J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALISTE Elle n'arnil pas l'lé, du reste, préparée à supporter de tels chocs. Elle en resla effarée. La jeunesse bourgeoise, élevée dans les lycées impériaux el les t"L:.1.Uli~S(>lllrnctlisgicu\'., an,il re~u d<' lïnslntclion, mais son éclucation a,·ail élt• oricnlée ,·ers l'obéissance, vers le respect, soil du pouvoir élahli soit des traditions royalistes; tous a,·aienl re~u une éduealion religieuse. L·ne lri•s faible fraction avait fréquenté les quelques ,'lablissements libres oil se donnait, pour ainsi dire en cachelle, une instruction libérale, parfois même républicaine. Cependant dans celle bourgeoisie, assez nombreuse, étaient des jeunes gens <1u·avail séduits le mou,cmenl d'opposition à t·Empire cl qui s·y étaient bissé entrainer; mais la l\, 1publique fondée, ils avaient compris la place qu'ils pouvaient s'y fair-c cl s'élaienl loi rangés dans le parti républicain, résolus à assurer son lriomphe, mais aussi résolus à défrndre les privilèges de leur classe contre les entreprises du socialisme. Peu nombreux furent ceux qui prirnnl place parn1i les défenseurs des inlér<'ls ùu prolélarial. Quant à la jeunesse ouvrière, l'cnscigncmenl prin1aire lui avait été parcimonieusement mesuré; allait à l'école qui voulait el qui pou mil: l'immense majorité, formée par les nécessités, lrop fréquemment aussi par l'ignornnce des parents, élailau lra,·ail dès l'ùge le plus lcnrlrc, vouée aux conditions les plus défavorables lanl au point de vue physique qu'au poinl de nie moral. Les programmes élaicnl pour ainsi ,li.-e nuls, le personnel enseignant, transformé c11 personnel politique, noloiremenl insuffisant: l'élément congréganiste, aux influences funestes, y jouai! un rùle prépondérant. Que pouvait êlre celle jeunesse, sinon indifférente·> ;\éanmoios, clans les grandes villes, clic subissait le conlacl des pare.ois ou des amis républicains, socialistes, mais il n'y avait là qu'une minorité. Or, voici qu'avec toutes les ardeurs qui la caracl~risenl. l'ensemble de la jeunesse allait se lrouYer tiraillée entre les partis qui lenlaienl ùe la conquérir cl de la grouper, pa,·ce qu'ils comprcnaie11l bien le rôle 'lu'clle pourrait jouer. Ce ful de ces tiraillemcnls si divergents qu'une idée se dégagea, commune à tous, l'idée d'une revanche de la France vaincue. Pour celle rnvanchc il fullail une jeunesse robuste, exercée, bien avanl le service militaire; éduquée palrioli'lucmcnl, ainsi qu'avait pror·éclé la Prusse durant plus d'un demi-si,'cle. El partout l'on vil se forme,· sociétés de gymnastique, sociélé·s mililaire5 1 bien avant qu'on ne songci\l à · organiser l'inslruclion graluile cl obligatoire! Sans doulc élail-il in~ispensablc d'organiser la France en "''r de sa sécurité future, ùc son indépendance vis-à-vis de ceux q1Ji pouvaient la me11acer, s'inqui(-lanl de son prompt rrlh·cmént cl de son développement républicain; mais tenir la jeunesse de loul un pays hypnolisfo sur une seule idt'e, c'était aller à l'encontre du but <JU'Qnsr proposait en apparenœ: c'était risquer de l'énerver dans l'nllenle d'une éch(•ancc incertaine, la lasser, pt.iis la conduire à l'indifférence, cr qui esl s111·,•enuel inspire tanl de légitimes inc1uié!udes. C'est dans ,·es conditions g~néralrs, troublantes, que le nouveau Parlement

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