifié de crime de lèse-patrie, pa,·ce quïl s'était produit l'ennemi occupant encore le sol, alors qu'une des causes de l'explosion avait été lïndignalion contre lïnerlic des gou,·ernants el lïncapacilé des grnods chefs militaires; après l'avoir qualifié de mouvemcnl anti-républicain, parce que. affirmait-on, il pouvait compromettre la République encore inrerlaine, on lui donnait un caractère socialiste, mais en le dénalurani, en forg-t'anl de sinistres légendes bien faites pour terroriser la bourgeoisie frànçaisc facile 11 impressionner el pour ébranler les sympathies instinctives des masses populaires encore mal informées. Aussi bien fallait-il justifier l'hécatombe effroyable de ~lai el préparer l'opinion aux jugements des Conseil~ de guerre, ,wx déportations lointaines et aux prochaines exécutions. C'était faire d'une pierre deux coups : Fondazlone Alfred Lew'ln' Btblloteca Gino Bianco
12 JIISTOIHE ..,OCIALISTE justifiel' la répression cl l'Clal'der de fatales explications, de fatales rnvcndicalions. )lalgré toutes 1,•urs lwbilet(•s, leurs pedidics, les partis conservateul'S aveuglés commrllcnl des maladresses. Ils en commirent plus d0 11nc, dès qu'ils se sentil'cnt il l"abri do tout retour offensif des vaincus. !Je m~mr qu·apl'i•s les journl'rs de juin l8JH, il~ :ivaicnl fait du <t Communismr >) le bouc ~missairc de lïnsm-reclion, ils firent de lïnternationale le bnuc émissaire de la Hé,·oluliou du IS mars. C"l'lnit sous son influence que l'explosion s"élail produite: c·/>1aitsous son inlluencc ,1u·au cours de son tragique dél'oulcmenl s"/>laienl produites ses idées dominantes en matière ouvrière et sociald; c'était l'Internationale qui devenait la grande responsable de tout cc qui s·étail pa•si· depuis rexhulion des généraux Cl/>meul-Thonrns cl Lecomte jusqu'aux incendies qu,, durant les derniers jours de )lai, avaient enveloppé Paris. La lecture des journaux do celle époque, notamment ceux de pro, ince, édifie sur la manœuvl'e, sur le rùlc d'épou,·anlail donné à l'Assodation dont l'origine remontait.à n:xposition universelle de Londres, en 18(\'2. El, cependant. son inten·ention, son rùlc avaient Né tl'èS effacés, pou,· ainsi dire nuls durant la Commune, malgré le nombre de ses adhérents : pcul-Nre celle abstention fui-elle une erreur. Sans d_outc, les idées fondamentales de son progrnmme furent-elles mises en lumière, discutées à lïlillel-de-\'ille el dans les clubs, inspirant certrines mesures de second plan: mais il n·y eùt pas dïnter- \'Cnlion officielle propl'emenl dite. Au reste, les pensées étaient-elles surtout sollicitées par l'impérieuse nécessité de faire face aux exi1;ences militaires qui dominaient la situation. Le nombre des groupes de L\ssocialion fondés à Paris el en pro\'ince, leur fonctionnement ré~ulier, la présence de délégués français aux Cong-rès internationaux démontraient qn"eilc a,·ait trouvé un accueil sy,r.palhiquc. Son rapide développement avait inquiété les esprits, le pou,·oir et, durant les dcrnièl'eS a11nécs de l'Empire, de rrlcnlissants procès avaient singulièrement servi la propagande dont la r,•prrcussion au rail été vive, l"écondc sur la classe ou vrii'rc, si la guerre franco-allemand,• n"était venue perturber les