Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

Histoire Socialiste TOME VIII Le Règne de Louis=Philippe • • • i ~ n }< J '1( J ,11 Biblioteca Gwu 1J1auco 1 c111aromont& fot1d0Nlc0• •,

Histoire Socialiste . (1789=1900) SOUSLA DIRECTIOONE JEAN JAURÈS TOME VIII Le Règne de Louis=Philipp (1830-1848) I' \ H EUGÈNE FOURNIÈRE Nombreuses ·illustrations d'après des documents de chaque époque PARIS PUBLICATIONS JULES ROUFF ET C••

LERÈGNEDELOlJS-PTJJLIPPI~ PAR EUGÈNE FOl_;l\:\IJ,HE PREMIÈRE PARTIE LA IlÉVOLUTIOi\' Bül.JHGEOISE CHAPITRE PREWER LA RÉVOLUTION CO"rISQUf:E Les menées orléanistes et l'inertie de Lafayette. - Le manifeste et r:ntervention ae5 sainl-simoniens. - Les deux centres de la Révolution: l'IIOtelde Ville vai11ru par 1'116telLaffllte. - Les 221 offrent le pouvoir au duc d'Orléans. - Louis-Pliilip1,r, à l'llôlel de lï'le, joue la comédie républicaine. Le « fidelle sujeL » Je Charles :\ lance le peuple sur Barn boui Ilet. - Tout est perdu, for, l'éLiquelle. La bataille est terminée. Les Suisses et la garde royale se sont enfuis par les Chllmps-Elysées. A qui sera la victoire? Ou plutôt qui en di,pospra :• Le p('uple, qui vient de verser son sang à flots pendant ces trois terribles jouru(-es ? :\on. ,·elle fois encore son heure n'est pas venue. Lo moment d'agir c:;t venu pour 1, 1 pPlit groupe d'hommes d'Etat qui ont observé do loin la bataille, après l'a,·oir allumé•c, volontairement ou non; à présent quo nul retour offensif du roi Charles X el de ses troupes n'est plus à craindre, les voici accrus en nombre et en audace. o.Rsez forts désormais pour s'interposer entre le peuple et sa victoire et faire que cc pcuplr enc0re armé ne se laisse pas entraîner à garder sa souveraineté reconquise. Il fallait qu'il se souvînt de la Hévolution pour renverser un trône, mais non jusqu'ù proclamer la République. Deux hommes, entre autres, ont entrepris de limiter la Rfrolution: 1.nffille el Thiers. lis devanceront les rares partisans do la République el, d'une rnain aussi presle qu'habite, ils noueront l'intrigue qui doit placer le duc d'Orléans sur le trône. Le 30 juillet donc, les révolutionnaires victorieux peuwnl, Ms le malin, lire sur tous les murs une proclamation où Charles X est proclamé déchu et la République déclarée impossible, car« elle nous brouillerait avec l'Europe». L'affiche continue en énumérant les mérites du duc d'Orléans qui II était à Jcmmapes », qui « ne s'est jamais battu rontre nous» et qui sera« un roi•citoyen )>.

2 HISTOIRE SOCIALISTE Thiers a rédigé cette affiche avec la collaboration de Mignet. Il annonce au peuple l'acceptation du duc d'Orléans« sans avoir consulté le prince qu'il n'a jamais vu», avo.ueM. Thureau-Dangin dans son Jlistoire de la Monarchie de Juillet. L'historien orléaniste n'insiste d'ailleurs pas autrement sur ceLte « audacieuse initiatiYc », dont le succès effacera les périls et recouvrira l'immoralité. Il s'agit à présent de décider le duc, et sans retard. L'llôtel de \'ille est plein de républicains qui entourent LafayeLtc et le pressent de proclamer la République. Le peuplc_est tout prêt à se donner aux premiers qui se déclareront. La Tribune, dont le directeur, Auguste Fabre, est républicain, pousse tant qu'elle peut à la solution républicaine. Dans son numéro du 29 juillet, elle dit bien qu' «on entend encore dans Paris le cri de vive la Charte•, mais elle ajoute aussitôt que « les braves citoyens qui poussent ce cri n'y attachent pas une signification bien nette, puisqu'il est suivi sur leurs lèvres du cri: Plus de roi! Vive la liberté! ... » Et suggérant la chose sans se risquer à lâcher le mot, la Tribune ranime les vieux souvenirs en ressuscitant le vocabulaire de la Révolution.• C'est, dit-elle, le cri de vive la liberté! vive la nation ! qui doit se trouver dans toutes les bouches, comme sur toutes les poitrines les couleurs du 1ft juillet, de Fleurus, d'Arcole et d'Héliopolis. » La révolution avait deux centres: l'hôtel Lalfitte et l'llôtel de Ville. Les républicains avaient conduit le peuple au combat, et le peuple étaitencoresouslesarmcs. Ils occupaient l'i! ôte! de Ville, mais l'indécision de Lafayette y régnait, nulle résolution n'était possible qui n'ef,t pu., ~u l'assentiment du populaire héros des deux mondes. En outreJdes communistes, héritiers de la tradition de Babeuf, membres des sociétés secrètes, et qui se trouvaieni naturellement au premier rang des combattants, il y avait une école socialiste, celle des disciples de Saint-Simon. Quelle fut l'attitude de ceux-ci pendant les trois journées et, ensuite, dans le moment dé trouble et d'incertitude où chaque parti tentait de dégager la solution de sonchoix? Ecoutons-les parler eux-mêmes. Ecoutons Laurent (de l'Ardèche) dans la notice sur Enfantin qu'il a placée en tête des œuvrcs de Saint-Simon : « Les apôtres du progrès pacifique avruent une rude épreuve à traverser, dit-il. L'ancien rcgimc engageait un combat à mort a,·ec la Révoluli,m. Les disciples de Saint-Simon ne devaient pas se laisser entrainer dans cette lutte sanglante, bien qu'ils eussent la conviction d'être les adversaires les plus résolus et les plus redoutables du passé féodal et clérical qui s'était fait provocateur. Ils n'oublièrent pas, en effet, que leur mission n'était pas de détruire, mais d'édifier. Bazard, l'ancien membre de la vente suprême du càrbonarisme, s'entendit à merveilleavec Enfantin, l'ancien combattant de Vincennes, pour inviter les saint-simoniens à se tenir à l'écart de cette querelle fratricide.» Dans la circulaire, adressée le 28 juillet « aux Saint-Simoniens éloigmlll de Paris», les chefs de la doctrine s'écrient : « Enlanls, écoutez vos pmlll, ils ont su~ que devait être:le courage d'un libétal, ils savenl aussi quel est l!elui d'unllllinl-111-

JllSTOIRF: SOCIALISTE 3 monion., Saint-Simon fut-il lilrhe pour avoir travrrsé • la crise terrible de la Hévolution française avec cc calmr di,in qui cî1t êt,1 ln,·het,\, crime, pour tout auti·e que lui ? • :'\fon. Les sa.int•simonirn~f, inpr~!\flJHt'ifr\~ ,'.,~,·•nf'tnPnls qui se dérou]rnt, doivent êt ro calmes, mais non pas i11actif.,. La pfriode d,• la propaf.landr n'a pas encore !nit place A celle de l'organisation. Pourtant,dcs saint-simoniens dt'sobéirent. Si incomplète que lîit la révolution qui s'opérait, ils cs!imaicnt qu"ellr lrs rnpprot'l,ait davantaiic de J,.ur i<li'al que 11• règne de la Congré1ptim1, Hippolyte Carnot, Jpan Hf'ynau<l, T;1h1loot,notamment, firent Je coup ùe feu sur les barricàdc,s. Q,tnnt ù rc dernier, il ne <lutpoint, d'ailleurs, faire grand· mol aux soldats de Charles X, rar, nous nppr!'nd Lnur,.nt, il avait tharg,' son fusil la cartourhe 1vn,·r1-st'r,• tic telle sorte qu'il ne put pas même ln décharger en l'air en revenant ,. Domin(,s par le caractère l'cllgicux qu'Enfontin avait rlonné à leur doctrine, les saint-simoniens avoictlt 1,ien rcnonc~ i\ se battre, mais non à agir dons le sens de la !'évolution. Dans la soirJe même du 2!J juillet, le dernier coup de fusil à peine tir,!, des rt1unions populaires se forment, notamment au restaurant T.oinllrr, rur de Richelieu. Dans la ré11nionLointier, Carnot cl Laurent se joii:nenl il leurs anri~ns amis les républicains, entre autres But·hcz cl noucn, et protestent vi,ement contre la propagande qu'y font les amis du dur. d'Orléans. Puis avec Charles Teste et Fi'lix Lcpclletier Saint-Fargeau et deux sainl-simo• niens re,•êlus de leur uniforme de r Ecole polytrchniq ue, ils s'en vont joindre sur ln place da la Bourse urt corps ùe volontaires de ln Charte, ,·umpos,1 ,l"cn,iron quinze cents hommes et command,' par un [itJ!yt,•rhniden, afin de les d<'eidcr ù se prononcer cottlre les menées des orlfnhistes. lis rédigèrent à la hâle, sur lo comptoir du magasin de librairie de Cb.Teste, une très brève proc-lomntion qui commen,:ail et finissait par ces mots: Plus de bourbon.~! Lue au-.: rnlonlaires, ,·,.ttr proclarnation lut acclamée. Le bruit en vint à la réunion Lointier qui clfriùa de ~tipulrr, clans l'adresse cnn1ytle à Lnlayelte et au'< ho1nmes de l'Ilûtel de \ïlle, que toute candidature bourbonienne serait écartée. i\lais cela, de m~mé que la dénlord,e de Baznrd aupri's tic Lafayette dont nous aurons à parler tout à l'heure, c'est de l'action officieuse. Les saint-simoni,.ns se doivent tic commenter l'événement qui a donné la victoire au peuple. 11t-sIr 30 juillet, Bazard et Enfantin, dons une proclamation aux Français alfl('h,'e sur les murs de Paris, glorifient l'insurnrction victorieuse. Cela est pénihlr M lf·s ,•ntendre crier a\L'<Parisiens: • Gloire à vous! • lorsqu'on sait que l'a,•ant-will<· ils ont blâmé ceux des disciples qui voulaient aller faire le coup de fusil aux côtés rlu peuple. Le lecteur ne s'est pas mépris : Bazard et Enfantin n'étaient pas des lilchcs. Mais, comme tous les sectaires, qui veulent enfermer lé monde et son mouvement dans la conception particulière qui les domine eux-mêmes, ils rduscnt de participer à une révblution qui n'est pas la leur, de éombattre avec des hommes qui chuchenl encore ce que, disciples de Sairtl-Simon, ils prétendent avoir trouvé. Pour

