J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HJSTOJllE SOCIALISTE 183 la République son caractère réel cl de la doler d'une Constitution cl de lois conforrr.cs aux aspirations el aux besoins de la démocratie. ~Dl. Gambetta el Jules Ferry s'étaient faits les principaux interprètes de la fraction modérée el ils s'étaient nettement expliqués. Partout où il avait pris la parole, à Lille, à Aix, à Avignon, à Bordeaux, à Paris, )I. Gambetta avait pri'ché aux républicains la sagesse: il parlait bien de certaines revendications du traditionnel programme, mais il préconisait la méthode d'allenle de M. Thiers dont il se rapprochait de plus en plus et qui suivait sa campagne avec un vif inlérèl, de la retraite où il se confinait. L'éducation du suffrage universel n'était pas suffisamment faite; il ne fallait pas l'effraye,· par une action trop rapide. li faisait appel aux hommes de sagesse, de bonne volonté, de patriotisme, leur demandant de se rallier à la Hépublique, une place large, honorable, leur y serait r<'ser,·ée. Il fallait avant tout s'occuper à réorganiser la France au point de vue militaire, financier; l'orienter dans sa politique extérieure grosse de dangers. Sans doute, des réformes étaient nécessaires, allendues, telles que lïmpùl sur le revenu, la séparation de l'Eglise el de l'Etat, la liberté de presse, de réuQion el d'association, l'organisation de l'instruction laïque el obligatoire, mais c'étaient là des problèmes :'t ajourner.,, Bordeaux, il avait déclaré: « Je me garde de dire que vos reprèsenlanls les accompliront pendanl'Icurs quatre années de législature; je ne le crois pas cl, si vous voulez Ioule ma pensée, je ne le veux pas ». li exprimait cc dé,ir <1uela Chambre fut « avant tout politique». Et il se montrait ainsi l'interprète. le représentant exact de celle fraction de la bourgeoisie française, républicaine de tradition ou venue à la République par raison surgie de circonstance~. La bourgeoisie française n'a pas su le comprendre el clic se montrera bien inl(rale avec lui quand, plus lard, il prendra le pouvoir. Dans les \'osgcs, ~!. Jules Ferry, qui devait devenir un des hommes d'Etat les plus n1arquanls el aussi un les plus impopulaires de la troisil·mc Hépuhliquc, affirmait la nécessité de faire preuve« d'esprit de mesure cl de sagesse»; il Mclarait <1ue« le moment n'est pas venu ùe renoncer à la polili11uc de transaction. Traitons, ajoutait-il, )es questions pratiquement, rune après l'autre. Acclimatons la Hépublique ». El, tandis que les plus avancés du parti républicain. dans leur programme électoral, inscrivaient la revision conslitulionncllc, il disa1l: • Laissons les ennemis de nos institutions prendre la .-evision pour drapeau». De tels discours, de telles déclarations avaient pour rés.ullal de semer la ,lôfiancc dans l'opinion contre les républicains qui affirmaient la r,éce&silé de fonder une République vraiment républicaine, en les classant comme des complices, conscients ou inconscients, des réacteu1·s. Le parti radical qui devait, dans la nouvelle Chambre, former l'exlrèmegauche. avait, de son coté, mené une campagne ln's ardente à Paris el en pro,·incc. Trop de concessions a,·aienl été faites, disait-il aux modfrés du centre; il n'était que temps de remettre le parti républicain dans sa ,•raie ,·oie.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==