J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOlllE SOCIALISTE ceux qui exislaienl. C'était l'application du « silence aux pauvres» dans Ioule sa bt'auté. Par 31 l rni, conlrt' 1\lï, !"Assemblée avait adopté le projet de loi dt) à la collaboration de \Dl. Oufaure el Ernest Picard. :-iiloul élail emplO)!' pour enlrnvc,· le développement du parti républicain el, nalurellenwnt, emp~- cher toute lcnlali,e de réorganisation du parti socialiste, en re,·anrhe la plus grande lalilude, les plus précieux encouragements étaient prodigués à tous les éléments de réaction. Parmi ceux qui s'occupaient aux prl-poralifs d'une restauration, par la réconciliation du Comte de Chambord el des descendants de ,·e Philippe-l~galité qui avait ,·olé la morl de Louis :-. n, une sainte cohorte concentrait ses soucis el son activité sur la ~ilualion pitoyable du pape Pic 1\: cl de la religion menacée par les progrès de lïndiITért•nce, de la crili!(nC, de la librepensée. Le 20 septembre 1 ïO, quel!(ues jours après Sedan, après un bref combat, l'armée italienne avait pénétré dans la Rome papale, donnant un éclatant démenti au solennellement grotesque« jamais,. de )1. Houher, el le pouvoir temporel des papes avait vécu. Celle situation plongeait dans une inconsolable douleur les militants calholi!(ues français. Comme si ce n'élail pas asse, d'avoir, par deux fois en vingt années, en 181!1cl en 18ii!I,exaspéré 'les Italiens contre nous, en maintenant, par la force des armes, Rome sous le joug clérical, les monarchistes français allaient tenter de restaurer le pouvoir temporel, au risque de lancer la France, encore sous le cour des désastres sulllS, dans uno une folle el funeste aventure. Le recul de plus de trente années, qui permet de juger de ~ang-froid les él'éncments, inclinerait à supposer que les meneurs de celle campagne papaline étaient frappés d'aliénation mentale. San~ doute, en ces circonstances, l'l~ghse apostolique, catholique el romaine, manqua-1-elle de celle souplesse qui, si souvent, a fait sa force cl lui a permis de traverser Yicto,·ieusemenl des crises tri•s graves. li n'en est rien cependant. Ces gens calculaient froidement et s'engageaient méthodi!(uemenl dans une partie capitale, décisive. Hcstauration monarchique el restauration du pou1·oir temporel étaient les deu, facteurs solidaires du probl,'me que se posait celle importante fraction du parti conservateur !(Ui comprenait qu'en France une répul,lique si rétrograde ou stationnaire qn'elle pùl être, serait fatalement la prélace d'un mouvement démocratique irrésistil,le, pour si tardivement qu'il dùl se produire. Le calcul était juste et les événements le démontreront par la suite. Si la puissance économique joue un rôle formidable dans le monde, courbant sous son joug, écrasant ceux qui ne possèdent pas el la majorité de ceu, qui possèdent, la puissance cléricàle joue, de son coté, un rôle non moins notable, tout simplement moral qu'il apparaisse. Elle est la collaboratrice la plus efficace des gouvernements el des classes dirigeantes, quand on lui laisse la pari d'action qu'elle réclame et qu'on lui concède la somme toujours énorme de privilèges matériels dont elle esl avide.

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