162 IIISTOIRE SOCIALISTE On intenta donc un procès aux saint-simoniens, on prétexta l'irrégularité do leur ·constitution en société pour perquisitionner chez Enfantin, alors chef de la doctrine, el, le 22 janvier 1832, un commissaire de police venait dissoudre la réunion de la rue Taitboul. Mais ce n'était pas le juge chargé d'instruire leur procès qui allait ruiner l'autorité morale des saint-simoniens. La funeste déviation religieuse imprimée à la doctrine par Enfantin n'y devait que trop suffire, ainsi que nous le verrons par la suite. Les saint-simoniens servirent à distraire l'attention publique. En s'en prenant à eux, le gouvernement espérait détourner les esprits de toute réflexion sur le formidable soulèvement qui avait mis la seconde ville de France au pouvoir des ouvriers pendant dix jours. Mais esl-co bien à Casimir Perier qu'il laul allribuer le 11/érilede n'avoir pas inquiété les ouvriers qui s'étaient mis à la tête de l'insurrection et d'avoir tout lait, dans le pays comme à Lyon, pour réduire ce moU\·emenl aux proportions d'une quernlle locale entre ouvriers et patrons ? Il était si âpre à venger toute alleinle à l'autorité, cl la conduite du gouvernement fut si habile (l'opposition elle-même en lut réduite à le servir en cette affaire), qu'il faut chercher une autre inspiration, émanant d'un esprit plus délié. Une lellre du roi au maréchal Soult, ·du 29 novembre, dans laquelle il lui donne des instructions détaillées nous livre l'inspirateur de cette politique habile. Dans celle lettre, le roi montre combien il sent la nécessité d'allénuer le plus possible le caractère, le retentissement et les suites de l'insurrection. D'ailleurs, rien que le lait de !aire figurer le duc d'Orléans, l'héritier de la coul'Onne, à côté du chef militaire chargé de la répression, nous eût fixés à cet égard_ •Legrand point, le point culminant de notre allaire, dit le roi au maréchal, c'est d'entrer dans Lyon sans coup férir et sans conc'.'tions. Tout sera, si ce n'est fini, au moins sûr de bien finir, quand cela sera ollectué. Sans doute, il faudra le désarmement, et les mesures nécessaires pour l'opérer. » Mais s'il recommande « la sévérité » et souligne le mot, c'est surtout pour les soldats qui ont manqué à leur devoir, • surtout pour ces compagnies du génie rl autres militaircsqui ont quitté leurs drapeaux el sont restés à Lyon». En tout cas, « pas d'exécution », el Louis-Philippe, ici encore, souligne le mol et ajoute:• Ce n'est pas à vous que j'ai besoin d.ele dire. » Il connait bien la « modération • de Soult, mais il n'ignore pas les fureurs des fabricants el que,• dans le succès••« les conseils violents arrivent de toutes parts, el surtout de ceux qui se tenaient à l'écart pendant la lutte•· Ces conseil5ne lurenL sans doute pas inutiles. Pendant que legouvernement s'efforçait d'atténuer l'importance, et les suites de l'insurrection, le saint-simonien Barrault, dans un discours du 27 novembre, en dénonçait le caractère nouveau en ces termes : • Voici qu'aujourd'hui, vérifiant la justesse de nos prévisions tant de fois expri• mécs, une population entière d'ouvriers s'insurge. Et quel drapeau a-t-elle arboré ? Est-cc le drapeau tricolore ? Est-ce aux cris de liberté, de cb8J'le, derépublique,de
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