JIISTOIRE SOCIALISTE que ceUc faute de nos ainés ait sa pleine utilité bislorique, pour que la leçon qu'elk conlicnt ne soit pas perdue pour nous, pour que nul acte dans Je sens du progrès général de l'humanité ne nous laisse indifférents désormais, pour que nulle marche en avant ne nous surprenne et ne nous oblige à l'humiliation de l'app,ouver sans y aYoir pris part, écoulons les saint-simoniens au lcnoomain d'un combat où ils ne parurent pas et d'où ils éloignèrent ceux qui les suivaient: « Français ! s'écrient-ils, enfants privilégiés de l'humanité, vous marchez glorieusement à sa tête ! « Ils ont voulu vous imposer le joug du passé, à vous qui l'aviez déjà une lois si noblement brisé ; et vous venez de le briser encore, gloire à vous ! « Gloire à vous qui, les premiers, avez dit aux prêtres chrétiens, aux chefs de la féodalité, qu'ils n'étaient plus fails pour guider vos pas. Vous étiez plus forts que vos nobles .et toute celle troupe d'oisifs qui vivaient de vos sueurs, parce que vous travailliez ; vous étiez plus nwraux et plus instruits que vos prêtres, car ils ignoraient vos travaux et les méprisaient; montrez-leur que si vous les avez repoussés, c'est parce que vous savez, vous ne voulez obéir qu'à celui qui vous aime, qui,vous éclaire et qui vous aide, et non à ceux qui vous exploitent et se nourrissent de vos larmes; dites-leur qu'au milieu de vous il n'y a plus de rangs, d'honneurs et de richesses pour l'oisiveté, mais seulement pour le travail; ils comprendront alors votre révolte contre eux ; car ils vous verront chérir, vénérer, élever les hommes qui se dévouent pour votre progrès. » Ces paroles ne furent pas comprises, le peuple ne les accùeillit que par l'indifférence la plus complète. Il n'avait pas vu au rude combat des trois joUl'Sces nommes qui se proposaient pour organiser sa victoire. Aux rédacteurs de l'affiche qui lui disaient:« Nous avons partagé vos craintes, vos espérances•• il eût pu répondre, s'il ne les avait profondément ignorés:« Mais vous n'avez partagé ni nos travaux, ni nos périls. Car la vérité, les saint-simoniens l'avaient exprimée à leur mesure dans la circulaire du 28 juillet lors']ue, parlant de ceux qui se battaient, ils avaient dit: « Ce sont des hommes qui cherchent avec ardeur ce que nous avons trouvé. • Le peuple et le parti libéral cherchaient en eflet à achever la Révolution frança se, à en fit>iravec les vestiges de féodalité conservés et restaurés par Napoléon, puis par les Bourbons. Guidés par l'enseignement de Saint-Simon, Bazard et Enfanlin a/f,rmaicnt avoir_trouvé la formule du monde nouveau: supprsesion de l'hérédité dans l'ordre économique comme la Révolution l'avait opérée dans l'ordre politique; substitution du régime industriel au régime féodal et militaire; prédominance de l'industrie soc la propriété foncière ; organisation d'une hiérarchie éc~nomique et sociale fondée uniquement sur la capacité et sanctionnée par l'amour. \"oilà l'ordre nouveau que lès saint-simoniens apportaient. Leur voix se perdil dans Je tumulte des compétitions républicaines et orManistes, et leur action rut moins rem~quable encore que celle de certains libéraux qui intriguaient pour créer un courant en faveur du duc de Reichstadt.

Il ISTOI IIE SOC! \LISTE La propagandf' fait<' t'll fa,·rur du ch c fl"t )rl1•ari-; (•xn:-..11t'•ra J.--. rt;p11hli,·a11h réuni~ù l'llôlt•I <IL\ \ïllr: S'il Pn r-.. t ain.;.i,-.'frriaif'nt-il,, ,~ hataill,• P.,l ù rl'1·ont• m('nrt•r. <'l 1Hn1s all•Hbi r"fomli·1' dfl"' bdl!C". 11 \ ,Tai dirt·. il -.',•tail fornh' aulonr d,• Lafayrll(•, il l'llôlrl (lp \ïllt.•. un hur,•au dt• ri•n... r>ig-rwnwnt... plulùt qu'un r<'nlrr> d'action. qu'un ~0\1\'('J'lll'lllf'llL c·e~t <jlll' LafayPlk. qui d';1illt>1H':-- lo11tP sa ,·ii• l'N;ul l'imp11J-..;otn•I jama:~ ne la donna. (•tait ù l'âgl' où lïnitiatin• hnr,lir ,,..,t Jp plu-; rar,•. ~--,;;,__~~ -- li .,, •l 1 '· !' ~.lL' '-',,"GS. A. R. 11-; on n'01u>:\'" ni~T1t111c,,T ,., J>rto11,l1A.T1,1-. o, 31 n11.11n h30 \l" l'~:fl•U' lt , .... E.\1111~: i'iuU~ 1.v., t ~:,fTlll-'-. l)t,: :-11-.; I' \l.,\1-. 1ral'r~•,1 1111•l0t'11111('11t 11(• l:'l Bil11ivthi•,111(' na1ional1• Béranger, nm•si populuire quP lui, croyait encore moin:;que lui ù la pos~ibililé <le la République. 11 n'y ('royait même pas du tout. Béranger élail le poHc de la bourgroisie libérale. Sn pensèc, comn1t' son arl, était juste-milieu. Il arnit trop chanté la gloire de :\apoléon I" pour n'avoir pas un faible pour le jeune :\apoléon 11; il arnit trop chanté la liberté, chansonné les nobles et les prêtres. pour n'avoir pas un faible pour la Hépubliqu,•. ,lais :\apoléon II était prisonnier de son grand-père, OH plutôt de ,lellcrnirh. iJ Sl'hœnbrunn, et la bourgeoisie n'était pas républicaine. Béranger avait élé aperçu dans un g,-oupe d'orléanistes à la salle Loinlier; il s'était retiré dès que la majorité de la r('union avait manilesté sa prélérencc pour la Hépublique,cts'~lait,·rndu en luîlc auprès dt• Lafayette, pour joindre ses ellorls à ceux de Rémusat cl d'Odilon Barrot en lawur du duc d'Orléans. Il fut certainement de ceux qui empêùhè1"<,nlLalayellr de ,ign<'r LIV. 575. - HISTOIRE SOCIASLISTE. - LE RÈG~E OE LOl J!H'IIII.IJ'l)J.:. LI\', :l75.

