J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

28 HISTOIRE SOCIALISTE conjonction de deux hommes d'l~tat qui, parmi les intimes, mais sans trop se cacher toutefois, se traitaient réciproquement de « fou furieux» et de « sinistre vieillard ». )lais il fallait compte,· avec les passions cléricales de la drnile. ~I. Keller déclara brutalement que ses amis cl lui auraient voté l'ordre du jour de )1. Marcel Barthe, si l'appui de M. Gambetta ne lui avait donné un caractère loul spécial; ils ne pouvaient plus lui accorder leurs suffrages. )1. Gambetta, à celle attaque directe, riposta avec véhémence:« Je connais celle lactique, s·écria-l-il, qui consiste à jeler des personnalités dans le débat! Je puis èlre pour vous Lous un homme suspect el dangereux; ch bien, prenons jour pour discuter mes acles. Aujourd'hui, je vous demande si follement vous voulez lancer le pays dans de nouvelles aventures! » Parmi l'orage déchainé, ~l. Thiers f1l une déclaration ferme, bientôt suivie d'une navrante capitulation. D'abord il déclara que, malgré l'appui donné par )1. Gambella, il maintenait son acceptation de l'ordre du jour Marcel Barthe: « Je ne relire pas mon adhésion à l'ordre du jour de ~!. ~Iarcel Barthe, dit-il, parce que tel ou tel l'a accepté. Je ne recherche l'accord avec personne, mais quand il arrive, je ne le fuis pas». Les monarchistes revinrent à la charge, non à la tribune, mais plus directement, à son banc, le mellanl en demeure d'opter entre eux ou l'ancien dictateur el il céda; :1 reparut à la tribune el, là, il déclara qu'il consentait au renvoi au ministère des affaires étrangères, mais avec celle condition qu'on ne l'engagerait pas dans une politique grosse de dangers pour la France. El le renvoi fut prononcé après que, par 409 voix contre 200, l'ordrn du jour Marcel Barthe eùl été repoussé. · Cette discussion élail significative; elle révélait le plan formé par la coalition des réactionnaires el des cléricaux; elle marquait un des points de départ de la lutte qui allait s·engager contre l'Église el qui n'est point terminée, malgré le régime nouveau créé par la séparation des l~glises el de ]'Étal. Celle lulle, les luttes pour l'établissement d'une République solidement assise, le parti avancé décimé, sont pour faire comprendre la lenlcur avec laquelle allait se reconstituer un parti socialiste ayant son programme spécial et sa tactique particulière. Toutefois, celle lenteur oe fut que relative eu égard aux difficultés nombreuses, d'apparence insurmontables) à des crises particulièrement graves el délicates.

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