esprits. Si la manœuvre consr1·vatrice devait produire ses effets parmi la sociN<' bourgeoise\ il en devai} èlrc autrcmcnl parmi la classe ouvri(•re. En.effet, pendant la guerre, les seules sympathies manifestées à la Fl'ance républicain<' durant ses douloureuses épreuves, lui étaient ,·enues des travailleurs conscients du monde entier qui, malgré ses défaillances, son oubli de soi-même pendant les dix-huit années de despotisme impérial, malgré sa défaite, avaient encore foi en son génie révolutio1,nairc el ne pouvaient oublier les immenses services rendus par ses hardies initiatives à la démocratie universelle. :\'"en ll'ouvait-on pas un témoignage éclalanl dans les courageuses, officielles manifestations de la démocralie-socialisle allemande qui, par la voie de ses représenlanls, protestait après le 4 septembre, contre la continuation de la guerre
IIISTOIRE SOCL\LISTE LIV. 807. - HISTOIRE ~OCIALISTt.. - LA TROISIη'.ME n1lrt:Rllf_ll f', - 11\. 80i ; 1 , ~ :.' ; j ..: !.> ~ ~ ~ 5· < !: ~ :::, '.; -. ~. - 7. ~
JI lllSTOIHE SOCI.\LISTE t~nln•prisf• par le gou,"1·1wmrnl in1pt'·riol: puis, plus lnrd, a la tribune <lu Hri.- chst:,g,, contre l'annc,ion brulale de l'Alsace el <le la Lorraine'! linfin, celle guerre fun<'SlCn' 'étail-cllt• pus pour dt'.•monlr<·1\une fois de-plus, combic-n est préf<-rablc la paix gi•nfrale ù c,•s sanglants conllils, semeurs de deuils cl de rnincs, aux<1uclsparticipe surtout la grande mass<' <lechaque peuple, de chair :1 lra\'riil subitement lran~fornu.'•en ehair à canon'? Aus~i, la campagne cnlreprisf" conlr<:' le sorialisme SJmbolisé par Ll:sso- <ialion i11/er11aliona/edes lral'((il/eurs allait-elle produire des ell'cls bien contrairl's ü ceux qu'en allcndaicnl SC"S prolng-oni::;tcs. Le Congrès ::mnucl inlcrnational qai n'a rail pu se tenir à Paris, par suilr drs événements, allail èlre rcmplac(· à Londres par une Conférence qui, réunie à Londres du li au 23 septembre, aurait pou,· mission de fixe,· la date, le lieu du prochain Congrès el ù'en régler l'orgaoisalion. A cc Congrès, la France ne- devrtil pas Hre la dernière à se faire représenter. CIIAPITHE l\' Cen/ra/isalion el dt!cenlralisalion. - .\'au/raye du Programme de 1Ya11cy. - Préoccupai ions comervalrices. - La I,oi mw1icipale. - i:leclion du Conseil municipal de Paris. La lutte contre Paris rérnlulionnaire, contre les villes de province insurgées, dont la résistance, du reste. avait été de brève durée, n'avait pu détourner l'Assemblée nationale de tontes les préoccupations qui la hantaient. Les intrigues qui s'y nouaient, dont le but élail connu, dont les diverses phases n'étaient et ne pou"aicnl èlre un sccrel pour personne, n'avaient pu que cont1·ibuc1· il exaspérer Paris, à cr.raclèriscr son altitude; il en était ainsi résulté une assez vi,c inquiétude pour la minorilé sinchrmcnt républicaine ,1ui, ·toutefois, n'avait pas hésité à faire l,loc, avec la m(ljorilé conspiratrice, contre les vaillants défeuseurs •:le la Hi,publiqnc ou,crlemcut menacée. La Hévolulion du 18 )lars arnil posé des probli•mcs cl il a,ait fallu les aborder; entre autres le r(•gime à organiser pour l'administration du département cl de la commune. El ~•avait été une situation ,-,-aiment paradoxale que celle de l'Assembl(•c en présence du proLli·mc de eenlralisaliou ou décentralisation el se divisant en groupements fort disparates. Qu'a,·ait, en réalité, ri-clamé Paris·? Son autonomie a<lminist.-aliYc; la gestion de ses inlérèts particuliers
