J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

48 IIISTOJHi,; ::;ucl.\LfüTI:: Les divisions s'annonçaient déjà plus qu'elles ne se marquaient, durant les vacances parlementaires, dans des réunions prudentes, dans l'altitude de quelques journaux, dans certains grands c,ntrrs: Lyon. Marseille, Toulouse, etc. Ce n'était pas encore le rassemblement après la <l<-faitedes forces décimées, éparses, fortement démoralisées, de ce qui a,•ail été l'embryon d'un parti socialiste, c'en était le prélude bien vag;,e, mais donnant déjà courage el espoir à ceux qui rèn1icnt une réorganisalion el une rentrée en ligne. Des communications s'établissaient entre socialisl~s échappés au désastre, jeunes hommes émus aux récits de la bataille communahste, au spectacle des misères prolétariennes, des cupidilés patronales, de l'incapacité des dirigeants, el proscrits disséminés un peu partout en Europe. Ce que n·aurnil pu faire la propagande, si difficile à celle époque, la pitié, l'indignation allaient l'accomplir, surlout parmi ceux que leur cœur allait rapprocher du socialisme plus que le raisonnement. Nous avons ,·u précédemment que les conseils de guerre accomplissaient avec une rigueur implacable la mission qui leuravailélé confiée Des condamnalious impitoyables, des ro11damnalions à mort avaient été prononcées. Pour la Commune de Paris, trois condamnations : Théophile Ferré, Rossel, le sergent Bourgeois; pour la Commune dr Marseille, Gaston Crémieux. Allait-on exécuter ces quatre hommes, tous jeunes, alors que l'ordre était rétabli, alors que lanl de sang avait éle versé• Quel usage allait faire la Commission des gràces des redoutables pouvoirs qui lui avaient été conférés·> Les vainqueurs allaient-ils enfin entrer, par une manifcstalion évidenle, par un acte <l'humanité. dans celle voie <lel'apaisement <lool ils avaient si pompeusement el si fréquemment pari~ à la tribune, encore à la veille même de la proro• galion de l'Assemblée. Sans doute la figure de Ferré était-elle, surtout après les séances du conseil de guerre aux cours desquelles avait été produit le fameux faux : « nambez finances! " peu de nature à émouvoir l'opinion encore sous le coup des légendes versaillaises; mais il y avait Rossel, l'officier du génie échappé de Melz après la mon~lrneuse capitulation; il avait essayé de soulever l'armée contre Bazaine; il avail intelligemment servi la Défense nationale au camp de :'ievers; son rôle durant la Commune avait été divers, peu politique, surtout militaire; le sergent Bourgeois avait suivi le mouvement révolulïonnaire, il est vrai, violé les lois militaires, mais il y avait tanl de rnyalisles el de bonapartistes à Versailles qu'il avait cru défendre la République aux côtés des républicains parisiens; enfin, Gaston Crémieux, avocat, paya il sa participa lion au mouvement do Marseille, donl la durée avait élé si brève, la répression si rapide, si aisée. Allail-on les fusiller, ces quatre jeunes hommes? Un courant d'opinion publique se dessina, très fort, en leur faveur. De tous côtés leur grAce élail réclamée. Ce fut un mo·nemenl unanime pour ainsi dire, dans la presse

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