Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIHE SO'.:IALlSTE 41 front les opinions, les sentiments, les préjugés mêmes de la France, cl surtout d'avoir eu recours à la violence là où l'habileté suffisait. » On ne peut pas mieux dire que le prince appelé à remplacer le roi des émign's, le prince acclamé par la foule qui voyait en lui le soldat de \"almy, a,·ait lui-même une âme d'émigr{>. ~lais il ne faut pas être injuste. On ne doit pas juger les princes à la commune mesure. Si celui-ci, comprenant que les temps sont changés, donne le pas à la ruse sur la violence, il n'est pas pour cela d'une qualit(• morale infr'ricurc /\ celle de son prédécesseur, qui ne sut que recourir il la ,·iolence. En rfalité, dans la conception héréditaire,qu'ils ont de leurs droits cl de leul'8devoirs, il <'nlrc un élément moral. Sacrifier la morale au salut· de l'Etat, c·esl. scion eu,, faire acte de moralité souv<'rainc. La raison d'Etat est nécessairement pour eux la loi suprêmr, puisquïb sont de naissanc<'drs homm<'sd'Etat, rl qu'il-;onl pour prcmi~rde\-oir (quand ils n1y YOienlpoint uni<Jurmenl,curnm<l''ahjcrt Louis X\', l'cxcr1·iccd'un droit) de tout rapporter à l'intérêt de l'Etat. ~lais il se lrouYe toujours que l'intérêt de l'Etat s'ièe llific à leur propre intérêt. Louis•Philippc asail une âme d'émigré; il était un internationaliste ron~cr· valeur, précisément par?c qu'il était prince. Louis Blanc a noté cc trait en reproduisant la lettre que le jeune duc écrirnil. en 180'i, à l'hêquc de Landaff, au sujet de l'oraison funèbre du duc d'Enghien prononcée par ce prélat. Celle lettre se terminait par ces paroles:« J'ai quitté ma patrie de si bonne heure que j'ai ù peine les habitudes d'un Français, ~t je puis dirè a\·ec vérité que je sui~ allach,' ù l'Angleterre non seulement par la reconnaissance, mais aussi par goût el par incli· nation.» Oui, le duc d'Orléans fut il Valmy a,·cc Dumouriez. mais il rut aussi avec Dumouriez à ,\th, el c'est anc cc traitre qu'il passa dans le camp des .\ut,·ichiens. Dans une autre lettre en date de '1808, adressée il ~I. de Lourdoueix, émigré comme lui, le duc d'Orléans écrit:« Je suis prince et Français, el cependant je suis Anglais, d'abord par besoin, parce que nul ne sait plus que moi que l'.\nglrlerre est la seule puissance qui Ycuilleet qui puisse me protéger. Je le suis par prin· cipes, par opinion el par toutes mes habitudes. » Est-cc une pose d'anglomanio comme en affectent à certaines époques les jeunes gens à la mode? Le moment où la France cl l'Angleterre sont aux prises serait en tout cas mal choisi. ~lais c'est précisément parce que l'Angleterre anime l'Europe contre Napoléon, contre la France, que le duc d'Orléans, prince avant d'être Français, proclame son amour pour l'Angleterre. Cc qu'il aime, ce n'est pas la grande nation libérale qu'aiment tous les amis de la civilisation et du progrès des idées; attachée /t la politique de Pitt, elle soutient pour l'instant de son or el de ses soldats les ,·icilles monar· chies européennes: c'est de celle Angleterre-là, acharnée à nouer des coalitions contre la France, que Louis-Philippe d'Orléans se réclame. i'llais l'ingrate Angleterre ne sert que ses intérêts à travers ceux des rois de l'Europe, el eUeméconnait un amour aussi intéressé que celui du duc d'Orléans. Gendre de Ferdinand de Bourbon, roi des Deux-Siciles, il sollicite cl obtient en 1.810le commÂ.ndemonl d'un corps d'armée espagnol pour soutenir les droits de

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