HISTOIRE SOC! \LISTE l.i par une Asseml,li·e librement /-lue, pa,· une munir,paliti• 1-man(·c dr ,·l'\tr Assemblée cl d(-barrass(•e dr la tutelle Hroite. oppressive. souvent onéreuse. frél[Urmmcnl vexaloirP du pou,·oir central .\ ln Comm11nr, Ir soin d<"i.;ps inlt'·- rt'ls propres; au Conseil d(•parlemenlal. l'admmistration des inti'r<'ts d<-partr-- mentau,: à l'Etat, par lïnterm<'diaire des n•pr(·scntants du peuple, la g:rstion des inti-n'ts g~nfraux de la '\"alion. Briser k li<'n national, il n'en arnil jamais l-tt' sfrieusrmenl question. 01·, durant l'Empi,·e, le probli•me de la di•,·rntralisation avait été sérieuscnwnt agit(•, ,1t11dié de lr/·s pri·s, dans la presse. dans des puhlt('ations nombn•uses. Eu 18(t3, s'éla.il tenu, à :\anry, un Cong-r.-•s p(·cial pour l'examiner . .\ rr Congn·s a,aient pris part des hommes apparlenant aux partis les plus opposi•s quant au, principes politiqnrs, mais tons appartenant à l'opposition, comhatlant lC'rf'girne impttrial, n~trnl par '-mil<~un {-(randinlt'·rt'l ù am()indrir l'aetioo du pouvoir crntral et, d1~ ce Cong-l'i·~, où avaif'nl siégé, cùlc à cOlc, des rl·publicain~. drs orll•aniRIP"-,des ll'~il1misles. M:til '-Orli un programme n'l•notwanl quf• des principes gt'·néraux, ,·ag-ues il est \Tai, dégageant, toutefois, une ori,•ntalion as<,•z marqu(·e. Il ne pou\'ait gui•re rn t'tre autrement; à trop préciser !es di\'rrg ..ncr5 d'ordre politique russt'ol apparu, cl l'accord n·,,,H pu se maintenir : " 1° Fortifit•,· la ,·omm1111cqui existe à peine, en rendant obli!:;aloire, pour Ir pouvoir exénttif, le choix du maire dans la liste du Consetl municipal, cl en enlevant:\ L\dminislralion la tutelle de la commune ; 11 2•l r.réer le canton qui n'<"xi~ltp.'a~ adminislrotivcmenl: « 31> Supprimer l'arrondi,srmenl qui ne répond à rit"'n; « 1° 1::manciper le di-parlement. ,, \lai". dès la lcnlaliw• dC"mis<'en praliquP, au moi'i d'rn-ril, <lu programme d<' 'ianr~, fatalement le di-saccord (,clata cl I'« uwe de décentralisalion. qui avait rt.~nconlréde si nombrl'U'\ partis~ns, s.c lrouYa, au moins en ce qui concernait la Commune, tellement complexe, tellement liée aux questions politiques les plus brùlantes qu'elle resta confinée dans la Commission spéciale; elle y devait passer plusieurs annt'es. Tout esl encore à faire dans cel ordre d'idées cl elle n·esl pas près de surgir la solution conforme aux besoins de la d,'mocratie républicaine-socialiste à qui elle permettrait de fécondes el démonstrath·es réalisations en matii•re économique el sociale. Comme il était impossible de ne rien faire du lout, une loi avait élé rntée qui donnait à Paris l'organisation municipale dont t1 jouit et, à juste lill·e, se plaint encore aujourd'hui; dont l'empreinte est si fortement crnlralisalricc. Au point de ,·ue national, la loi avait organisé les municipalités sous deux régimes tout à fait distincts; tandis que dans les communes au-dessous de 6.000 habitants les conseils municipaux élisaient maires et adjoints, dans celles dont la population Mpassail fi.000 habitants, la nomination des maires el ndjoinls était réservée au pouvoir central. C'était M. Thiers qui l'avait exigé, combat-
