J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALISTE 51 attendu avec une vive impatience par tous les groupes. Que serait ce messa!{c ! Serait-il le reflet de l'elat d'esprit de M. Thiers, fort irrité de l'attitude des droites lors de la lecture de son message de remerciements, au lendemain du vote de la loi Hivet·> Serait-il le reflet de son espl"il autoritaire peu enclin à supporter les contradictions, la guerre sournoise de chaque jour, ~nervé par la succession ininterrompue d'intrigues nouées autour de lui ·t Certains attendaient un document. sinon hautain, du moins assez précis cl assez ferme, maintenant que sa situation, par un acte quasi-constitutionnel, était assise jusqu'à celle échéance incertaine mais sans doute assez reculée : la séparation volontaire el définitive de l'Assemblée. Il n'en ful rien; dans les rangs républicarns où l'on s"était décidé à soutenir M. Thiers, cc ful une déception profonde: la droite, sans oublier, sans pardonner, en triompha; l'impression dans le pays fut déplorable. C'était une capitulation loul à fait inallenclue, incompréhensible pour ceux qui s'obstinaient à ne pas comprendre qu'il esl difficile, mème à l'homme d'État le plus madré, le plus subtil, de dépouiller le « vieil homme »; or, M. Thiers était l'homme d'un autre temps et d"un autre régime: lri·s conservateur, malgré son apparent libéralisme, malgré un discours fameux de jadis, clans lequel il avait ,olcnnellemenl déclaré q_u'il « restait du parti de la Révolution, tant en France qu'en Europe». Dans ce message le chef du pouvoir exécutif, après avoir traité diverses questions d'ordre intérieur cl extérieur, après s'ètrc, en termes fort vifs, prononcé contre le service militaire obligatoire, - il n'avait rien compris à l'organisation militaire de l'Allemagne, - il donnait son avis sur le problè,ue politique, faisant visiblement sa cour aux droites qui ne devaient, du reste, lui tenir aucun compte de cc qu"à l'épor1ue on qualifia justement d'« abdication"· Voici en quels termes il s'exprimait, ccl homme si retors, si << manœuvrjer »1 qui trouva moyen de mécontenter les républicains sans satisfaire les conservateurs les plus accommodants: « Vous êtes le sou,•erain, nous ne sommes, nous, que des administrateurs délégués pour opérer ce que j'ai appelé la réorganisation du pays. Eh bien, votre politique actuelle, qui a pour objet la cooslilution d'un gouvernement définitif, c'est vous surtout qu'elle regarde el nous empiéterions sur vos droits si nous prnnions à cet égard une initiative précipitée. Quant à moi, je n'ai accepté qu'une tâche, c'est de réorganiser le pays brisé par sa chute, en refaisant au dehors ses Pelalions, au dedans son administration, ses finances, son armée, en me tenant toujours prêt à vous remettre intact dans la forme, loyalement el scrupuleusement conservé, le dépôt que vous m'avez confié. Le voilà, en effet, tel que vous me l'avez remis, en partie réorganisé, el surloul conformément au mandat passé entre nous. Je vous le remets; qu'en ferezvous? Vous êtes le souverain et je ne le suis pas, ou le mol de droit n'est qu'un ·vain mol car vous êtes les élus, librement élus du pays!

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