J. Labusquiere - La troisième République ; J. Jaurès - La conclusion: le bilan social de 19. siecle

HISTOIRE SOCIAL1S'l'E 113 l'Assemblée qui se retira avec éclat des obsèques civiles du député républicain 13rousses; au cours de la discussion sur les aumôniers militaires; au cours surtout du mémorable débat sur la loi autorisant, comme d'utilité publique, sur la demande de l'archev~que de Paris, la construction de la basilique de Montmartre qui, aujourd"hui, se dresse, dominant Paris, comme une Bastille catholique! Partout la Marseillaise élail interdite, mais partout retentissaient de stupides cantiques en l"honneur de Rome, du Sacré-C(Cur cl de la Foi, Au cours de ces discussions, on assista au spectacle édifiant de protestants tellement emportés par la haine du progr~s, de la République cl de la libre-pensée, qu'ils confondirent leurs votes avec ceux ries papistes les plus acharnés. O Luther' Au cours de la discussion de celle loi si prodigieuse, dont les effets se font toujours sentir, puisque la basilique tache oocore la bulle Montmartre, un député de Paris, M. Corbon, prononça un discours dont il importe de détache.- le passage suivant, fort exact:« Soit, déclara-t-il, votre basilique sera votée, elle sera b,1tie; vous y ferez des manifestations catholiques. Eh bien, moi qui connais le sentiment de la population parisienne, moi qui suis comme elle alleinl do, la pestilence révolutionnaire, je 1•ous déclare que celle population sera plus scandalisée qu'édifiéc de votre foi tapageuse. Moi qui suis du peuple de Paris, je rnus déclare que, loin de l'édifier, vous le pousserez vers la libl'Cpensée, vers la !\évolution. Oui, je vous en sais gré, , ous vous pcrdr1. ! Cela, il csl ,-rai, vous regarde! "Certes, si vosmaoifestationsdcmeuraienl purement chrétiennes, le peuple de Paris en serait louché, mais quand il \'Oil faire ces manifestations à des partisans de la monarchie, à des ennemis de la Hévolulion, il se dit que le catholicisme el la monarchie sont solidaires, cl repoussant l'une il repousse l'autre. Oui, entre le retour à la monarchie el le catholicisme, vous avez fait un lien de solidarité qui perdra la religion cl la monarchie. C'est l'avis d'un sage ennemi que je vous donne; loul ce que \'OUS ferez dans le sens du projet de loi, en appelant le parti militant de l'l~glisc à venir manifester une foi bruyante, lournern contre l'Église el au profil de la Révolution, ce dont je me réjouis profondément! » Après celle débauche, cc déchainement de cléricalisme qui se pro.longea durant plusieurs années, sans pitié pour les idées les plus anodines de librepensée ou de républicanisme, on se demande avec stupeur comment, dès ses premières victoires, le parti républicain montra tant de longanimité vis-a-vis des pires adversaires de loul progrès politique el social. Il faut se hi\ler d'ajouter que la grande masse des dirigeants du parti comptaient à leur tour se servir du clergé comme d'un collaborateur puissant jpour maintenir la classe ouvrière dans le respect de loul ce qui louche à la conservation sociale. Ce ne sera que quand il ne pourra plus résister à l'impérieuse, pressante pression de l'opinion publique inquiétée, exaspérée par l'altitude irréductible du clergé qui,

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==