JI ISJOI HE SOCI.\LISTE l'ordn• tl1' mainl1•nir l"arl'('-.lutiondu <lw· tir Charlrr-.. fils ainé du dur d'OrlC'ans) opt'rt'•e11;1r la 1111111iripalH(; de :\lontroug<'au mornenl où le.jeune prince l(•ulait d't•nln•rclans Pari... Cet ordrr avait H1~ rédigi>par Pic1'r!' Leroux, qui H.ail )p spul n•pul1li,·aiudu journnl le Globr, où Cou:-.in.Guizot, Hl'm11salavaient la haute main. Ct>lui-t'i an\il arlwn~de paralyl'ierLafayt'ltc en lui disant:« Prenez-vous la rP"pon• sahililé dP la H1'puhli11ue? • Tandi, <1uP IP, rl'puhliraiu, se déballaient à l'llôtPI dP \ïlll' ronlrP l'inPrtic tlnllanl1• d1•celui qui était pour eux un drapeau, non un cher; landi, <1u1•l1•sù1\pulé, libérau, n'unis l'liez Jacqu<', Laffitte amusaient l'llôlel de \ïlle el l'umaùouai!'lll, 1·ar il 1•tait lu··ri'.'--.l' d1• fu...,il~ rn,·or() fumanh-, - ThiPrs '-C r('ndail ('n hâlt• au ch1H,·nu de :\euilly afin d'obtenir l'udh,•,im1 formelle du duc d'Orléans à loul re (JUi se faisait Pu -.on notn dans Pari,;. Il y lrou,·a d1•ux r,•mmr,: ~ladamr .\dt'la1<l1•,sœur du prinee, cl .\larir- \m,·lic, durhe,,r d'Orl,•ans. Quant au dur, il se radiait dons son rhâteau du Hainl'y, allend,1.11tle~ ,'n'nemcnts. $ans doute aussi parce que Xcuilly était l1·op pro!'hC dr Saint-Cloud, où ù'taieol n•liré-es les troupes royales apri•, le combat. La!filtr l'a,·ait, PO rrrct, in\'il(• ù .;,c, nwllre hors <le porlt'l' dt•s enlr'f'pri!S,PS qur la eour pou• vail lt•ntC'rc.;urlui. ~lari,•-.\m.,Jie a,·rneillil !url mal le n,•gnciat(•ur, ou plutôt ""' n<'·i:ocial(•urs, car Thil''" s'ètait !ait accompagner du p~intre Ary Scherr,•r, ami de lu famille d'Orli'ans. EIIP accabla Seherrcr de reproclH•s pour aYoir osé penser IJUC le duc d'Or1.·•ansat·t·,•plrrail la couronne <le!-i mains de reux qui l'eoll•,·aient à ..,oninforlunl" parent. Les deux amba,sad,•urs étaient as.sez <'mbarrassés de leur personnni:t•, l,11'Squcpurut madame .\di-laide qui leur fil un bref diSl'OUJ'Squ'on peul cnl'ore abr('gèr, t'l fiXl·r cfan.., cr sf•ul mol : Rt'w,~issrz . Et ellC'rnvoya imml•diatement un expr,1 , au Hain,·y pour a1·t•rlir son fr,1re (JUC la réunion des d,•put,'s allai! lui orrrir le pournir. Lt•s 22l s"étai.,nt réuni, au Palai,-Bourhon, dans la ~aile des s,•ance,, sou, la pré-.idrn<'l'<lrLaflittr. 0<' lt 1ur côté, Jps pairs :-;°dairnl ,\gnlrmenl ra~~(•mbl1~~ au Lux.•111ho11r~. La Chambre (011peul lui rlonn,•r ,·e nom, hi,•n qu'l'III' eül dédar,; n'èlrP pa:-.t:n..,éanr1•)rt:'(usa dr sr prononn·r sur la l'Omm,11lil·ulion 'IU"lui fil \l. 1lt• Su"y, dt• la part cl,• Charles:\, concernant la r1'\'oralion d,·~ordonnan,·('s el la ,lt'•il{Jlationdu du<·d,• '1ortcmarl, un lihi'•rulhaï dr lu cour, C'ommr pr,~sidt•nl dur-on• "'"il. Pui'-,~ur la propo!'-iliundu g1•nnal Seha:-ttiani.qui. nuu, apprl'n,l Louis Blanc-. prole!-ilaill1 1 matin mème ([llCla Frarn·1•n'a,·uit point d'a11lrt1 drapt-dU que le drapeau blanc, elle orrrit la lil'11l1•nanco•~•'n,•ralr du royaume au duc d'Orléans et vola IP 11.'•tabli..,~•mcnt dt>la (•0<11rd1· lri<'ol111·1•. La r1.•uniondes pairs, qui , ('naient d'ac• damer le, ht'ro111111•sn·•;11l11tinnsde fi<li'lilé roy,,h,k propo.,,,,. parChateaubriand, \'ola sa11strop dt• n'•,islan,·I' la proposition S~haAtiani. Lr ,Jun d'Orh'ans, anrti du ,·ote d,-s d,'pult" el rles pairs, et all98ide l'att.i1ude di•, r,•publil'ain• de I' li ôlcl de \'ill,•, était rentré à pied, dau 1, nuit, &Il P• 1,is-Hoyal, tandis que losMlégués de la Chambre allaient à sa recherche.C'eet là

li !STOi I\E SOC! \LISTE <JUC' Ir duc de ~lorlC'rnarl, en,·oyl• par Chaf'le..,X. h• rPjoig11it. H<•111ttrquo..1.11·1•1:·i lu prernii.·rr prl'tionnc qur voit Louis-PhilippP, t·p n',,:-,t ni un 1·l'puhli1·ai11 de lïlùt,,1 d1· \ïllc ni même un dt• ses partisans de l'C'11lot11·a~l• d(• Lartiltt.•, rnai ... l"t·n,·oyl~ du rni. Si c◄•lui-d rt•prend l'offt•fü,i,·t• l'l triornphr df\ la r,•,·nlutir111. il nt• pourra ilnput,•r a :son parPnt d(•s dt'>marchr-s C'l dt~'.'i actr.:-; qu'il n'a pu~ mt•rnt• autori ... ,'-stl'un ::-ignt•.Sila ré,·olulion e:sl ,·i<:toriclb<', rien ù rÎ-i'lll<'I' non plu:-;, p11.i.q. 111•1·1•u~ qui ..o. nl ù la lêlf' de telle révolution traYaillenl pour lui hirn miru, q11P ~'il ,·p1wit 11·.g:.1.;nrrd1•:--n c·ollahorntion. :\'ou-.,Ir ve1Ton:-. 1 troi.-,jour."!plu-.,tard, alors qu'il a ;H·•·i•pli'0· °fli1·if•IIP11wnl la fo11ctit,n df' liPult•11aut-gP11l;1·adl u royaumf', f'l ,·irtu1•Jlp1111•rit lu 1·éuHli,lal 1rll au t.rêm<',jwPrulrtl rrn'nr'f' :-.,•~ -:-,Ûrl•li"•-, at ,·::b d'un rt'lo111· d1• Chaf'lf,..,.\. lf;,iprt'-•-I,<•due dt'\ alrn~·. qui l'a puhlil•t• datl'-t un uun·ag:t• ultra-royaJi:.,lt', 1•ar C'<' petil-fib de Kt>llt 1rmunn rut un d1'Yot cl(' l,·gitiinit1·•,Yoi1·ilPlt'xl1• dt• la IHtr,• quP Louis-PIUlippf" rrmil non cadu•lét' au dur dt-1 \loftf'111a1·t pour Cliad,·~ X. t•t 'Ille Ir dur c-mporta dans un pli dt· .:.tt tTavull• : « )1. de-... dira à \"olre )laj< 1stt• comrnC'nl l'on m'a arnenl' ici, par for,·(': j'i~n11rc jusqu"il quPI point('(':-, _µ"f'lh-CpÎourront u~Pr de YÎolt'1Wt' ;J '11011 t1gard. mai-, .s'il arrivait (mol~ ray('"'i) si, dan:-. ret afrreu\ d~.;ordrt1, il c1rri,·ail qu'on mïmpo-,âl un tilt'f' auqtwl jt• n'ai jamai-, aspirt•. (lll+' \ otrc .\IHjt•-,lt' --;oü rom•aiw·w• (rnol rayi•}, bit'n pl~r--;uadt•cqui..' j,• n't>\<'J'f•1·ruis \out 1• ,•--;pi•1·l 1 d,• P"llYoir qth' l1·111111)rairP-111t•11l et dans le-sPtil inl(•rèt de uotr,, mais,Hl. J'N\ prend--; it·i l\•n~agf"nwnt ror111t•I t'OH'l'ti \'otrr ~lajPst1•. ~lo famille-pal'l&.gf' lllf'"i :,.;(•ntiou•nh ù <·Plt;gHrd. F1utLIE S1.iJtT. » • l'alais-lloyal, 1uillet .ï l, /,,:JO.• Ct•llc lellt'C' <'st•rlli• apù<'ryphe? L(':; raison:; qui Font rroirf' ~ ")..\rt•alilt~ soul m1,si rvrlt.•., qw• if'") rai..,on'.') <·ontraircs. ~I. ThurPau-l>a11gin, dont l,•s ...,('otimPnb -Orlt>ani:,h~ :-.ontbi~n eonnth, s '(_,-;l altarh,i aver ~tiin, ,i~lrh "i1;r1// istoin·,h la llmu1rf'hÙ' de Juil/fi, it. ju:;lilirr Loui~-Philippt• d<' tirnlc~ lei; impntatiorh raloninit.•u~t•:-,, in·i.lÎC dl' l'hbtoÜ't.•, qui tcnlpnl d'c•nl;:1idirIL·s b1•1ll'sfi1:11rf•s ,•1 dt• rcnd1·1• 1P~ anlrt•~ plu~ l'('J)Ous&anles cneor<'. Si, <l'uutrr part, .\f. ThurNw•Dangin a Pu trop Ir rr....pPd fit' 53 qualité d'historien pour rmbt.\llir quand mênH• Jp.., t,aib de son ht\1•0:,. il ne -,'11-;t pas fail rauœ de pa~-;,..r parfois ::;ou~ ç;iJt•nn'dt•"; r.. tit,;:, aull,,..ntiq ul":-q,ui Pn montrai\•nt k~ tarC>:;setrl'lc-;.Or, il ne dit mol, ni du r(•til de L1,ui:; Blanr. qui 11wnlio1111h<• f' oit sans donner le texte de la lellro, ni ùe cc lt•xlc publié en 1$jl) par le du,· de \'al111y. Les raisons de croire celle- lellre aulhcntiquC' ~ont donc lrl'ti rorlPs, outre qu'Plle:, sont absolument dans la logique du caractère permanent el d,,, acl,•s actuels du duc d'Orléans. Et pourtant, un doute suhsisle: Comm,•nl Charles X, romment le parti royali,lc n'ont-ils pas ,oufrlelé de cellt' l,•tlre ll'rriblc le prin,•e parjure, lorsqu'il cnrcrma la dud,,,..e de Berri ,!ans la citadelle d,, Blay<' el lu d,·,lwnora dc,·anl le monde cntier? Charles X n'ètail pas mt!chanl, c1..•rt<•:m-;;ai!, il n'antil pas l'âme grande, el l'on était très vin<licalir dans sou C'nlouragr. Faut-il croire que le duc de ,iurtemart ne remplit pas le nw"•~•• dont il amil

