Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 15:, par Janouvellealtiludedu préfet, le conseil des prud'hommes ne condamnait même plus les palrons qui lui étaient défé1'éspour relus d'npplicalion des tarifs. Les ouvriers assistaient frémissants à ces audiences où l'équité était soufflelée au nom de la loi, où la loi elle-même, gardienne des ronlrats lihrement consentis, s'abaissait devant les volontés du plus fort, où le juge di'shonorait sa magistrature en soumellant le droit à l'arbitraire administratif. lis roinprircnL alors quïl n'est de droits qu'entre égaux, que ces fabricants n'obscn·aient qu'entre eu~ 1.., ~ag<'- ments pris el par crainte des sanctions qui les eu,;,cnLatteùits, el que leur c·o11scicncc ne les empêchait pas de laisser proll',let· Jem· signature dès que l'huis,1cr n'était plus là pour les astreindre à la probité ln plus élémentaire. Jls virent d,• quoi était faite l'honnêteLé des honnêtes gens et sondèrent le tréfonds !)unique de l'honneurrommcrcial clonl labou,·geoisi<' éto.it si ,·aine el dont cl1l) fai!)ait si ~rancfétala~,·- .\ celte faillite des lois cl de la probité, il n'y arnil à opposer qu,• la fon·"· Puisque la justice ne se suffisait pas à t•lk-mênw, puisque h• droit 11\•IH.il <[Ut' r.;quilibre de puissances ég-ale•stenues CJ> respect par la crainte mutuelle qu'elle, s'in,pirai("nl,Jrtiouvrir~ n'avait?nlplus qu'ù montrer leur puissance. .Ilsdécjdèrenl dom· ut1egrèn• dt.-huit jour:;, à partir du lu11di21 non•mbrc. CcUe décision, qu'ils firent connaître dan~ tous les ateliers, mil la ,:illt> t·11 rume\t.f.Oubliant qu'il avait lui-même con,·oqup les pruc.l'homme:p-;our les in,·ilt·r à rtlunir les di'•lt\tut'•dsos patrons et des ou,·rit>rs,le gouverneur 111ilitail'c, excité par les fabricant,. porté d'ailleurs par SP, sentiments pcr,,onnels ù considérer toute !(rêve comme une révolte, déclara bien haut qu'il ne la tolérerait pas el saurait la réprimPr vigoureusement. Ces paroles enflamrnèrcnl les patrons, qui, pr•rJanttoute mesure, renchérirent cncorr, l'excitant en m~mf' temp:i qu'ils s'excitaient euxmêmes. C'est alors que run d'eux, au dire de Louis 131auc,atu·ait proféré <·eue atroc,· mcuace à l'a<lrc,'-e des ouvriers:« JJsn'ont pas de pain dans le ventre, nou!; y mettrons des baïonoclles. » ~lcnace qui n"élaiLq~'une bravade misérable, Yu 1,, peu de soldats donLdisposait le général HogueLeLle peu d'homogénéité dr la g,wJc nationale, où la bourgeoisie n'était pas en force. ,lais cèUe menace devait t1Lremise à exécution trois ans plus lard, et jeter pour de Jongues ann&>sla terreur dans les rangs ouvrirrs. Le général IlogueLse faisait illusion. li croyait qu'il lui suffirait de mettre la main sur la garde de son épée pour faire immt'•diatement se tenir cois les ouniers. JI ignorait tout d'e11-x,leur existence, leur caractère, leurs souffrances, clewnut>s intolérables, l'exaspération où elles lesjetaient, l'exaspération, plus grande encore, où les jetait l'audacieuse violation du pacte juré. Les avertissements, pourtant, ne durenL pas lui manquer, cl il ne Jcs méprisa pas Lous,puisque, sur l'a,·is des maires de Lyon et de la Croix-Housse, il décommanda la revue do la garde national,,, qui devait avoir lieu Je 20. C'était là, certes, une occasion de montrer la force des baïonnettes, puisque cela entrait dans son plan d'intimidation. Mais ces baionnettes n'étaient pas toutes au scn·icc de la bourgeoisie, les chefs

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