Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

1ï6 IIISTOIHE SOCI.\LISTE conditions d'insalubrité el de délabrement physique dans lesquelles se trouvaient les ouvriers et leurs famiJlcs, à Paris comme en province. \'oici, à ce sujet, ce que constatait, à la date du i" avril 1832, le conseil de salabrité du département du :>iorddans son Rapport à la .llimicipalité de Lille sur les mayens à prendre immédiatement contre le choléra morbus : « li est impossible de se figurer l'aspect des habitations de nos pauvres, si on ne les a visitées. L'incurie dans laquelle ils vivent aUirc sur eux des maux qui rendent leur misère affreuse, intolérable, meurtrière. Leur pauvreté devient fatale par l'élatd'abandonetdedémoralisation qu'elle produit... Dans leurs caves obscures, dans leurs chambres, qu'on prendrait pour des caves.l'air n'est jamais renouvelé, il est infect; les murs sont plâtrés de mille ordures ... s'il existe un lit, cc sont quelques planches sales, grasses; c'est de la paille humide et putrescente; c'est un drap grossier dont la couleur cl le tissu se cachent sous une couche de crasse; c'est une cou. verlure semblable à un tamis ... Les meubles sont disloqués, vermoulus, tout couverts de saletés. Les fenêtres, toujours closes, sont garnies de papier et de verres, mais si noirs, si enfumés, que la lumière n'y saurait pénétrer; et, le dirons-nous, il est certains propriétaires (ceux des maisons de la rue du Guet, par exemple), qui font clouer les croisées, pour qu'on ne casse pas les vitres en les fermant el en les ouvrant. Le sol de l'habitation est encore plus sale que louL le reste; parLouLspnl des las d'ordures, de cendres, de débris de légumes ramassés dans les rues, de paille pourrie; des nids pour des animaux de toutes sortes : aussi, l'air n'est-il plus respirable. On est fatigué, dans ces réduits, d'une odeur fade, nauséabonde, quoique un peu piquanLe,odeur de saleté,odcur d'ordure, odeurd'hommc ... -ELlepauvre luimême, comment esL-ilau milieu d'un pareil taudis? Ses vêlements sonL en lambeaux, sans consistance, consommés, recouverls, aussi bien que ses cheveux, qui ne connaissent pas le peigne, des matières de l'atelier. EL sa peau ? Sa peau, bien que sale, on la reconnait sur sa lace; mais sur le corps, elle csLpeinte, elle esLcachée, si vous le voulez.par les insensibles dépôts d'exsudations diverses. Rien n'est plus horriblement sale que ces pauvres démoralisés. Quant à leurs enfants, ils sonLdécolorés, ils sont maigres, chétifs, vieux, oui, vieux et ridés; leur ventre est gros cl leurs membres émaciés ; leur colonne vertébrale est courbée, ou leurs jambes torses ; leur cou est couLuré,ou garni do glandes ; leurs doigts sont ulcérés oLleurs os gonflés et ramollis ; enfin, ces petits malheureux sont tourmentés par les insectes» ... Villermé, qui cite ce rapport, estime que« la partie qui concerne les enfants• lui• parait un peu exagérée». Il oublie que, lorsqu'il visitaLille,lc choléra avaitconlrainl les pouvoirs locaux à prendre quelqoes mesures de salubrité qui avaient un peu atténué l'effroyable misère physiologique constatée par les enquêteurs officiels de 1832. Il en lut d'ailleurs de même à Lodè-vc,où il rapporte« qu'nanl le choléra on tenait toujours exactement fermées ceUes (les fenHres) des filatures •• eLque • la crainte de la maladie» les fiLouvrir en 1832 el 1833. Dans cello éprcu,.e, la bourgeoisie reçut du choléra une terrible eL salutaire

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