8 11ISTOI HE SOCI.\LISTE éll' cliarj~{• ~ lnn·ai-.rmblfowt'. Charlt•:, ~ a dû rPtevoir celh- lrll~. rt rlle n'a pro• hoblt.•11u•11t pas élé t•trangè-rC' à la r(:solutionqu,il a prise d'abdiqurr. ainsi <1u<'le dauphin, c•nra,·eur du due d,• Bordeaux ( le comte de Chaml,ord), car il peul C'roiro à pr'ésent que le jeune prin,·c aura un défenseur. Dans la même nuit quo le duc d'Orléans re,·e,·ail au Palais-Royal la Yisile du duc <Ir .\lorlemart, lt• général Lafaycllc rcce,·ail à l'llôtel de \ïll,• l'ell,. du sainls:monicn Bazard. La, le monarque d'hier cl le monarque de demain tentent, l'un et l'aul1'C', d'a::i:;urpr lt? sorl de leur famille, cl cclui•ci amuse <'Ljoue Cl'lui•l~t. h:i, la Répuhlique ,·oil surgir rlc,·ant elle son fils légitime, le Socialisme, cl feint de ne p..1~ lt• rN"011nailrt' . .\lais non : accuser de feinte l'innocent Lafaycllc, c'est trop. :-;ul plus que lui n'ainw lt\ pruplc, mais il n'P:;l capablt. 1 qur d'amour platonique. 11C':-,lsincère lorsque, dan, ,es .llénwires, arrivant à celle date du 30 juillet, il écrit: Le peuplt• de Paris s'est !'ouvert de gloire, cl quand je dis le pnrplc, c'est cc qu'on appelle J,., Mrn:ère::,clu-.st·s d(' la sol'iélé qui, celle fois-ri, ont rt~ lrs prcmi~res ». Barnnl arnil fort hé,il<' a,·ant de ci•dt•raux instance, d'Enfanlin, qui le prt·ssail d'employer s,•s, anciennes relations toutes providentielles• avec Lafay,•ltc pour Meidf'r celui-,·i ù agir, car le désarroi était grand el, il cc moment-là, l'indéCÎ::,Ïons.tt>n1•rale. • \dmis auprt·:, de ~I. Larayellt•, dit Loui~ Ulanc, il lui expo,a s1•s idée~c1ui_n 1ullaicnl pu!-i ù rnoinsqu'à rt\mucr la :-;oril;lé danssesfondements. L'oc- • casion r,t l,clle, disait Bazard à Lalayctlc,el voici que la fortune ,·ous a livré la • loult•-pui"-.ance.Qui \"lHl.s arrête ?Soyflz le pou\"oir,el que par vous la Francf' ...oil « rl•gént;rtt(\ ,.~l.dr Lafaycll(• (·<·ou lait a,·cc unHonncmenl inC'xprimal>le crt homme plu, jf'unc que lui, mais dont la supt'•riorilé inlclil•cluell,• le frappait de rcsp,•,·l. • \'oiei t·ornmt•nl Enfantin raconte t'Cllc entre,·uc dont il n'attendait pas un resultal irnrnédial, nrais dan, laquelle il plaçait l'e,pérant·c qu'elle donnerait t!Ps pri•lcntions aclu!•II,•, du saint-simonisme une idée différente de celle que le public s'en faisait, èl surtout que si•, ,ucccs:,curs, ses /ils comme il le, appl'iail, y pui,,•. raient une inspiration politique dont ils avaient besoin». • Lafoyl'lle, dit Enfantin, le re1·ut très bien, el lui diL de suite qu'en elf,.t la po,ition !'lait trè. dirticilc. Bazard.lui purla au bouLde quelqu,·, instants de la dirl'1lure cmnme !Seulmoyen <lrrnettrr, uu moin~ momf•nlant. 1mPnl, un pru d'ordre • dans cc i:iu·lris; mais l'immuable .lmfrirain Nait •·omplHemenl sourd de !'elle oreille, ••t Bazard ,·il a,srz promptement, non st•ul,•mrnl da:1, Lalaye! te lui-même, mais dan..,tout son L•nlom·age, l1 impo:-,~ihilitéde rien fairt\ qui cûl le :,wnscommun U\'CC des hommes aussi étrangers a la conduite des masses, à la politique. Lafayette avait lulll' J't_)nfinir; :;es prC"min~ mob a Bazard aYaicnl même été:« 1/a fui, si • vous m'"ùle:. à nu tirer de là, vmis me rendre;, un granrl service.» Bazard parlait une langu,• que Lafayette ne pouvait entendre. El puis.ajoute justenwnl Louis Blanc, , il ét.lil trop tôt pour Ullfl reno,·alion sociale•· L'heure de l'or~ani!'lc.'llinn sociale fondt• 1 • !,Ur la transformation de~ rapports économiques n'u,·ail pas encore l-lonné.L'lwurc était au gouvrrnC"mcnl de la bourgeoisie, enfin

