Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

32 JIISTOIRE SOCIALISTE Dans les clubs cl dans les groupes, le sophisme, le sophisme démagogique fit ses ravages, par la faute même de la Chambre. On la montra, avec grande raison d'ailleurs, empressée à détruire l'échafaud, non parce qu'elle réprouvait la peine de mort, mais pour y soustraire des hommes riches et titrés. L'adresse de la Chambre au roi, l'invitant à supprimer la peine de mort, mit le feu aux poudres. Des manifestations violentes curent lieu, notamment le 17 oc- _tobre, au cri sinistre de:« ~fort aux ministres ! »Lagarde nationale cul beaucoup de peine à les disperser, car sur ce point elle était d'accord avec la foule, cl clic tenait à ne pas employer la ,·iolence. Arago, très populaire, essaya do calmer les furieux : « :'-loussommes de la même opinion, leur disait-il. - Ceux-là, lui répondit-on, no sont pas de la même opinion, dont l'habit n'est pas de la même étoffe.» Le lcnclcmain, la foule, au comble do la surexcitation, se porte sur Vincennes, où sont détenus les anciens ministres. La popularité de Daumesnil,gouvcrneurdu château, a plus do succès que celle d'Arago. Les manifestants reviennent à Paris el se dispersent, non sans avoir violemment manifesté contre le roi, devant Je PalaisRoyal, qu'il n'a pas quillé encore pour les Tuileries. Cet incident ne contribua pas pour peu à la crise ministérielle qui éclata quelques jours après. Guizot el ses collègues do la résistance, Molé, Dupin, le duc de Broglie, Casimir Périer cl le baron Louis, se retiraient du ministère, en feignant d'être exaspérés par les complaisances que leurs collègues libéraux montraient pour l'émeute. Mais les hommes de la résistance ne partaient pas sans esprit de retour. Ils parlaient même afin de pou,·oir revenir, car ils sentaient qu'ils s'useraient rapidement à résister aux dernier• soubresauts de l'agitation révolutionnaire, el ils préféraient laisser celle tâche ingrate el périlleuse aux libéraux purs. Si libéraux qu'ils fussent, ils seraient obligés de maintenir l'ordre dans la rue; d'autre part, ils craignaient trop les républicains pour laisser les choses aller bien loin dans le sens de l'action populaire. Les laisser seuls aux prises avec les responsabilités du pouvoir était une manœuvre indiquée par les événements eux-mêmes; elle fut d'ailleurs conseillée ouvertement par le Jaumal des Débats. Le 2 novembre, donc, Laffille prit la présidence du Conseil. Immédiatement, el afin de manifester ses sentiments en faveur de la résistance, la Chambre donnait à Casimir Périer, un des ministres démissionnaires, lo fauteuil de la présidence que Laffitte avait occupé depuis la révolution. Le ministère qui allait avoir en face de lui une telle majorité était-il au moins homogène? Non, puisqu'il contenait des conservateurs inféodés à la personne de Louis-Philippe, tel le comte de Montalivet, cl au moins un républicain, Dupont :(de l'Eure), qui, sur la suppression du timbre el du cautionnement des journaux, votait contre ses collègués du ministère. Le procès des ministres de Charles X eut lieu au Luxembourg, devant la Chambre des pairs érigée en Cour de justice. L'audience s'efforçait de reew calme ; mais, selon le mol de Victor li ugo, on entendait rugir le peuple dehors, Cet achar-

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