}li IIISTOIHE SOC! \LISTE tant '""c la plus, iH' i•ncrg-ic la tlu'se clérenlralisatri,·e de l'amenclrmenl propos,• •I ,lèf,•1ulu par )1. Lcfi·,.,.e-Pontalis, un memhre de la droite rependant, pru ~11!--p1•et d ' iaY.-H'i'-t'I' J,,s << m('nt~t•s dl·maHogiq111•s )), C,•lamrndrm('nl portail qur dans tirnl1•~ lt•... <'Ommnnes )p ConsC'il municipal (tlirait Ir mtlirr ('I lC'~ adjoint ... parmi r.., ~ nwmbl'C''-l, au ~crulin ~e<~rclcl :\ la majol'1l{•absoln<.·. Les ma1r1•~ ainsi nomrnés rc~trii<.'nlrt.~vocal>IC'spnrdécrrl t•l nl' pouvaiPnl c."·lrrN·li~ gilil<'"'avant unr anné('. l'.!'t am·•n,•,•menl. fortement appuyé, avait (ot(• a,lnpti· 'lllan,1 M. rhicr, inter\ïnl et, sous 1n(•1H1Cl' dr sr retirer mrnarr coulumih·e c1ui lm rt'·us• si~s11l - rérlama pour lt• pou,oir C'\'.éculif ln nominal ion dC's mairf's, au main$ clans lt•s gran·lcs ,·illc-. l,'.\,scmhl,·c s·,,tail h1issi·,• 11npressionner par ,·d ultimatum l'l. pa1· ;,(;'1 ,·oix ,·ontrc ;l\l - les abstentions rurcnt nomhrcusc•s clic a, ail adoptl• un f'Omplé-mcnl:) l'arliclC', di~:rnl : •t La nomination dr~ maires aura li<•u pro, i... oiremf'nl par t..lé,·n~t du g-oun•rnenwnt. <lans Jr... villrs dt• plu<.. vingt mille habilnnls et dans les chefs-lie11, de <h'pnrtem,•nt ,,1 d'arrondissement. 'luclquc Foit le rhiflre d,• la population. Les maires et adjoints ,Nonl pris dan~ le Con... 1•il municipal ,, ..... Lt' progrnmrnc de '\anr~ av,til fait nnufroµe. Paris ami! nntu,·cllrmcnl l-t(· l'objet <l'une loi cl'aulanl plus <l't•"·••ption qu'elle a,·ait i-li• <'•lal,or•'r. \'Otée durant la n',·olution communoliste. li fout sr h.ller d'ajout,•r quc, sauf de légè,·cs, tri•s légi•res, pour aiosi dire insigmfianlcs · reluud11•s. l'org-ani-3lion muoiripale de la capitale est restée cclle dont la gratifia 1.\-seml,lé,, la phi- rétrograde, la plus haineuse '1t1'ait connue l'histoire pal'lenwntaire de notre pa)S- Ce ne sont cependant pas lcs rc,cnùications qui ont manqué. Pas <le mai rit• centrale. naturellement; un Conseil mun1c1pal composé de quatre-\'ingts nwmbres, un pa,· quartier, élus au sufTrnge uni\'Crscl; il fallait, a, ant la ,·Horme de la loi électorale, a\'oir deux ans de clomièil,• pourt'ln• (·lecteur. Le Conseil muni,·ipal élisant son l,ureau sans pOU\'Oirs cfl'<•clifs; Ir préfet de la ~cine ,cmplissanl, sauf en rc qui concerne la police, le rùle dc maire, tenant cn tntl'li<· élroite l,•s élus du suffrage uni\'erscl; r,llc contradictoire, sourrt• de permanents conllits. li (•tait naturel, sinon légitime, que ~I. Thiers cl les conscnateu,·s conscienls de l'Assemblo'•e nationalc prissent toutes les p, écautions néccssaircs v,s à-\'iS des com,nunes, partiruli,.remenlde Paris, des grandes cités, des centres industriels; '111ïls limitassent autant que possible la ~phèro d'action de ces agglomél'ation, ou, le progri·~ cl la propagande aidant, se pouvaient décider, expérimenter des rHormes d'ordre social. d'ordre économique, capables de ,en·ir d'exemple el de créer ou <l'activer de puissants courants d'opinion pulJliquc favorables il une réno, ation politique et sociale. Voici, du reste, !renie-deux ans que la Hépublique est sortie ûu provisoire pour entrer dans l'ordre légal et ~·on peut, sans risque d'•'lre contredit par d<•sdocuments sérieux, aflirmcrque
