Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

188 IIISTOIRE SOCIALISTE lu le discours de Barrault, lui qui prit cependant pour tâche de publier les œuvrcs des saint-simoniens, et d'en avoir médité le significatif passage que voici « Si nos paroles n'agissaient pas plus promptement sur la classe la plus nom· brcuse et la plus pauvre que sur vous, savez-vous bien que nous, qui pénétrons clans le secret de ces cœurs ulcérés, et recevons la confidence de leurs sentiments, savez-vous bien que nous frémirions pour vous ! • Laurent en vint à oublier qu'il rut un des premiers écrivains qui tentèrent un essai de réhabilitation de Robespierre. Lo ponti!o suprême de la doctrine était très fier de ces collaborateurs quo lui envoyait une école où se recrutent los futurs chefs do l'industrie.• Nous comptons des premiers élèves de plusieurs générations successives de l'Ecole Polytechnique, écrivait-il à son père; Transon, Chevalier, Cazeaux, Fournel, Reynaud, Margerin, tous sont passés par les mines, et il n'r avait que les plus forts qui prissent cette route. • Enfantin avait raison de s'enorgueillir d'un lei appoint: ilest certain que si la bourgeoisie avait été à ce moment privée de tous ses éléments intellectuels, passés au saint-simonisme, la doctrine eût eu grande chance d'acquérir une incomparable puissance sur l'opinion. Mais il avait compté sans les inévitables défections dos uns, et surtout sans le désir dos autres d'ut;Iiser leur savoir pour prendre rang parmi les maitres du jour. Le polytechnicien Transon n'avait pas le style littéraire qui caractérisait Laurent et surtout Barrault. Mais son désir ardent de communiquer sa conviction lui fit acquérir une sorte d'éloquence grave et tendre, d'un charme un peu féminin, qui exerçait une action profonde sur son auditoire. Comme celui des autres saint• simoniens, ses discours s'adressaient de préférence aux riches et aux heureux. Et comment n'eût-il pas remué en certain d'entre eux des sentiments profonds, lorsqu'il leur disait: « Quand ,·ous entouriez de soins délicats, de prévenances empressées, les vieux jours d'un' père et d'une mère, vous avez songé souvent à tant de malheureux qui, pour n'être pas dévorés par la !aim, lorsque leurs vieux parents sont à l'hôpital ou sur quelque triste grabat agonisants, sont forcés de les laisser seuls, ô mon Dieu ! et d'aller chercher de l'ouvrage, quand ils voudraient ne s'employer qu'à leur fermer doucement les yeux ! • Il faut encore citer parmi les orateurs de la nouvelle doctrine, Edouard Charlon, formé à l'éloquence par Barrault et Transon et qui exerça une grande influence sur les assemblées; Baud, beau.-frèro d'Olinde Rodrigue, qu'Armand de Pontmartin décrit ainsi : • visage de sectaire, regards d'inspiré, gestes épileptiques, éloquence creuse et sonore, phrases à ef!et. • Rappelons-nous que le journaliste réactionnaire qui trace ce portrait peu 0atlé était, en dépit de son litre, un polémiste plutôt qu'un critique. Baud était un orateur véhément et passionné, certes, mais lorsqu'il parlait notamment • d'af!ranchir la femme du hideux trafic de la chair •• il posait avec netteté tme question qui n'a riQ'tl perdu de sa douloureUH

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