J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

32 HISTOillE SOCIALISTE fire à juger tous les prisonniers. li fallut en créer de nouveaux. Leur lâche de"ait s·cxercer sur une foule énorme. Voici cc qu'en écrit M. Gabriel Hanotaux dans son Ilisloire de la France Contemporaine, au chapitre qui porte pour titre La Répression : « Trente-cinq mille huils cents prisonniers furent dirigés sur \"crsailles, campés à Satory ou enfermés dans deux propriétés des environs el dans les p1·isons de la ville, puis, après un premier interrogatoire, évacués sur Brest, sur Lorient, sur Cherbourg, sur La llochelle et 11ochefort. Jusqu'en 1875, le nombre total des arrestations monta à ·quarante-trois mille cinq cent vingt el un. \ïeillards, jeunes gens, hommes mûrs, femmes el enfants, toutes les conditions el tous les âges figuraient dans ces troupeaux pitoyables ». El !"outillage judiciaire fut mis à la haul~ur matérielle de sa l:lche meurtrière: sa tâche morale il ne la connut jamais. Thémis, casquée cl bottée, ne fut pas a,·cugle, mais aveuglée; elle oublia les classiques balances échangées contre le sabre cl le fusil. Su,· la proposition de ~J. Bérenger, qui devait songer bien tar<li,·ement à la « loi de pardon », de nouveaux conseils de guerre a,·aieot été créés par la loi du ï .\ot\t 18ïl; ils allaient <'Ire portés à quinze d"abord, puis à "ingt-cinq, enfin à vingt-six, rien que pour la 1redi\'ision militaire. Pour la province el l'Algérie, les conseils de guerre existant dans les divisions militaires suffirent. lis siégèrent pour juger les personnes impliquées dans les divers mouvements insurrectionnels à Limoges, Lille, Rouen, Marseille, Besançon, Chàlons-sur-Marnc, Xal'bonne, ~lontpellier, Bordeaux. :'iantcs, Toulouse, Bayonne, Lyon, Brest, Clermont-Ferrand, Bourges, Uaslia Constantine, Alger cl Oran. Quatorze cours d'assises eurent à connaitre des procès du même caractère; ellesjugi•rent les civils: les soldats passés à l'ennemi républicain,socialiste el patriote dans la haute acception du mot, furent livrés aux conseils de guerre qui les frapp,'rent sans merci. Elles siégèrent dans les Basses-Pyrénées, la Urôme, la Seine, le Loiret, le Puy-de-Dôme, le Gard, l'Aveyron, le Cher, l'Oise, la ;\icn-e, la M<1rne,la Seine-et-Marne, l'lsi·re, Saône-et-Loire. La plus grandr publicité fut donnée parla presse à ces prnc,\s; les journaux consen atcurs et les ri-publicains modérés en profit,'•rent largement p_ourorganise!' une odieuse, lùchc campagne de calomnies cl de diffamations; c'était une nouvelle semaine de )lai, celte fois la plume et la code militaire collaborant. l'n volume serait nécessaire pour donner une idée des sottises, des mensonges, des faux accumu!és contre les accusés, la plupart présentés comme des détraqués, des alcooliques ou c.lcscriminels de grands chemins; les femmes, des pétroleuses ou des prostituées! C'est l'éternel refrain de l'histoire: Quand la foule, après des jours de luttes sanglantes, après avoil' violenté les institutions établies, écartelé Charte ou Coustitulion, après avoir bo)ayé un régime « légalement établi ", remet sa victoire aux mains de dirigeants qui, fréq uommenl

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==