Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

1ï2 IIISTOIHE SOCIALISTE cl J"on,nil quïl y est demeuré assez généralement fidèle, que tous les accusés lurent acquiltts. ~lalgré cet acquittement général, Raspail fut retenu et condamné par la cour pour la Yéhémence do son plaidoyer, dans lequel les deux phrases suivantes lurent incriminées:« Périsse le traître, surtout s'il porte le nom de roi! ... li laudraitcnll-rrer tout vivanl,sous les ruines des Tuileries, un citoyen qui demanderait à la pnune France quatorze millions pour vivre.» Cette sanglante apostrophe à Louis-Philippe, dont la liste civile se discutait en ce moment même dans la Chamhrè, ramena Raspail en prison. Le socialisme commençait à percer dans le parti républicain. Philippe Buonarolli aYait amené au communisme un certain nombre de jeunes gens. Louis Blanc lui•mèrnc a,-ouo l'influence morale qu'exerça sur lui l'ami de Babeuf, le survivant de la conjuration des Egaux, dont l'austérité même• était d'une douceur infinie•· Il parle anc une émotion profonde el communicative de l'admirable sérénité de cet homme élevé par l'énergie de son âme• au-dessus des angoisses de la misère»; il admire en lui• celle mélancolie auguste qu'inspire au vrai philosophe le spectacle des choses humaines,. De fait, nulle existence plus digne ne pouvait imposer la vénération que ces paroles expriment. Qui nous redira les entretiens passionnés cl graves où le vieil· lard, 11ui,·écul les heures tragiques d'une révolution à laquelle il voulut donner un caractère social, formait la pensée du jeune Blanqui? Celui-ci n'était pas un disciple docile el passif, acceptant sans examen la doctrine qu'on lui apportait el puisée di,·ectemenl dans l'ardente pensée de Jean-Jacques Rousseau. )lais si Blanqui n'accepte pas le mysticisme de Buonarolti, qui dépasse même l'admiration de Louis Blanc, puisqu'il déclare que ses opinions étaient d'ori• gine céleste, mais devaient êLrc difficilement comprises dans un siècle abruti par • l'excès de la corruption,, il reçoiLde lui la triple empreinte qui le caractérisera toute sa l'ie : la démocratie, le patriotisme et le communisme. Sans doute Blanqui lut avidement le livre que, deux ans avant la révolution de juillet, Buonarolli avait publié à Bruxelles : La ConspirationdeBabeuf, mais c'est surtout de la bouche du vieux l'é\"Olutionnairequ'il reçut la tradition fondée sur l'échafaud du 8 prairial. \ oycr d'Argenson, descendant d'une illustre famille parlemrntaire, était lui aussi un disciple de Buonarolti, et ce fut lui qui assura les derniers jours du proscrit. ~lais ce fut un disciple de moindre envergure, el par conséquent plus docile. Dès les premiers jours du nouveau régime, il avait posé la question sociale à la Charnùrc en demandanL l'impôt sur le revenu et l'assistance aux ouvriers sans tra• vail. Cc qui lui a,•ait attiré celle apostrophe de se. collègues effarés:• Yous parlez comrn<·un saint-simoniste •· Voyer d'Argeason parlait on réformiste, mais il pensait ,,n tommunistc révolutionnaire. l!t-ja, sous la Restauration, il avait annoncé que la question économique allait Jll'endr<'le pas -sur la question politique, grâce à la science économique nouveDe; < 'est-ù-dire la science de la justice sociale, desLi11ée à enseigner un jour à iou&e l'espèce humaine, sans ditinction de contrées M de_nation,, comment elle doit

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