Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

IIISTOIRE SOCIALISTE rcprc.ndrc la grande mission abandonnée par le parti républicain sous l'influence runcslr de la gloire napoléonienne. l3allollé par les événements, rendu impopulaire par la répression des émeutes, sans appui sérieux dans les Chambres, amusé et abusé par les caresses de LouisPhilippe, Laffille n'aYaiL plus que les apparences d'un pouvoir dont il n'avait rien su faire. Le roi avait pris enfin la résolution de le remplacer par Casimir Perier, cl celui-ci, estimant le moment venu, avait accepté.« Je ne puis plus garder · ~1.'LafliLlc,disait le roi à Dupin ainé, qui le rapporte dans ses .llénwires. li ménage le parti qui cause tous mes embarras cl auquel il est bien temps de résister. D'ailleurs, on me dit que le Trésor est à sec. » Précisément Casimir Perier venait de décider le baron Louis à accepter le portefeuille des finances, et cette acceptation avait même rait cesser les hésitations du cher de la résistance. Les affaires personnelles de Laffitte étaient en aussi mauvais état que celles de la France, et cela augmentait son discrédit politique. Ceux-là mêmes au profit des intérêts politiques desquels il avait négligé les siens propres, accusaient l'imprudent financier. Dans un monde où l'argent était tout, la pire déchéance était d'en perdre dans une profession qui est d'en gagner. La mise en liquidation de sa maison de banque lui porta le dernier coup. C'était le moment où l'.\utriche venait d'annoncer au cabinet du PalaisHoyal sa décision d'intervenir à Modène el dans les légations, et d'y anéantir les pouvoirs révolutionnaires qui s'étaient constitués. A cette note, le conseil avait répondu que l'entrée des troupes autrichiennes dans les lô;tats romains serait considéré comme une violation du principe de non-intervention que la Franco ne pourrait tolérer. Se croyant soutenu, ses coll~gucs du ministère ayant été unanimement de son avis pour la rédaction de la note adressée à l'Autriche, Laffitte lut stupéfait en lisant le 8 mars dans lo National la réponse du cabinet de \ïenne, que le maréchal Sébastiani, son ministre des Alraires étrangères, ins· trument passif de la politique de Louis-Philippe, avait reçue le 4. Cette réponse, transmise par notre ambassadeur, le maréchal Maison, était hautaine et agressive. Thiers, qui était, on le sait, sous-secrétaire d'lô;tat à l'intérieur, fit comprendre à Laffitte qu'un président du Conseil qu'on jouait ainsi n'avait plus qu'à se retirer. Sébastiani, interrogé par celui-ci sur le silence qu'il avait gardé à son égard sur la dépêche de \'ienne, ne lui donna, selon sa consigne et scion son caractère, que. des explications embarrassées. Le roi, qu'il alla voir incontinent, le calma par d'amicales paroles, se garda bien de laisser percer la résolution arrêtée ; et, dit ~I. Thureau-Dangin, « le ministre le quitta plus rempli que jamais d'espérance, plus sûr d'avoir l'avenir à lui"· Il allait donc falloir pousser dehors par les épaules l'inclairvoyant minisÎre. C'était le seul moyen d'apaiser ~Ietternich et do lui permettre l'invasion dea légations. Le 13 mars, le couo lut faitetCasimil- Perier nommé président du conseil.

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