IIISTOI HE SOCI.\I.ISTE mailrt 1 ::;::;e<lu pouYoir, sans partage A\'l'C lt>1wupl\• eom11w t'n !t:L :-;nn:-p. arla~,· a\·cc la noblcs:"lc t·ornrnc ::;ous la H,•:,laurali11n. 1:,,ntr,•tit•n d,• D,\zai·,I an•,· l.afayrlle fut, dil Louis Blanc,« la :wult• lt•ntatin• \Tainu•nl philo-,ophiquP ul·P Jp l'ébranlcmcnl de juillet: clic dul édwul'r cmrnlH' luul f't' qui \'iPnt a,·aill lïwurc ». PC'ndanl Loule la matinée du31juillel, lt· d,wd'Ol'l,'•arv-.~tyant tH·r,,pt,~ la lirulenancc-généralc du royaume, Lafayellc fut travailil·· tian..; 1,· spri:-, orli•ani:,,l,• par Httmusal, qui. coirfé d'un chapeau ù plunw..;. nuttanlt•:-:-.,.\.,tait improy: ... t• s"n aidt•- de-camp, et par Odilon Barrot.,\ Ch détail;, ~I. Thu,rcau-L>angin aJoul<• que de nombreux émis::,aircs arrivaient du Palai:-.-Hoyal » el quP l'e1n·oyé ÙP"i Etat,-l nis même assurail à Larayetle les préférences de la République amériC'ainc po 11· la solulion orléaniste. On ne sait qui ron~cilla au duc d'Orléans dr mt'llrr fin aux IH~.,!lalion~ dP l.arayC'Ur-cl de décourager du même coup lrs républicains, <1ui rwpou,·ai,~nt rir-n-,tuh lui. Toujours est-il que, dès <1ue la déi,'galion de la Chambre s,• rut rendu<' an Palais- Royal el cul obtenu du duc l'accf'plalion offkit:'11 11 du li lrc f'l dt'-; fonctions tcmporair('s qu"cllc lui ronfiail, la résolution ful pri:,e d'ulh•r t\ la conquête <lo l'llôlel de \'ilh•, iJ la déli,·ranc<• de Lafayellc. Lc corlègP, au dire de ;\1, Thurcau-lJangin, ne payait pa::i dr mi,w. 11 l)"ahor<l un liunbour éclopé, ballant aux champ~ sur une cais-.:c :i dcrni er",·t'e; le:; huissier:; ùc la Chambre en :::,urloul noir,« h1:smieux ,·êtus de la bande» (:,don l'cxprr-;- sion d'un témoin) ; puis le duc d'Ol'l~ans, .sur un chr•val blanc, en uniformf' d'officier général, a,·cc un imnH'nsc ruban tricolor,... ù son cha1>eau, accompag-né d'un seul ai<lc-dr•camp )1. Suivaient qualr~-vingls ùépulé~ environ t( en hahits de Y0Yilf!f' 1>. L'a1Tucil de la Couic fut n:-;:,t'Z chalew·cux au sortir du Palais-Hoyal. 11se rt•froiJit li 111.p:-;uqruc'on entrait dan~ lrs quarLicrs populC'ux cl qu'on s'approchait <le l'llôtcl de \ïllc. On n'entend plus le cri de: \'i,·e le duc ù'Orl,'ans ! mai, l't'lui d,•: Plus de Bourbons! lancé la ,·cille comme un cri de ralliemcnL républicain par Je, ,aint-simoniens de l'Ecole polylcchniquc. ~lais le prince est enlré dans l'l lôlel de \ïlle. Et, soudain, lepcupl<•llp1•r~oil au balcon Larayelle et le duc d'Orléans se tenanl embrassés dans les plis du drapeau tricolore. Cü jeu de scène retourna la roule, ébranlée déjà par l'hé,itation des républicains, et la fixa. Les cris de: \Ï\"è le <lue d'Orléans! se mêlèrent au, c,·:s de: \'i,·e Lafayette! Les choses n'asaicnL pas été loules seules dans 1'11ôlcl de \ïllc. J.c duc <l'Orlêans avait naturellcmenl fait les avances aux répul,licains, pour <ll•!',annrr Jour hostilité. « ~lessieurs, leur avait-il dit en entrant, c'csl un ancif'n gar1..lc national qui fait visile à son général. • Dans ses Jfémoires, Lafayette con le Ir dialogue suivant, qui se serait C11gagéentre lui et le dur : • \'ou~ sa,·rz, lui dit Larayellc{ear Lalaye lie parlca,·cni',·ércnrcdc lui-même, toujours à la lroisit'mc per~onnc), vous savez que je sui~ 1·,•publicain. rl que jf' regarde la Constitution des Elab-l'nis comme la plus parrnilc qui ail ,,,i,té. -Je le pense comme vous, répondit le duc d1Orlt'ans; il est impossiblt' d'u,·oir

10 IIISTOIHE SOCI.\LISTE passé dC'uxans en .\ml•rir1ue, et <le n'êtr·c pas de cet avis; mais croyez-vous, dans la situation de la France, et d'après l'opinion générale, qu'il nous convienne de l'adopter> - :-,;on,lui r,ipondit Lafayette; cc qu'il faJJt aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire, entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. . - C'est bien ainsi que je l'~ntends ,, reprit le prince. Surpris par le rcYircmcnt de la foule, déconcertés par la capitulation, pl)urtant pré\'UC, de Lafayette enchanté de se débarrasser de ses responsabilités tout en continuant de faire figure, les républicains Youlurenl au moins profiter du moment où s'organisait la monarchie pour a,·oird'autrcs garanties que les répliques du prince aux effusions naï,·cs de Lafayette. Celui-ci lèS conduisit donc au PalaisRoyal, où le duc prodigua les assurances cl les protestations. Ils rcYinrent convaincus surtout de l'impossibilité de décider le peuple à refaire one révolulion pour arrachercelle-ci aux mains qui ,,.avaientsaisie. Est-ce vraiment la faute de Lafayette, est-cc vraiment grâce aux intrigues des Thiers et des Laffitte, si la République ne l'a pas emporté au moment où tant d'esprits généreux s'employèrent à la faire surgir du chaos de cc lendemain do Yictoire populaire? Qui élail r(>publicain à ce moment? lJnc partie de l'élite, dans la jeunesse dos écoles et dans le peuple ouvrier. La masse l'était si peu que, dans celle même journée du 31, elle se laissa entrainer, par des agents orléanistes, à enrnhir les bureaux du journal républicain la Tribune. La garde nationale out toutes les peines du monde à éloigner ces vainqueurs de juillet qui voulaient fusiller Lousles Tépublicains, au moment même où le roi du lendemain se proclamait lui-même républicain et recevait l'accolade du vieux républicain Lafayette. \ïctor llugoexprimaitexaclemenl lapensée dola bourgeoisie libérale lorsqu'il disait:« Après juillet 1830, il nous fall Lla chose république et le mol monarchie. • De son côté, l'abbé Grégoire, qui achcYait sa Yiodans une modeste retraite, s'écriait a"ec une fen·eur de constituant désireux de ramener la Hévolulion à son point de départ : « Il serait donc vrai, mon Dieu ! nous aurions tout ensemble la Hépublique e.t un roi ! • Cette pensée se précise ainsi dans un article que le Globe publie sous l'imprèSsion de la joumée du 31, et où l'adhésion à la royauté en formation est entourée de réserves: « Leduc d'Ol'iéans est-il roi? l\'on.11 ne Je sera que par nous, par notre ,·olonlé, et aux conditions que nous lui imposerons. Il recevra tout du peuple; il lui devra sa couronne el sa reconnai,saoce ... :\ous le consacrerons en recevant ses serments ; s'il lèS violait, il disparaitrait aussitôt. » L'-auteur de l'article ajoute avec une naivelé qui est comique, à présent que l'on connait les événements, et do quelle manière Louis-Philippe tint les promesl;es au duc d'Orléans et trompa dct1 gens qui, d'ailleurs, ne demandaient presque tous qu'à être trompés:• Yoi1à com• ment nous cornprenons nos devoirs. Qui de vous, héroïques Français, ee vouerait aujourd'hui à la cause et au nom d'un homme ? •

