Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCI.\LISTE 145 mortelles accalmies. En 1831, Lyon n'était plus dans la situation avantageuse de naguère: son monopole des étorfes unies était anéanti par la concurrence que lui faisaient les fabriques suisses el allemandes, à Zurich, à llàle. itCologne, notamment. Et une période de prospérité avait précisément, quelques années auparavant, augmenté lo nombre des métiers et fait affluer à Lyon d0 nomhreux ou,-rier; des campagnes el dos villes de la région. _\ cctl("concurrence intérieure et extérieure, l>ienfaite pour amrrwr la rt;duction des salaires, s'ajouta la crise de 1830. Certes, les Olffricr:; etai("nla,·,·outumt.'-. ù ces mouvements désordonnés de la production. \'illermé nous dit que, la fabriqu,• do Lyon est plus souvent quo toutes los autres en proie à des crises,. Bien quo c<'ltP fabrique n'ait" cessé depuis longtemps d'être la première du monde .. <JUè• I,• sort do ses Otl\-riers•dépende" toujours du sien" el qu'ils aic•nt l'habitude de pas,er • rap,dernenl de l'excès de misère à la prospérité, cl de celle-ci à la détresse ,, il <'•l cependant un point au-dessous duquel la détresse Mpasse la capacité de souff,·anc,·. Selon ces alternatives de prospérité et do misèn•, nous dit e,wore Villermé. les 011- ,,Tiers 1< diminuenl ou augmentent de nombre, émigl'ent df' Lyon ou _v afrJ11r,n•l,mivant sa fortune ou s~s vissicitudes ». En 1831, les ou,-riet'Sétaient nombreux, les année, précédentes les ayant faiL affluer,el la crise de l'année précédente, crue temporaire comme la rivolution """" laquelle elle coincidail bien plus qu'elle n'en était le résultat, ne les avait pas décidés à émigrer. Les fabricants les plus riches profitant des crises pou,· emmai:asincr des produits dont la main-d'œune ne leur coùtait presque rien. les ,alaires des ouvriers qui travaillaient dans les étoffes unies étaient tombés, en 110,·embre, à dix-huit sous par jour pour un tra,·ail de di ,-huit heures. Les chefs d'atelier n'étaient pas plus heure,": que leurs ouvriers, aranl à leur charge des frais de loyer, d'tmtrelien des métiers, tout aussi éle,·és clans les périodes de chômage ou d'avilissement des prix que dans celles de prospfrité. Lb un, l'i J,•s autres étaient des ouvriers, de commune origine, vh·ant de la même existence, supportant les mêmes misêres, étant soumis à la même domination capitaliste. Villeneuve de Oargemont a tracé des canuts lyonnais un portrait peu flatlé, dont voici les principaux traits généraux:« un teint pâle, des membres grêles et bouffis par des sucs lymphatiques, des chairs molles et frappées d'atonie, une structure au-dessous de la moyenne, telle est la constitution physique ordinaire des ouvriers en soierie. » Le docteur ~lartin ainé, dans une note manuscrite dont VilJerméa eu connaissance, confirme en ces termes : 11 Son lcmpé1•ament c.-,tflegmatique, son teint pâle, ses yeux hébétés, ses membres souvent déformés. • Pour ~!. de Montfalcon, dans son fiistoire des insurrections de Lyon, à qui Villeneuve de Bargemont a fait des emprunts, " la taille des lisseurs manque de proportion ; leurs membres inférieurs sont sou,·ent déformés de bonne heure ; ils ont une allure qui les fait aiséme"ntreconnaitre. Lorsque, les jours de fête, un habit semble les confondre avec les autres citoyens, on les reconnaît encore au dé,·elop• pement irréguliçr du corps, à leur démarche incertaine et entièrement depourvuo

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