J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

IIISTOJRP. SOCI\LIS'l'E 91 vous regarde pas! Je trouverais une manière de me retirer, cl je laisserais faire ceux qui pourraienl restaurer 1nmonar('hic. « Interrompez-moi en ce moment, si vous croye,. que lïnl~rèl du pays csl de faire la monarchie aujourd'hui; faites-moi descendre la tribune, prenez le pouvoir, ce n'est pas moi qui vous le disputerai. « Messieurs, voilà qui je suis. Je suis un vieux disciple de la monarchie, je suis ce qu·on appelle un monarchiste qui pratique la R6publique par deux raisons: parce qu'il s'est engagé, el que, pratiquement, aujourd'hui, il ne peul pas faire autre chose. Voilà quel républicain je suis; je me donne pour cc que je suis, je ne ne trompe personne. « Eh bien l'équivoque va cesser à l'inslanl mème. Yous me demandez pourquoi on m'applaudit. Le voilà! « Ce u·esl pas parce que ïai failli nux doctrines de me vie; cc n'rsl pas parce que je pariage les opinions des honorables députés qui siègent sur cc, bancs (l'oralew· 111011/re la {/Quthe); ce n·csl pas parce que je pariage lrs opinions non pas des plus avancés, mais des plus modérés. ;'\on! ils sa,•enl que sur la plupart des questions sociales, politiques el économiques, je ne partage pas leurs opinions; ils le savent; je le leur ai dit toujours. « Non. ni sur l'impôt, ni sur l'armée, ni sur l"organisalion sociale, ni sur l'organisation politique, ni sur l'organisation de la Hépublique, je ne pense pas comme eux. « Mais on m'applaudit parce que je suis lrès arrêté sur ce point : quïl n'y a aujourd'hui, pour la France, d'autre gouvernement possible que la R6publique conservatrice. » C'était en substance le mol fameux prèlé à Lafayelle, renversé: il n'est plus possible après la cruelle, démonstrative le~on que la France vient d'essuyer, d'esquiver la République, eh bien, tàchons d'en faire la meilleure des monarchies! Entichés de formules vieillies, étroitement allachés à leurs traditions, à leurs princes, conseillés par des ambitieux sans scrupules, perfides mais d'une rare el insigne maladresse, les monarchisl~s ne surent pas comprendre ~!. Thiers, répondre à l'effet désespéré qu'il leur adressait; Jieureusemenl on ne peul que se féliciter de leur. aveuglement, de leurs obstinations absurdes, Ils pouvaient, avec l'homme qui avait déclaré èlre hostile au programme des républicains de la veille les plus modérés, organiser la République antirépublicaine el ils laissaient échapper l'occasion! Désormais. les Droites vonl accumuler cor.lre elles toutes les hostilités, el tous leurs projets, Lousleurs actes vont activer le mouvement républicain tout aulanl que le pourront faire les plus ardentes campagnes des propagandistes. Pouvait-il en êlre autrement, quand le pays loul enlier assistait à ce spectacle paradoxal, inexplicable : la majorité de l'Assemblée manœuvranl en vue de renverser un chef du pouvoir exécutif qui lui lendail les bras el implorait sa collaboration contre toutes les fractions du parti républicain ?

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==