HISTOIRE SOCIALISTE lï les réformes les plus importantes sonl dnesà l'initiati"e des communes les plus démocratiques. C"était donc une préoccupation de d<'f,·nse sociale qui dictait la loi municipale; c1csl encore <'Ill\ qui <lirte les rt'•~i~lmH·~~. mêm<"de Cf'tJX qui, aprt'S avoir rc\'Cndiqué le plus ardemment les franehiH•s municipales pour Paris, un allt'gement de l"élrnite tutelle du pou,oir rent,·al vi,-a-\'is des autres communes, reslcnl sourds à leurs ancicnn('~ n•n\nd1caltons d,.pois quïls ont conquis le pouvoir. Le '?3 juillet l8ïi curent lieu les élections muninpal"s à Paris. l n mois à peine s'était écoulé depuis la rentrée furieuse J,,s troupes régulii-res; pal'lout apparaissaient les traces poignantes de l"cffro)alM tragi·dic qui s'{-tait déroulé,•. Le deuil. la terreur planaient. Les déno,wiations poursui,aicnt leur œuwc de h\cheté et, chaque jour, des arrestatior.s affirmaient que la soif de ri•pression d(•Svainqueurs n·était pas apais,'c. Les professions de foi furent, en général, timidl'S, la campagne électorale assez morne. Paris étail alTaissé, exsangue, après la farouche et large1;aignfr, pins large que celle de juin lb4t-.. Toutefois les résultats furent moins mau, ais qu·on l"anrnit pu prévoir; ""c,· les faubourgs ou\'riers décimés cl tenus sous la menace ou,·ertP de la force publique; sous la menace, moins apparente, mais plus impressionnante des légions policii•res enquêtant, espionnant, donnant quotidienne chasse aux survivants de la catastrophe ùe mai. l)c nombreu" républicains, en majorité modérès, il est vrni, furent élus; certains m,'me d'opinions asse, tranchées pour qu·à cette époque ils apparussent comme des " rouges » au, conservatPurs, monarchistes ou républicains, encon' sous l'impression de la peur éprouvée durant deux mois el demi: Jules )lotlu, Ed. Lockrny, G. Clemenceau, Hanc, Jacques, etc ... Le chiffre des ab,,lentions ful de pri·s de 180.000 et combien d'électeurs n·avaienl osé se foire inscrire: Puis, dans les quartiers aristocratiques, nombreux étaient ceux qui n'avaient pas encore reparu, terrés en p.-ovinre, atten• clanl que Paris, complètement" pacifié", «épuré». leur offrit toulcsgaranlies de lra11quillité pour leur existence d'oisiveté el de plaisirs. La tàche du nouveau Conseil n'allait pas <'lre aist'e, puisque toul était à réorganiser; parliculieremenl les finances mises à mal par l'haussmanisation sans contrôle de la Cité, un gaspillage inouï, les frais de la guerre, les indem• ni lés nombreuses et la lourde contribution à régie,·. Oans ce Conseil, l"élémenl ouvrier n'était pas représenté; ce n'est que plusieurs années après que, grdce à la propagande qui de,·ait s·enlroprendre, parmi <lescomplications et des difficultés sans nombre, gràce à l'amnistie qui allait permettre aux militants proscrits de reprendre leur place de combat, le Parti socialiste, enfin ressuscité, allait entamer la conquête du pouvoir politique, en commencant par la conquNe de quelques sièges dans les assemblées communales.