IIISTOI IŒ SOCI.\LISTI•: Il I.e•1wuplPMait lllali'•.Tr,111,p1il1d,,+ fi' ,.,",lt li• d1w d'Orlt-•;.rn-.. t1Yi,a a , •. d,·har· rm;..,r•rtlu roi ,ltTl111.Chari,•-..\ s·Ptail r11pli,>dt>~a111!•Clo11d"'illl' Ha111bn11illPl1. 11;_1j-. il n'pn 1·•tail p..is nwi11s ù lu t~tP d"u,h~ nr·nH·+• d" ,101111•mill,· humrru· ..... U, la. il aYait off,•rl, lt• lf'raOlîl,la liPulrna1wr ,!t••J1Pral1a•u dtw. qui l'anul rdu..,,•f', l"ay,rnl di;ju a(·C'eptt'.•1' dC' la CharnbrP. Ht'\f'IHllll ù la d1;0·~,, Ir IPwh·main. il lui notifiait son ahdiratiun C'lccllP du du<' <.I" \ncoult'uw. t'l I,•, har~••ait dr pro,·lmnPi- lt· pi•tit dur dt• B1lrclpaux sou.., le no111 dïlf'nri ,·. LP du,· d'Od+·a11~lit 11n1·t•(!i-.lrPr ,,n hâ.t.• les dNn ahdirati1111:-P. l s';.11,~tinl nalurt•ll1•1111'111 d1· :--11111'f11•r mol d+·lo.1 pl'ill'lan1alio11. Ou plutt)l il y rqwndit Pn l'11\·o~ anl ù Ha111liin1illd 11111• mi-.'>ionl'lwr~l·P d,· d,'•1·idt>r Chadl'~ 't ;1 fJt1ilt1•r la l r-.1111·1' rt, dit lt1 llonitnll'. d,• • n•ill11r ;1 :-.a ... ùrd" ju ... q11';,1 )a rrontièrt• . L'un (Ji...., t.'on111.1..i,i1i1·•·"'·, ld1lvn B~1rr11t, mirait, ... Pion l.oui:-, Blaru·. d1 nwmlt• au d1w dl'~ in:-..lrudion.., po111' lt ra-. nù ,ui lrur r"tHl'ltrait h· du( d,• l111rdPat1\. f•I !,• prinq• ,aurait 11'pon1l11 an•(· vi,-ai·ilt•: I.P dul' df' Burdt•;,11!\ '. rn;IÏ~ r\,..,t votn· r,1i! Pni.;.C'ole à c,•llc scl•nr, la <hwhr~:,,• (i'01·1t·•an~'"'"c:1•n1ijt1•t,•1d• ,.w.., lt•...hra~ <IP -;on (~poux rn di~ant : « \h ! ,·ou:, H11:-.. h• plus honnHt• ho111n11• Uu r◄ 1yaunw ! , C1•trait de <·omt!1.lil• r~t joli, ,urlout lursqu"on rw p••ut plu~ --t' prt>rHlr,",t·omrnr Louj.., Blanc. à la mine <l'au'--ltirih• tl1• el'llt• priner-.-,,,, dont IP rùlr. dnn:,,: la t'aptalion dP rlu.'•ritag,1 Ù1·:-, Conti,•, n.,l :\ prl•~t•nt ronnu. Odilon Barrot. dan~,,,~ IUmmres. mndiflt~ J.·s trait._ f'l nt•ulrali.:w le., Ion-.. d,• C'<· lahlP;.HI d,1 famill1\ qui. '--t•lonlui. ..,p phH'••.n..n a\.-1nl ... ou d,•pai·t pour Harnhouilld, mai-.. ù -.on 1·l'lour, t·'1·,t-;'t-di1'1 1 aJH't.,.q_1, w Chad,·~ \ t•ul l·("unduil h.•seornmi-..:;air,,"J.u> lltlU\'PUU gou, ('fnt'IIH'lll. Lf' dt11',dit-it.~1·r,•,·riait sur la fnt.1l1• <lt'-..tinl•l' qui le 1·owlamnail ù èlr(' l,in:-;- trurnt·ul dt• la c1,··1·h,··~rnn• t'l Ùè l'e_,îl d'un,• fomill" qui l'.tntit romhlt· <l(• bienraib et pour laqurllt 1 il a,·ail unfl' ,i !H'Ofond,• arf11rtinn. St·~ paroh•s t.'lai♦>nl t1ntr1•ro111H.''t'"I de i;:.anglot~; la dut.·h1.•,i)1i•l.f' ~on rôlè, lin·tc a une t'"<lrèrn~ a({ilntivn. :-il.' jPlait au cou <le son mari, t•lu1 rd1anl à le tonsoltr, à If' .. oult:nir, el 'le tournant n·r, moi:• Le YOyt>z-,·ous, di-.aiL-Pfü\ ('\•sl lt~plu:-.. honnèl,• homrnP du mondf'. • Le :--et·ond 1~fil e~t pt•ul-êtrc I,•,·rai; mai-.lC'prt>miPr e~Lt.·t>rlaÎJ1cmc.•nl plu~ \"t"'dÎsemhlnhle. Car. jusqu'au bout, le dur d'Orl,'ans jouPra un douhlc jeu. m·naot 1,·s l't;publil'ain-..au Palai~-Hoyal, allant mênu.• Jp:,; lrou,·rr à l'Jlotl'I de\ ille, el continuo nt à mulliplil•r auprt's Jp Cha.rlt•s X 11•~ p.wlt·~talions df" Joyalbmf'. 11 ira mêml', au di~f' du mar•1uis dC'FIC't·s,qui. d,\n ... J,, Uoi l.ouis-Philippe, cite <leséril'U~<'S r(•ftrl'll('(I~;. jusqu'it invilr.r IC' ,~if'U'{roi à r('mellrr rntn 1 sps mains 11!<lue de Bordeau<. L·n olliei,·r anglais, h• u,lun<•I Caradec (dc·puis lord llowden),altn,-hl' à l'ambas::-a(I,, dP son pay:-1, fut, sur la demanJ,\ du liculPnant-u,•nèrul, autorise.• par lor<l , Stuart, l'omba~sadcur, à remplir celte mission. « LP colonel ~f' rC'ndil au PalaisRoyal le 3 août, di~ lo marquis de .Flers, cl le duc J'Orléan'l lui 1~rnit un bill..t qui îut cousu dans J(' rollcl <leson habit; il était ainsi coni:u : « Croyez, sirr, to11lc·t• « que le colonc•IC:aradet· ,·ow,diradc ma part. louù-l'l,i/ipptd'Ur/l,111$ •... Charlt·s ">. Fondazione Alfred Lewin Bibhoteca Gino Bianco ,

13 IIISTOIRE SOCIALISTE lo reçoit anc empressement. Le colonel Caradec« rail entrevoir au roi que la présence du jeune duc de Bordeaux aux côtés du liculcnant-géni'ral <'lait indispensable pour rcnd1-ccourage à ses partisansetdécider la Chambre des pairs à se prononcer ... li insiste pour ramener avec lui le duc de Bordeaux. Le roi rait immé• dialement demander madame la duchesse de Berry, la met au courant de la situation el lui Mclare qu'il est tout disposé à accepter. La duchesse de Berry rait les plus vives objections, et ajoute qu'elle ne croirait jamais l'enfant en sûreté loin d;clle-mêmc ». Ici cc n'est plus un légitimiste comme le duc de \'almy, ce n'est plus un ennemi de Louis-Philippe qui parle: le marquis de Flers, qui donne comme références la Correspondance de Donoso Corle: et les Dépêches, correspondances et mémorandums d11feld-maréchal duc de Wellington, est un fervent apologiste de la. monarchie de juillet, cl il prétend faire honneur à Louis-Philippe de la démarche qu'il rapporte. Cette démarche n'est pas avouée, mais en tout cas singulièrement évoquée par Odilon Barrot, lorsque, dans ses mémoires, il mentionne un propos que lui a tenu la duchesse de Berry lorsqu'il l'accompagnait sur la roule de l'exil. « Que serait-il arrivé, lui demanda-L-elle, si je m'étais rendue à l'llôlel de \'ille et si j'avais placé le duc de Bordeaux sur les genoux du duc d'Orléans. - ~Jadame, répondit-il, il est_probable que ni vous, ni moi, ne serions ici.» C\'ousavons vu Odilon Barrot délayer et atlénucr le tableau tracé par Louis Blanc. Yoici le trait qui en ravive la couleur et en relève le ton. Il vient de rendre compte au prince de sa mission : Charles X n'a pas reçu les commiisaires et a refusé la sauvegarde qu'ils lui or"rraienl. « Au lieu de discourir scion son habitude», Louis-Philippe dit à Odilon Barrot, après l'avoir regardé: • Vous avez raison, ~I. Barrot, il faut faire une démonstration armée sur Rambouillet, - prévenez le généraf Lafayette et que le rappel soit battu dans tous les quartiers de Paris; - chaque légion de la garde nationale fournira un contingent de six cents hommes, et vous, messieurs, s'adressant à nous (aux commissaires: Odilon Barrot, de Scbonen, de Trévise et J acqueminot) vous précéderez cette colonne à Rambouillet. Celle fois, peut-être, je serai compris et vous serez accueillis». Notez que ceci se passait dans la nuit du 2au3 août,et que l'envoi du colonel Caradec à Charles X est du 3. Notez qu'en même temps que l'officier anglais se rendait à Rambouillet, une armée parisienne, conduite par le gé~éral Pajol, s'y portail également pour faire déguerpir le monarque déchu et sa famille, y compris· l'enfant que Louis-Philippe reconnaissait pour son roi. Quelques jours après, Charles X s'embarquait avec tous les siens à Cherbourg, après avo:r traversé lentement l'indifférence des campagnes et prudemment évité par des détours l'effervescence des centres de population, car le peuple ouvrier des villes était partout ~oulevé contre les hommes de l'ancien régime. Celle lenteur convenait au roi et à son entourage, non parce qu•~ sied anx

