188 IIISTOIRE SOCJ.\LISTE politique n'avait pas, comme lous·les autres partis de droite, perdu du terrain lors des élections législatives; elle en avail gagné au contraire, el dans des proportions frappantes, alors que se pouvait mesurer, avec plus de calme, de sang-froid, Ioule l'étendue, la profondeur des maux que le régime impérial avait causés. La nation avait élé frappée d'élonncmcnl cl d'effroi à la vue de celle majorité de royalistes, de la recrudescence du lmouvcmenl clérical évoquant les pires souvenirs, des souvenirs imprl-cis, plutôt des impressions lointaines, mais très viYaccs; c'élail la vieille France" blanche "qui se dressait de nouveau devant la France « bleue», celle de la Révolution, la menaçant d'une revanche el cela arnil suffi. Ce sonl les hobereaux inconnus, agités, sortis de leurs manoirs provinciaux, réclamant leur roi; cc sont les évêques el les curés réorganisant leurs missions, leurs pardons, leurs pèlerinages, leurs processions expiatoires, qui ont mis en branle contre la réaction el pour la llépublique des masses que le spectacle du pays envahi n'avait pu aussi profondément émouvoir qu'il eût élé nécessaire. Du reste, dans l'évolution poliliquc, durant les années qui rnnl suivre cl qui seront marquées par les deux violentes crises du « 13oulangisme " el du " '\alionalisme », la défense de la République sera parliculièremenl as0 urée par les masses rurales, tandis que les grandes villes el les centres industriels. plus« avancés», se laisseront duper, entrainer par ces mouvemenls d'un caractère césarien tJ'i,s marqué. Si, dans le domaine politique, les progrès de l'idée républicaines'accusenl. surtout par la fidélité du pays agricole, il n'en va pas de même des progrès de l'idée socialiste. C'est que la répercussion des phénomènes économiques rsl moins "ive sur le paysan èt le petit propriétaire que sur le travailleur des villes el des centres industriels; puis les premiers y sont moins sensibles rn raison de leurs conditions d'existence. Pour si pénible qu'il paraisse cl qu'il esl en réalité, durant certaines époques de l'année, le travail des champs ne saurait èlrc comparé au travail indu•lriel el commercial. A l'exception de cerlaips qui se pratiquent aver l,;1le, les « coups Je feu " sonl plulôl rares à la campagne; les travaux agricoles sont lents cl l'effort ,·if, brutal n'y est pas coutumier, pas même nécessaire. La vie au grand air réparateur lolt're une alimentation simpTe, 1·elativement peu coûteuse. L'homme des champs vil dans l'isolemenl; il est peu communicalif, ne se livre pas el ne se laisse pas entrainer; de sa vie monotone, solitaire, d'un passé loul de sujétion el de labeur, son cerveau a gardé la profonde empreinte. Son ambition c'est d'avoir sa demeu~e à lui, un lopin de terre à lui, sur lequel il puisse travailler pour lui el sa famille. Son rêve ne va pas plus loin. Sa sensibililé n'entre en jeu que quand il esl louché directement dans ses affections de famille el dans ses 'intérêts. Dans la politique il voit surloul l'impôt; pour lui le gouvernement c'est le percepteur. li ne manifeste pas ses sentiments in limes, par indifférence ou par crainte; il a la haine
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