18 llJSTOIHE SOCIALISTE Cll\l'ITHE \' La B ,uryenisie él'niue l'ers la Rép11bli91ie. des c·1ïles. - Ce (JW! cOJile une guerre. Le l'oys rural el le Peuple Lero11 de choses. Les élec- /ifJns du 2 Jaille/ n,.,'; 1. - Cne m'mi/'esl<,lion. }lalgré les incessantes ~onspirations royalistes, les menées bonapartistes, les hésitations du Cenlrt>-gauche M l'A~sembl<·e nationale, les lergi,•ersations de 11. Thiers, masquées sous des apparentes d'entêtement autoritaire; malgré l'exploitation du spectrn de la Commune, de l'i nlernationnlc, du Communisme, du Ùl'apcau rouge, dcc:; inc<'ndiPS, IC'pays, lentement, mais avec une rarf' sûrclé, une "olonté, consciente parfois, instincli\'C plus sotn·ent, s'oriente ,ers la R,<publiquc el il le manifeste /J chaque fois qu'une occasion se présente. C'est que, depuis 1814 el 1815. il n'a reçu une leçon de choses aussi terrible. aussi démonslrati,e. Plus développé, un peu plus iustrnit, quoique l'instruction ne soit pas encore généralisée, celle lc,:on le peuple l'a comprise, non seulement le peuple qui lra,aillc, qui produit la ridwssc, mais encore la moyenne, mais encore la haute bouri:;eoisie financière. industrielle el commerciale. C'est que l'on comprend enfin à quels dangers de toute nature s'expose un pays en renwllanl ses destinées aux mains d'un homme dont le pouvoir, émané du suffrage uni\'ersel, est fatalement au-de~sus de toul contrôle el rebelle /J tout frein constitutionnel. l>u reste, n'est-il pas lïnspiraleur de la Constitution cl u'est-elle pas réglée par ses partisans, ses serviteurs, ses complices, issus du mème factice courant d'opinion qui l'a porté au pouvoir'? Tout élan pour provoque,· le ralliement à la Hépubliquc, Mjoucr toutes les mancruHes monarchiques, forcer )1. Thiers à suivre le courant qui irrésistiblement emportait la grnnde nrnjo,·ilé de la France. C'était à la tribune même de J',\sscmblée nationale que s'instruisait, au grand jour, en des discussions documcnl~es, passionnées. le proçès de l'Empire; que s'étalai;nl la corruption, l'imprévoyance, l'incompétence du régime politique el de ses organes administratifs. La guerre n'avait été entreprise que pour tenter la consolidation de la dynastie ou de la sauver; entreprise sans armée, sans outillage ni approvisionnements de campagne, simplement a\'CC des illusions stupéfiantes. lle celle guerre, il fallait maintenant payer les frais formidables; mais rien ne pourrait supprimer les deuils, ressusciter les milliers de morts, effacer les désa,tres cl rendre au pays les provinces hrutalcmenl arrachées. Puis, il
IIISTOJllE: SOCL\LISTE: 1!) fallait ~•occuper de n"organiser 1'armt•P, de reconslihu•r tout lt: matériel ù(• guerre et rester voué à ùe constantes angoisses jusqu'à <"<' qu0 l'cnvahis~eur cul évacuf le sol encore occup(,; nu'me après. puisque les deux pays qui ve,iaicnL de se choquer dernicnt se gueller, s"ob;,•1·,·c1·, le doigt sur la g,,- chclle du fusil. ()ans son OU\TUg(•, /..a Gestion con.,ert•tJ/rfre el la f;eslion rèpul,[icaine, ,\1. Amagal n d,·essé un bilan drs charges auxqt1<•lles il fallut faire face après la i;-uerrc: il est utile de le reproduire : Tribut à payer aux Allemands . « !ntérèls de cc lrilrnl. .. « Frais des emprunts. « Oéficil des aru1ées J1,ïO el 18ïl. ·. « Oépenscs de la gue,..-e ac,,uillées par les budget, postérieurs à tt--ïl. . . . . . . . « Dépenses se rapportant à l'invasion acquillé,·s pai· les budgets postérieurs à !Sil . « IJéticil des ann,<es 1Si2-ï:l-ï I, conséquenc<' de la guerre . . . . . . . . . . « Premier compte de liquidation. « Second compte de liquidation . « Dédommagement aux dépa,·lement, en,·ahis non inscrits aux comptes de liquidalion « Canalisation de l'Est ... « Perte de l'ancien matériel de gue1Te . . « Prime des emprunts . . . . « l>é<lommagcmcnl à la Compagnie de l'Est. « Perle matérielle de l'.\lsacc-Lorraine. . . « Perles non réparées des départements envahis. « Hessou,·ces crét<es par les commun,'s pour solder les dépenses de guerro . . :, 0/m.ooo oo :lOJ. l J:,.Oï8 t l 2;:;. ~1;~.2œ ~)(i ·2.il',2 I0\1.:m i:,I 1\li. 2(i~. l '28 18 H2\U 11 tï!l 2ï l .10 l.llil.086 01 310.531.