Il ISTOI IŒ SOCI.\LISTE majl,.,lé-. fainéant( s dl' cht'rniner :lu pm, di·:..hu•or.... 1nai~JHtr,·c quïl:.. ,.,p,·rait>nl un rt'lnur dl' la fort un,•, un rnirnl'le q1w Dit>u d,•, <1it hi1·n èi lt>t11·û·I,• pou, )<1 rC'ligion, qui lt•ur pcrnlt'llr-ail <lt1 r1•prPJHlr1• la rouit· dt.• Pari,. ~L1i:-.,:.. •l011 :,on habituel,,, Dieu ful a,...,. J,,, plu, furls. lku\'. traits i,wult•nu-nt à noh•r dans n• ,-o~•-ll'•' d,• l<l ,·it•ilJ.~ 111011ard111 \"t•r.; l't>xil, l'l qui montrent :.n·pr f)Ut'llt' futil:tl' t'nfa11lir11· CharlP... ~ Pl -,a ... l1Îl1 ... ·attarhairnt ù <ll' vainrs nppar,•nt·,•:s. On avait in-.tallP I,•du(' d1• Burd,•,rn, di.,11-. 1 t, ,,ilure rnyèile ma~nifiqurnwnt d,11-,• .., lamli:-; <flll' ,1,n graml-11\•re:..u1,..tilda11-. 1111t~ voituri'"'imple<'l à armoirir-,rHat·t;t•s. Pour ravi,·rr la foi mnnur •hÎf(UI' cl,·~ pw.. -.aub, on rai:-•ait arrêlt>r lt:s \"(lilurt~s <l,• plat:e t'll plact\ d,t Il' G/o!>r ilu 1n aoÎlt, Pt • ;_dors tes cnfanls jouoi(•nl lt•ur rôlP, t.-Un>yanL au prupll' r11r<'P l,a1i,,.r-. l'i f111•<·c snluls . A Laighl M' présenta un grav1•probl,\11wd't.iliqut'ltf).()n 11'antit,notbHJIJH't'n<l Odilon Bârrol, trouvé q~11' dt'.:-i tahll's rondf'-.. Fairt.•...•as-,etLl·Wroi it ttnt• tuhlP r1111de, impo-..sibl1• d'y souger, ltHh les convives y Mant au mêmt> rtln~. 1.,•:-. c·orn111;.,,a11·h, suggl•rèrent de sricr la table ronde, et, gra,·Pml•nt, <'Cqui r11,tail dP c·our uupr<h de ces troi:-. gttn,•ralions royale!, c:n fuilt~ nt ... der tm t'(u-rl' urw tablP run4lt·. 1 l h· roi put dtnrr. I.IV. 576. - IIJSTOIRE SOCL\LISTE. - Lf.: U~G~E DE LOl'HH'IIILIPPf .. UV. f>Ï6.

1'. ll!STOI RE SOCIALISTE CllAPITHE li PRE~llF.I\S T\TOXXEll.E.\:TS Les bri~eur-sde machines et la grève d~s imprimeurs. - Déclarations el menaces du nouveau pou,·oir. - Altitude embarra'5Sée des républicains devant l'ag1latioo ouvrière. - Les hommes du mouvement et ceux de fa résistance. - La m.anHeslation des quatre sergents de la Rochelle et les alarmes conservatrices. - L'affiche des« Amis du Peuple• pose la question sociale. - La garde nalioflale em·ahit le local des• Amb du Peuple• et disperse lem-s réunions. Sur ces entrefaites, s'occupant de choses infiniment plus pratiques, LouisPhilippe était proclamé roi des Français, j,,rait la Charte en s'écriant, à l'adres,r de ceux qui dcmaodaieol les garanlèes promises:« On no m'en demandera jamais aulanl que je suis disposé à en donner._ Dans les lbéâlres, la Parisi.en.m, appelée d'abord la .If arche française, due à la pâle el chéti,·e muse de Casimir Ocla~igne, remplaçait la Jfarseillaise ~t faisait de la colonne \'endôme un énorme mirliton libéral. :..C'est la liberté des Deux-M.~ndes, c·est Lafayelle eo cbe~eux blancs. ... Les trois couleurs son l revenues, Et 1a colonne avec fierté, Fait briller à travers les nues L'arc en-ciel de la liberté. Soldat du drapeau tricolore, D'OaLhxs, toi qui ras porté, Ton sang se melerai l enco,:e A celui qu'il nous a coûlé ... Barthélemy el )léry, do leur côté, saluairnl Je soleil lo,·ant par un poème inlituJé l'lnsurrettion, qui se terminait par ce vers : Un roi qu'un peupië nommeest le seul légitime. Cel alexandrin était une bonne « galéjade » des deux _auteul'>!mar.cillais. Lo peuple avait (ait la place nette, mais il n'y avait en réalit.é appelé personne. Ce fut la bourgeoisie, dans sa portion organisée el dirigeante, qui, pareraiol.ede la démocratie, fil avorter Je mouvement républicain. Elle ne pul éviter un autre mouvement, convulaif et désordoonéencore, animé d'instinrll\ plus que de pensée, à coup sur moins immédiatell!enpt ën11emr,

IIISTOll!E SOCI.\USTE mais qui <'roilrait en rurrc Pl rn impurlanre p,,ur .<onuC'xC'r fina!f•nwnt IP prPrnif·r, l'in.;pirer cl le diriger. CP mou,·em<'nl,qui 8e manif('!'>lPlrlrn<ll'moin rnênw d,, la bataillr.l1<lO j11illrl, i('s communbtes ré,·olulionnair<'s eux•mêrnf1..,, k ... Buona1·otti. )t,... \"oyl'l' d'.\rgrnson, le~ Ti:sl~, ne srmhlC'nl pas le voir. Et sïl~ J,-voyai,•nt,rr ..:f•rnilpour 1,-. N'· prouYer comme une cliversion <langerCUb<'u,ne dé,·iation des effort... trnt,;., pour oricntrr YC'l'S la Rt'puhliquc la ré,·olution qui sr fait. Commrnl d'aill1'111~ dc-..~, ocialisl<'s pou1Taient-ils ~'assorirr à l'an•u_;?'ICfu' reur <l' ou,ï'Î(•r'S hri~ant lt-s rnad1i111's qui leur coupenL les bras~ Blanqui lui-même-, qui loulr $a vie lrntC'ra d\1tiliscr les co11ranb populnir1•~ lfls plus in<liffPrenls même au but qur pour~uil la dl'mo(·ralir '<oda.fr. Blanqui n'aura.il pu que réprou,·er le gri,lr <lflrrs malhrur('ux. 11eûL pu, il (\..,l vn1i. l('ur rn indicl_lll\r un qui fût dans la dirl\Ction dr lrur~ d(\Slin..... \lais ù <'l' mompnl il n'a que ,·ingl-cinq ans et il esl encore- perdu dans la masse des cornballanb. La ,·cille même du jour où les ouvr·irrs imprim('UŒ,,·onl'-ie rner sur f("S prc!--sr.;; mt'raniqurs, Blanqui, noir de poudre, entre dans le salon de ~111o de .\lontgolficr. Il apparait, nous dit Gustave Geffroy dans l'Enfem>{, « awc ln décisic,n dn triomphe, la bouche cl les mains noires des carloudws déchir,•es eLdes balles parties, odoranl de poudre et aspiranl l'âc-re parfum de la bataille gagnt'<', aussi doux qu·un bouqu("t de pl'illtflmps cl qu1unfl ('hrn ... lurf' dr rrmme. li s1a.rrêle ~ui· le sruil et laissr Lomber ,on fusil Jonl la c"Jsse heurte lourtlcmcnl le parqu<•I. rlonl la eros0c eLla baguellC' sonnent an ... c un bru il de cris lai et de chanson. El le hruil, rt la prn•H~c. cl le geste sont rn rapporL avec les paroles L,rulales el ironiques qui sont JH'o11oncécs les premières: t1 Enfoncés, les romantiques l » i,'écri'! l'Jludiant qui rassemble en un r-ri ses haines politiques et ses colères liltéra.irès, son goût de la mesure cL ùcs rè!!lcs, son aversion du lyristni', ùc la phrase et de la cathédrale"· Cc que Blanqui n'a pas vu, ses ainés, les héritiers directs de la pensée de Babeuf, ne l'ont pas vu davantage. lis sonL touL à leur rê,·c d'une communauLé agraire, que pouvait réaliser le seul Lriomphe prénli,ble rio la République, et celte explosion dr fureurs ouyriè-rrs contre le.;,machines, celle contagion du luddi:,mf' ~nglais ne leur dit rien. Remarquons d'ailleurs que le mouvemenL qui se produisit dans ia matinée du 30 juillet fut rclaLiwmcnl insigniftanl. • Quelques ateliers d'imprimerie rurenl envahis et quelques presses mécaniques bri~écs », dirent les journaux quinze jours après reL incident. Ils n'en parlent même .que parce que l'agitation ouvrière contre lrs rnnC'hioe~ a repris le 12 ou le 13 août, De son côLé, Louis Blanc ne diL pas que les ou,•ricrs ont ~risé les machines, mais qu'ils ont voulu en briser. Cependant, le 3 septembre, les Débats ne parurent pas, leurs presses mécaniques ayanL été détruites. D'ailleurs, le bris des machines n'était qu'une des moindres manifesta lions du malaise qui meUoit la classe ouvrière en mouvement. La révolution de juilleL s'était produite au momenL d'une crise économique et l'avait aggi-an;e. Selon l'expression de Louis Ulaac, « chaque coup do fusil tiré pendant le, trois jours

