Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

152 Ill TOI RE SOCI.\LISTE entr~renl en errrr,·eseence. lis savaient que les fabricants faisaient supporter nu;,: omriers les frais de ln lutte à laquelle ils se li\,raient entre eux pour la conquête de la clientèle. Chaque fabricant avait ses tarifs, cl profilait de la crise pour les réduire à l'extrême, comptant sur l'abondance de ln main-cl'œune. C'était entre eux une course au clocher, le vainqueur devant être celui qui aurait le plus abni,sé le, pri;,: de foçon. Le canutsentit quelle solidarité réelle unissait au fond les patrons dans celte concurrence qu'ils se faisaient uniquement à ses dépens, et il résolut de mrltrr fin à cesporl où,en fin de compte, lui seul,qui ne jouait pas,était battu. Les chefs d'ale· lier se réunirent donc el, au moyen de la ociété du Devoir ~lutuel, qui <'lait un Yéritable syndical ouvrier,commencèrenl une agitation pour l'établissement d'un tarif minimum. Immédiatement les ouvriers firent cause ccmmune avec eux et l'agitation s'étendit dans toute la ville. Le préfet Bouvicr-Dumolard connaissait la population laborieuse el n'était pas insensible à ses souffrances. De plus, il avait la responsabilité du maintien de l'ordre, et il ne voyait pas sans appréhension la grande cité ouvrière entrer en ébullition. Le gom-ernement qu'il servait s'était édifié sur les barricades dre,sées par le peuple; nul n'avait encore eu le temps de l'oublier, et une liberté relative de la presse lerappelait de façon parfois assez véhémente. Enfin il tenait à la popularité que lui avaient value ses manières accueillantes et sa sollicitude pour les ouvriers. Dès les premières effen•escences, il convoqua leurs délégués à la prélecture. Il, lui exposèrent leur réclama lion, qu'il trouva juste, et il s'appliqua à y faire droit de tout son pouvoir. Réuni a,·ec son assentiment, sinon par ses soins, rar Louis Blanc noie que, par un, bizarre inlerverlisscmenl du pouvoir•• ce fut le gou,·erneur militaire de Lyon, le général Roguet, qui fit la convocation, le conseil des prud'hommes rendit la décision suivante : • Considérant qu'il est de notoriété publique que beau. coup dr fabricants paient réellement des laçons trop minimes, il est utile qu'un tarif minimun soit fixé pour le prix des façons•· L'intervention du préfet fit scandale dans le monde des fabricants. Xe violaitelle pas le principe d'abstention du pouvoir, la fiction de liberté derrière laquelle s'aliritaienl les intérêts des plus forts! Il futd'abord insensibleàleursré<'riminalions, qui d'ailleurs étaient encore assez timides, la promptitude des ouHicrs à s'organiser les ayant déconcertés et inquiétés fortement, et il convoqua les maires do Lyon, de la Croix-Rousse, des Brotteaux et de la Guillotiêre à une réunion tenue par la chambre de commerce et douze ~élégufls des ou,,.,.iers.Dans celle réunion du 15 octobre, il fit décider qu'une délégation de vingt-deux fabricants se joindrait aux délégués des ouvriers, également au nombre de vingt-deux, ponr discuter un tarif nouveau. Le malin du jour fixé pour la réunion des quarante-quatre, les ouniers affirmèrent leur solidarité par une manifestation à laquelle bien peu manquèrent. Par rangs de quatre, ils défilèrent dans le plus grand calme par les rues de la ,·illr rt vinrent se masser sur la place de la préfecture. Le préfet let harangua, les adjurant

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==