IIJSTOIRE SOCIALISTE 175 crale. ~lagistrat démissionnaire, il vient d'être élu, en juillet 1831, dépulé de la Côte-d'Or sur un prog,-amme libéral où il demande« la non-hfrédilé de la pairie • et • l'amélioration du sort du peuple en élevant sa condition sans humilier ni abaisser celle des classes plus fortunées •· En mars se produisit à Grenoble un incident qui a donné naissance ii une locution désormais proverbiale, et que nous relatons surtout parce qu'il indique exac• tement les scnlimcnls dB l'opinion moyenne du momcnl et l'état d'esprit de l'armée au lendemain d'une victoire remportée sur elle par le peuple .. \ prvpos des fêLes du carnaval, des jeunes gens avaienl organisé à Grenoble une mascarade rcpréscnlànl le budget et les crédits supplémentaires. ~laladroilcment, le préfet, Maurice Duval, envoya des soldats pour disperser !.'.l mascarade. Il y cul dos bousculades et des coups, des femmes et des enfants furent piétinés. En un clin d'œil, la ville fut sens dessus dessous. Les soldats qui aYaienl si bru· talement exéculé les ordres absurdes du préfet appartenaient au 3::,. <lelig1Jc.~c3 habitanls coururent sus à Lous ceux qui portaient ce numéro détesté. Le soulève. ment était si unanime que le général llulot, commandant de Lyon, dut rappeler le régiment et le remplacer par le 6". Pour calmer l'effervescence, le général SaintClair, commandant la place de Grenoble, fit faire le sorvice de la place par la garde nationale. Cela n'cmpècha pas le 35" d'être furieusement conspué lors de son déparl. Il lui fut fait cc qu'on a appelé depuis une conduite <leGrenoble. 1 nformé des faits, Casimir Perier haussa de plusieurs crans son étal de fureur habituel : il envoya le général flulot en disgrâce à ~!ctz, destitua le général Saint• Clair et fit adresser des félicitations au 35- par le ministre de b guerre. Le temps était loin où Casimir Perier protestait cont.re • les excès des soldats conduis par des hommes coupables • el monlrait aux ministres de Louis ~(VIII le« danger de développer Lous les jours l'appareil militaire au milieu d'une population où chacun pouvait se rappeler qu'il avail élé soldat». A la misère du chômage de l'lùver 1831-1832 vints'ajoulcr un 0éau qui ravagea surtout les taudis où Iestravailleurs étaient entassés. Le choléra était venu d'Oriont, décimant sur son passage la Russie et la Pologne, ravageant l'Allemagne. Labour• geoisie n'en fit pas moins gai carnaval.• Cet hiver, dit Henri Heine, les bals à Paris onlété plus nombreux que jamais ... il !allait faire monter les fonds ... ils ont dansé à la hausse». ~lais lepoèle nole une danse plus macabre, celle qu'exécutent devant le bu!fel vide Je3 prolétaires sans travail. Il nole que beaucoup • meurent réellement de laim»ct il ajoute qu' • on verrait ici Lous les jours plusieurs nùllicrs d'hommes, dans l'élat où était au mardi gras, prè., de la porte Saint-Martin, un malheureux • pâle comme la mort et en proie à un râle affreux •• si ces hommes « pouvaient le supporLer plus longlemps ». ~lais, ajoute-t-il, d'ordinaire« après trois jours passés.sans nourriture, les pauvres gens trépassent, l'un après l'autre; on les enterre en silence; ù peine le remarque-t-on •· On pense si un peuple ainsi débililé offrait une proie LouLeprêle au choléra. Nous avons vu dans la première parlie d~ o,e travail quelles étaienl les affreuses
RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==