16 JI ISTOI RE SOCL\LISH: a,·ail prt~par,> unC'faillite•). On soil qu() les ordonnance:,, Pn supprimant Je,, peu de lib(lrté <rui rr3tait ù la presse, a,·aicnl pC'rmis à la bourgeoisie libt'rale de jeter à l'insurrt\clion !('s nombreux ou,·riC'rs parisiens orcup~s aux travaux de l'imprimeri<'. \u grief politique qu'ils avn:cnl conlrc la Hestauralion, les libéraux arnicnt ajouté Ir grief économique qui mettait lrs ouvriers de leur eôté. D'ailh:,urs, les propriétaires dïmprimerics et quantités de patrons libéraux s'é•lairnt · ùonnè le mot pour fermer leurs ateliers. La r(',·olution faite, les ouvriers n'eussent pas demandé mir·ux que dr rc• pr<'ndrr Ir travail. ~lais la ré,·olution avait aggravé la crise. Paris, ,·illr de luxl\, patri<• d(•s métiers d'art, vil émigrer pour un temps lrs gens de luxe; ceux qui re~- tairn1 limilairnl leurs dépenses. par crainte du lendemain plus encorr que par boudrrir. l ,f' malais<." économique, cnC'orr tme rois, n'était pas né de la rf'volution. :\'ou~ allons C"Xaminf'r tout à l'heure quelles tonrlitions génPral()S J'a,·aicnl amen<.'. Pour l'instant, constatons que les journées de juillel l'ont porté au comble. Dès lors se comprend « l'étonnement irrilé de ee peuple qui, nous dit ~I. ThureauDangin, sr sent mourir de faim au moment où l'on proclame le plus bruyamment sa sou,·rrainclé ». L'agitation 0unièrc, qui se prolonge pendant les mois d'août cl de septembre, rsl naturellement tort contuse. Les uns demandent du lrarnil cl les autres protestent contre le salaire de tamine que leur donnent leurs patrons. lb défilent par corporations dans les rues de Paris, clamanl leur ùétre,se et demandant du t,•avail ou du pain .. \u moment même où les parasite, de la monarehie se retournent ,·ers le nouveau gouvernement cl grossissent l'arfluence qui se rue à l'assaut des places, les ouvriers, qui sont les artisans de cette, révolution, errent artamés devant !l'S palais où la hour,::eoisie organise sa victoire. Tout naturellement, les ouvriers firent appel au pouvoir que leurs tusils encore chauds du combat nn:,ient d'installer. f>i,·rrsrs r(ponsl's leur turent faites. D'abord pur Guizot. En sa q11alité de ministre de l'intérieur, il demanda à la ChamLrc, qui le lui accorda, un crédit de cinq millions applicables ù des lra,·aux publics. Ce fut ensuite le préfet de police, Girod (de l'Ain), qui répondit en préfet de police, c'est-à-dire en prenant un arrêté contre les attroupements. Dans l'article :J de cet arrêté il disait:« Aucune demande ù nous adressée pour que nous interYenions entre le maitre el l'ouvrier au suj,,t dr la fixation ùu salaire, ou Je la durée du travail journalier ou du choix des OU\Ticrs, ne sera admise, comme étant formée en opposition aux lois qui ont consacré le principe de la liberté de l'industrie. » Tant que la bourgeoisie régnera seule et sans partage, tant que par la démocratie Ir peuple n'aura pas été appelé à peser sur la direction des affaires publiques,. la doctrine de l'Etat sera fixée dans ces dures paroles de Girod (de l'Ain). C'est de celle doctrine que s'inspirera en 18'13 un de ses suecesseun A la préfecture de police, Delessert, lorsqu'il rerusera à Jean Leclaire l'autorisation de n!unir ses ou-

11ISTül IŒ SOCI.\I.ISTE 17 vril'N pour lt•ur l'f~parlir Il':-,IH;n,>lll'l'"d' i' ..o. n pnll'PJ)l"i,P. SPlnn i'f'I l" ilol'I ri111•I.' El.:1 t Psl réduit à ln fonction dt' g<'ntl:.11·nwt'harg-,>d,• fain• oh ... 1•JT1•r )1•.., l1,b fuilf's pat· lt's rit·he:, eontrr les pau\Trs. Il t' .. t hiPn ain,i la rho:-;1• d'urw da-..-.1•. Cr fut f•nfîn Odilon Bal'rnl. qui. rn qualit,~ dP prt'·f,.i d1\ la S1•irw, <)dn•... ..,;.t dan-; les prC"micrsjours dC'srptrrnh,·t• u1w fH'\•(•ldmàtion .i ._,,.., 1·01witoy.-ns. llans l'Pll" proC'la,nalion 11011::l:riouYOlh 11•-. affir,nations "illinud,•:--: 1 ·u,, rurn111i,,inn a 1ÎU, créée pour l'C'n<lreaux lra,·au:\ puhlirs l'l pri,·{·~ la plu ...~1\uHI" n.l'li,·it,~. 1),,.., al,•· liPr.s :sont t'Lablis sur Lous les poinl-. dt• 1d eapilall' . .\'11I llP 1w11t"" Jil;.1indn• d1• mnrHJllCI' d,• lrantil. DC'sSN·our:-. ont t"tè rl ::.pnt jourrwll,·mPnt di:-.lribw;s nux indigrnts infirmes li. En hon rcprf,;,Pntant dt\ l1autnritl•. C'l,pmiqm• tout n,-ur d:111-- <·e rùll', Odilon Barrol lL 1rminail !-a prodamation par ll1 :-i rlH'rHt.re.u;;,uPll1·,. l'HJ>fH'lantqu<• ,1 la loi punil » h...,cc dt.'-monslration~ lurbulPnlt•:-, )J rl h.•~,, ,·octlitinn.... 11, f'l. pror·lamanl .;,a confianct' dans la population parisil'nnr, il déclarait 1..·01nptPI' ,ur c< 11otr<' ln·on"' garde cito~·C'nnt•. 1) :\,•~ligcons er:-; mpnocP~. 11tii ~ont dt' st~·le orficiPI. rt l'f'lPnuns lf·S ~dfirrnalions forntC'llt•~du prN<•l d<' la ~,-i,w. u :\ul. cli~ait-il. 111' p1•ut ~r plaindrf' d" lllanqm•r dr :raYail ll. Or, If•~ journ,)ux du lrmp:-i, ~oigncu,('mrut <·ompub,•s par.\1. Th11reau-Dangin. qui. jr le 1·l'pèlL'i r.,;,lun L'eri,·ain fan1rahl11 au rl'gimC' de juillt'l, lrs journaux du temp:::iaffirment tow, la Cl'i"l'ron1merrialt• Pl la rll'trc~sc d('., ou,·1'î1 1r~. L·nc scrnui11('!1 1winr après la pr,wlanrntion d"Odilon Barrot. 11•-., Débats dPdarairnl « arrreux )> l\~tat du romnwrel'. C.itanl Louis Blanc. (Jui rtv-ont<' qu'unt"' irnprirn('l_'iP avait Yu lornhrr son pr1-:;onncl de deux C'cnt" ou,·rirrs i1, in~l•Pinq rt lt><.alairl"d' e rinq l'l ::;ixfranc·~ ù ,·ing-t-rinq ou trente SOlb, ~I. ThurPau-Uangin 1..litrn trrnH.'-; pr<:ris: v LPs oun·ie1:s n'a,·aicnt pas d1ou,-ra~e. " Pour Odilon Barrot, les serour~ aux indigents, :,cc·our:, insuffhiant~ C'l dont encore aujourd'hui nous ronnai::;:,011s la modicîlé (trois franc,;, par moi!--l't;lt; rt cinq francs l'hi,·er) el les tha.ntiN·s où la. r(-lribution "<' rapprodiait plus dl' l'au• mône que du salaire normal, voilà qui avait surfi à donner ~alisfaction aux travailleurs. Et. dès lors. ceux qui réclamaient étaient des« turbulenh" qui méritairnt d'être punis par la loi. Ch. Dupin, économiste, proresseur au Conserrntoire des .\rts-el-.11,'licrs, frère caMt du ministre, du Factotum de Louis-Philippe, prêcha de s.rn .-ôl<' fort éloquemment les ouvriers. « ~res anriens C'l bons amis, leur dit-il C'n:substance, mNIC"-z-vous dr c·ru.x CfUl"' vous avez Yaincus hic,·; cc sont leurs perfides conseils qui ,·ou.;. pous~enl aujou1·• cPhui à détruire à la rois la ré,·olulion que vous avez faite l'l I"~machirws 11uisont les moyens les plus sûrs d'améliorer votre sort. cc Il y a quarante ans, ajoulail-il, quand la Ré,·olution a rommf'neé. quand nos pères onl pris la Bastille, que dé'fendaicnt non pas d,..s rl•gimenb clr ~nrd1• royale, mais une poignée <l'invalides, dcrnandez ù nos ,·ii~illal'(b si l\>11vtit~értait aussilbicn nourri, auc.si bien meubl1~ qu'aujourd'hui; il ,·ou.-s<liront tous que non.

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