J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

102 HISTOlllE SOCl.\l.,ISTE na\ional, que l'ordre moral M1;end beaucoup de lui, qu'il peut le fortifier ou l'affaiblir par son allitude, par les doctrines qu'il professe haulcmenl, el surtout par l'esprit qu'il inspire à son administration. » Le discours du duc de Broglie, qui devait faire la forluue de la formule l'ordre moral, était un appel à tous les monarchistes el à tous les peureux des cent,·es; il produisit grand effet, tant il Hait habile el perfide. Ce fut i\l. Dufaure qui) répondit au nom du gouvernement. Il fut brulai, mais à l'allaque subtile il répondit avec habileté pour terminer par un coup droit, bien inattendu du vieil orléaniste qui tant de fois avait capitulé devant la réaction menaçante. Le duc de Broglie avait menacé le pays des plus grandes calamités, si les progrès dt• parti républicain, du parti radical n'était pas enrayés; à son tour, ~I. Oufa111·e, ripostant du tac au tac, déclara qu'il fallait s'attendre aux plus graves crises si la Hépublique n'était pas définitivement reconnue comme fonnr de gou,ernC'menl. " Oui, déclara-t-il, j"ai éli· frappé, comme l'honorable duc de Broglie luimème, d(•Sficelions des ?7 an-il et 11 mai, j'ai cru qu'elles nous dounaienl une grande leçon: j'ai compris que, pour lutter désormais contre le péril qu'on a signalé, il fallait un gouvern-emenl définitif; c'est pour cela que nous avons présenté les projets de lois constilulionncls. « :\'ous vous les avons présentés avec conviction; nous élions prêts à vous déclarer que, si vous n'accordiez pas ce que nous vous demandions: la reconnaissance du gouvememcnt de la République, nous ne nous sentions plus la force de répondre de 1'01·dre public dans le pays ». Le discours du Garde des Sceaux avait été écoulé avec une visible impatience, coupé par des interrnplions nombreuses el vives; à peine fût-il terminé que des clameurs s'élevèrent réclamant la clôture de la discussion cl le passage au rote ..... à l"aclè d'exécution longuement prémédité, savamment combiné; mais, par un pli remis au président, M. Thiers avait demandé la parole, usant de la prérogative que lui accordait la loi. Lo lendemain, dans une séance tenue le malin, il prononça un discours qui aurait gagné à <llre plus href, mais qui fut écouté avec le plus grand silencP, sans une seule intt'l"ruption. Il se montra aussi conservateur. mème plus que jamais; après avoir évoqué son passé, rappelé la làche accomplie depuis la réunion ·de !'Assemblé,· à Bordeaux, il plaça l'A~semblée en présence de la situation de fait qui se présentait. A son avis, le seul moyen d"assurer !"ordre, Je former en France un grand el solide pal'li conservateur, c'était de reconnallre la République, de s·y rallier, de la fonder définitivement; il était daugereux de vouloir endiguer ou remonter le courant qui se manifestait dans le pays:« ..... La raison qui m'a décidé, moi vieux partisan de la monarchie, déclara-t-il, outre le jugement que je portais en considérant la marche des choses dans le monde civilisé, c'est qu'aujourd'hui pour vous, pour moi, pratiquement, la monarchie est impossible.

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