HISTOIRE SOCIALISTE 99 l'Assemblée générale des Sociétés savantes, il avail commis le crime impardonnable de faire rcmonlPr à ~I. Thiers loul l'honneur de la libération du territoire. M. Bu1Telavait saisi la balle au bond; il en profila pour démontrer à ceux qui l'avaient élu président qu'il avait grand souci de ,, leur dignité », des prérogatives de l'Assemblée nationale. li s'empressa de déclarer 11ue si Je (;ouverncmenl ne désavouait pas, sans retard et officiellement, le discours du ministre de l'instruction publique, il considérPrail de son devoir le plus strict de convoquer l'Assemblée. Grand émoi dans tous les camps, car, dans tous, on pressent qu'une bataille décisive se prépare cl va l>ienlol se livrer, mainlennnl que le lerriloire est libéré. Que sortira-L-il de celle rencontre? l"nc Heslauralion ou le maintien de la République, car l'Assemblée est devenue Constituante el est décidée à ne se séparer, à se dissoudre, que quand elle aura déterminé la forme définitive du Gouvernement. La Commi~sion de permanence se réunil et se préoccupe d'une interpellation sur la politique générale; au cours d'une séance du Cabinet, une scène très vive a lieu; des explications amères, véhémentes s'échangent ; le ministre de l'Intérieur, ~l. do Goulard, qui ne cherche qu'une occasion de reprendre, parmi ses collègues de Uroite, sa place de combat, abandonne son portefeuille, dé~avouant hautement M. Jules Simon qui, lui-môme, est démissionnaire le 16 mai. La situation csl grave ; tout autorise à prévoir que )1. Thiers, malgré toute son habileté, ne pourra résister au premier choc el l'on s'occupe de lui trouver un successeur. Pressenti par certains, le duc d'Aumale accepte, le cas échéant, d'Mre candidat à la présidence de la République, d'où fureur cl m~naces des légitimistes intransigeants; le maréchal de Mac-Mahon reçoit les offres du plus fort contingcul; il hésite, mais /inil par se tenir à la disposition des conjurés, consacrant par celle altitude les remerciements émus qu'il a adressés au chef du pouvoir exécutif, pour ce qu'il lui a• rendu son honneur militaire• si gra,emenl compromis à Scdoo, en lui confiant le commandement de l'armée de Vers~illes. Singulière façon d'envisager l'honneur que do le considérer restaurô par une victoire su,· des fran~ais après O\'Oirété entamé par des défailcs infligées par l'ennemi, l'envahisseur de la patrie ! A défaut du duc de )lagenla, on avait songé au vieux maréchal Baraguey-d'Jlilliers, mais nul, si ce n'est lui-m<lme, n'avait pensé au général Changarnier qui, cependant, s'était exténué en offres de.services; il avait paru vraiment trop ridicule, même aux do Lorgeril, aux Uulemplo et autres fantoches do la Droite. L'accord se fil promptement entre les conjurés, les bonapartistes ne voyanl pas d'un mauvais mil la candidature évenluelle du maréchal de )lac-lllahon. De son coté, .Ill. Thiers avail compris qu'il n'avait pas une journée à perdr~, pas une feule à commettre; aussi bien avait-il maintenant la sensatiQn très nello que la partie était pour lui $inon perdue du moins gravement compromwe. li lui fallait prendre position et là était la difficulté, car, jusqu'à cc jour,
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