(,;{!J • 89.300.000 ,, 31i9.000.000 » l .liït!. Hiï .031 Hi 100.000.000 » J .(i5!1.ï50.000 » 100.000.000 • 10ï.•11:l.2SI :lt Sans doute la bourgeoisie fran,aise trouva-1-ell,• dans les emprunts émis à des taux fort bas des plus-,alucs lrès larges, car le crédit français repril vite son assiette cl les fonds puulics s'achcmini•rent rapidement ,ers le pair qui d~vail, quelques années apr~s, permettre de fructueuses conversions, mais les impôts augmenlaie,ll dans des proportions très lourdes. En outre, la H,<µublique n'olTrail-ellc pas à la classe possédante el dirigeante tous les mosens ée garantir, en les développant, ses iutérèls économiques, puisqu'en procédant avec méthode, habileté, au besoin a,ec énergie, elle goU\eruerait ellc-mème,
2\) HJS1'01RE SOCI.\LIS'l'E non plus OYCC un roi ou un ()tnpercu1\ mois avPr S('S proprf's reprêsrnlants, car lt• peuple prop1emrnl dil, tenu en tutelle par clic, désigne1'3il pour le rr-pré"if'nlcr non d(•s ~icn~. nrni~ dr~ candidats pnr elle choi~is, patronnés. C'{·tail la monard1ie sans rni, o,cc unr poignée de chefs se concertant pour consen er les institutions des anciens régimes, modifier légi•f'Cmcnl celles qui a\'aienl trop , irilli. Quant au peuple. celui qui travaille cffecti,·cment, créateur de la richesse publique ,,1 pri,ée: sur qui, directement ou obliquPmcnl, mais lourdement, retombe le poids Je. toutes les charges, \'Oué Il Lous les caprices do ses emploieurs, à toutes les fatalités, à Lous les aléas économi,1ucs, il était attiré ,·el'S la République par ce sentiment tout instinctif qui, peu à peu, se développera en conviction cons,·iente, raisonnée, que la Hépublique pouvant de"cnir son« gou,ernement /J lui" pourrn améliorer sa situation d'abord, puis préparer son affranchissement complet; ne dit-on pas de lui, mème dans les organes de la bourgeoisie la plus modér(·e, qu'il est le" Souverain»! Au reste, dans les grandes villes cl dans certains centres industriels, l'idée répuulicaine s'était manifestée avant la guerre; on l'avait pu constater par les résultats du plébiscite; sur quel<1ucs points il portail mème, très accusée, l'empreinte socialiste, le plus souvent sentimentale il est \'rai. t.:n seul élément parmi le peuple inspire des doutes, des inc1uiéludes, c'est l'élément rural. Le petit propriétaire cl l'ouvrier agricole vivPnl à l'écart, pour ainsi dire dans la solitude. lis ne sont pas indilTércnls, simplement défiants, car toul leur est un sujet de craintes ou de soucis : leur vie csl de travail lenl mais pénible: semailles el récoltes soumises aux caprices des saisons plus ou moins favorables; procédés de culture fort arriérés, par suite onéreux cl peu rémunérateurs; alimcnlalion rudimentaire, hygiène nulle, ignorance grande. Pour le pelil propriétaire, des impùls écrasants qui vonl encore s'alourtlii'; des dellcs masquées par des hypothèques; pour l'ouvrier un salaire, sou,·cnl dérisoire, voilà pour les conditions matérielles; quant aux conditions morales, la crainte de l'autorité cl du curé. Pas de lectur~, ln presse n'est pas assez répandue el l'instruction n'a élé que parcimonieusement distribuée. Le pays rural vient d'en"oyer à l'Assemblée une collection de députés rétrogrades tels qu'il ne s'en vil pas, même dans la Chambre introuvable de la Restauration; p1us férus de cléricalisme cl de monarchisme que les émigrés retour de l'étranger. Il a eu peur de ln continuation de la guerre; il a eu peur de lonl; on a tellement bouleversé sa conscience qu'il esl allé nu scrutin en aveugle. El, cependant, plus lenlrmenl sans doute, mais aussi sùremenl el avec plus de su ile dans les idées, il va se rallier à la Répuulique, ce pays rural dont l'attitude a si vivement préoccupé le parti républicain; il ,•a en devenir le plus ferme soutien quand, plus lard, le mou,·cmenl boulangiste, comme un pernicieux, malsain accès de fièvre, secouera le pays el contaminera, alTolera la démocratie des grandes villes. C'est qu'il a compris que la Hépublique est la plus sérieuse
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