J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

60 HISTOfRE SOCIALISTE ra leur oous tous les régimes,' qui a déjà été condamné q ualn' fois à morl, c'est ,on regard: ses petits yeux enfoncés, pr·csquc cachés dans leur orbite, révèlent une acti"ilé fiévreuse et inquiNe el, quand M. le président lui 11dresse une question, <1tiandun témoin fait une déposition qui lui fait connaitre un détail important, on le voit s'animer subitement et darder un regard fixe el mena~ant sur celui qui parle. « li est n!lu d'une r·edingole noire, sur laquelle il a jeté un manteau. li est coiffé d'un chapeau à haute forme et à larges bords. Sur l'invitation de ~I. le Pré5idenl, il va tranquillement s'asseoir entre ses gardiens, sur le banc des accusés. il plie soigneusement près de lui son manteau, puis il parait attendre qu'on l'interroge . ., L<'procès commence; de nombreux témoins sont cités, dont certains ne se présenteront pas : Arago. Uorian, Jules Ferry, Garnier-Pagès, Jules Simon, ministre, qu'un d(·crct spécial autorisera à apporter un témoignage douccreusemenl ,·cnimcux. Dès le début l'interrogatoire décèle la toujours vivace énergie de l'àme indomptable qu'enveloppe un corps si chétif, si usé: Au président qui lui demande ses nom et prénoms, d'une voix calme, claire, il répond : « Louis-Auguste 131anqui, 6ï ans, homme de lettres. » - • Quel est vol re dernier domicile·>» - « Mon dernier domicile? ... Mais je n'en ai pas, puisque je suis en prison. Quand on m'a arrèlé, j'habitais Bretonn,.ux (Lot). » C'est une lulle pied h pied qui s'engage l'nlre l'accusé et ses juges: ceux-ci, emportés par la passion, par la haine que leur inspire le vieux républicain qui, pièce à pièce, détruit le roman malsain édifié par l'instruction et effare ses juges par son sang-froid, ses répliques cinglantes, son courage que les perspecth·es les plus sombres ne sauraient émouvoir. li en a vu bien d'autres, l'homme <lonl la vie dPpuis la plus tendre jeunesse a toujours oscillé entre le combat pour les opprimés et la douleur. On l'interroge sur l'affaire de la Villette; on n'en a pas le droit, elle n'est pas visée clans l'ordre Je mise en jugement ; il proteste contre celle illégalité flagrante que le président veut masquer de son pouvoir discrétionnaire, mais il déclare: « Eh bien! l'aITaire de la \'illctle était le l septembre avancé de trois semaines. C'était une tentative pour renve,·ser le gouvernement·;ç'a été un 4 septembre manqué.» r'uis il s'explique longuement sur la journée du 31 octobre. Après la plaidoirie de son défenseur, ~!• Le Chevallier, après la réplique du ~linislère public, il fait une déclaration dont l'effet est saisissant: « Je n'ai que quelques paroles à ajouter. Il ressort de cc qu'a dit ~I. le commissaire du gou• rnrnernent, que pour l'attentat du 31 octobre, on demande contre moi la dépor• talion, contre moi qui n'ai été pour rien dans le mouvemenl. Quand on a jugé les véritables auteurs, ils n'onl même pas entendu requérir contre eux d'une fa~on aussi sévère, el c'est un fait unique dans les annales judiciaires que de voir des choses semblables.

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