HISTOIRE SOCIALISTE 57 impôt conforme aux principes économiques, puisqu'il remplace d'autres impôts dont le moindre inconvénient est de surcharger soit la classe paune, soit la classe productivP. el, a\'ec elle, le travail national. « Les auteurs de la proposition reconnaissaient, d'ailleurs, que la perception de l'i,apôl présenterait de réelles difficultés; mais ils se larguaient d'avoir obvié à celle objection par leur projet de cédules. Cependant, pour celles des cédules qui visaient les revenus du commerce cl des professions, ils étaient bien obligés d'en revenir au système de la déclaration el de la taxation ». L'impôt sur le re\'enu avait été repoussé à la suite d'une intervention pressante de M. Thie,·s qui avail produit une profonde impression. Le succès du chef du pou\'oir exécutif, sur ce point, eùl été complet s'il n'eût pas pa.-lé de« l'essai loyal de la République» cl s'il n'eûl affirmé que c'était pour lui un « souci continuel ». Ces paroles avaient fortement froissé les droites, de\'enues plus pointilleuses que jamais. Le 10 janvier s'ouvrit la discussion sur le prnjet dïmpol sur les malii•,·cs premières, projet auquel élail étroitement reliée la question de protectionnisme ou de libre-échange. Uuranl neuf jours elle se prolongea; elle devait avoir une issue inallendue : la démission de )1. Thiers. En effet, le président de la République avait po~é, en termes fort catég-oriques, la question de confiance. )1. Féray, cependant un partisan arJ,,nt de ~I. Thiers, ~léposa une résolution ainsi conçue: « L'Assèmblée national<', réservant le principe d"un iinpol sur les mati,'res premii'res, di-cide qu·unr Commission de quinze membres examinera les tarifs proposés et lrs questions soulc\"l:es par cel impol, auquel clic n'aura recours qu"en cas dïmpossibililé d'aligner autrement le budget ». Mise en présence d"un probli·me économique nettement posé, l'Assemblée, oubliant ses di visions politiques, les nécessités financières, - lanl les inlén'ts matériels primenl tout, - se divisa rn deux camps: libre-échangiste cl prnteclionniste; dans chacun d'eux les divers partis se trouvèrent mNés, confondus, el la résolution Féray fut adoptée par 31iï ,~oixcontre '2\Jï. Dès la clolure de la séance, le cabinet élail di-missionnaire, el le lendemain M. Thiers adressait i.t M. Jules Grévy, président de l'Assemblée, sa di-mission, réclamant qu il fùl pourvu le plus rapidement possible à son remplacemenl. Cel acte, qui provoqua une lrès vive émotion, ouwail une crise gra\'e: elle aurait pu entralber des conséquences dangereuses si la Droite avait osé rn profiler. Ce fut l'énorme odéanisle, ~I. Batbic, qui, le lendemain, au nom de toutes les réactions coalisées, présenta, en concu,..-ence aver celui de M. Dcsseilligny, organe du Centre-Gauche, un ordre du jour Je retraite piteuse. li fui volé à l'unanimité moins huit voix, cl porté à ~I. Thiers par le Bureau que suivirent en cortège plus de deux cents députés. Celle démarche, qui _pansait la blessure d'amour-propre reçue la veille, décida le chef du pouvoir exécutif à rester à son poste; il eut été désolé de le <1uitter. L"ordre du jour
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