J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIALISTE 9 tude tonte pacifique vis-à-vis de l'étranger; le sou,enir aussi de ses résistances victorieuses aux ennemis de l'ordre el de la propriété. ;',;e pouvaitelle pas évoquer les terribles r~pressions de Lyon, de Paris'! Le comte de Paris, ses partisans nombreux l'affirmaient, était prêt à tous les sacrifices pour assurer la paix sociale, lra,aill,•r au reli•,·emenl dn pa)S. Le programme avait de quoi sMuire la bour<teoisie française, tour à tour voltairienne ou dévote, suirnnl les besoins, préoccupée surtout de conserver un rôle gouvernant, afin de plus sùremenl soigner ses intèrèls de classe, sa situation économique. Malgré l'éclatanlè flétrissure infligée, à Bordeaux, par la quasi-unanimité de l'Assemblée, la faction bonapartiste n'avait pas perdu loul espoir el elle conspirait, complanl sur les maladresses, les fautes des ,·oisins conservateurs: escomptant le concours intéressé de la nuée de fonctionnaires, de prétoriens, de satisfaits qu·a,·ail favorisés, entretenus le régime déchu. Puis, s~ul peulèlre de tous les partis réacteurs, il était capable de Ioules les audaces. Au centre de l\\ssemblée flottait une masse inconsistante, fort troublée, indécise, oscillant de droite à gauche, cherchant à se fixer, mais n'osant pas; versatile par calcul ou par timidité; un coup décisif, un acte de volonté, un mouvement accusé de l'opinion publiq\1e étaient seuls capables de déterminer une orientation définitive; il y fallut du te1i1ps. Quanl à la gauche, minorité, clic était acquise à l'idée républicaine, mais à l'idée répuhlicaine conservatrice; elle ,enail de donner avec ensemble contre le mouvement révolutiounaire, el si, vers la ~lontagne, elle accentuait son programme d'articles démocratiques, de réformes d'apparence ouvrières et sociales, elle répudiai) hautement cl en toutes circonstances Ioule solidarité avec ceux qu'on est convenu de qualifier« d'ennemis de l'ordre et de la propriété.» Tels étaient lcs.dilîérents partis qui luttaient pour doter le pays d'institutions politiques, réparer les désastres de la guerre étrangère, pauser, parfois en les avivant, les plaies de la guerre civile et p_réparer l'avenir. Cn homme dominait cette situation, quand la situation ne Je dominait pas: M. Thiers, politique de race, d"une rare souplesse, rompu à Ioules les subtilités politiciennes; ayant traversé les intrigues les plus variées, quelquefois les plus douteuses; accoutumé à la pratique du pouvoir, stralégisle el tacticien parlementaire éprouvé, conservateur el défenseur de l'ordre, il l'availdémontré sous Louis-Philippe, il venait de le démontrer ... jusqu'à l'hécatombe de milliers d"ètres humains. Doué d'une volonté inflexible, autoritaire, intelligent, orateur clair, connaissant les diverses questions qui peuvent se poser devant une assemblée - elles sont toujours les mêmes, du reste, sous di,·ers aspects - s9n rôle d'arbitre entre les partis s'était accusé davantage au cours de la lutte contre Paris. A tous les partis, réacteurs et modérés, il a, ail donné des gages précieux; après l'avoir porté aux cimes du pouvoir, ils devaient l'en précipiter.

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