Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

108 IIISTOinE SOCIALISTE gés de fermer le dimanche, mais les loteries restaient OuYertes. En reYanche, on privait d,•s secours d'un médecin quiconque refusait les sacrements, et la religion, sinon l'humanilé 1 se rattrapait ainsi. Les lois chargées de régler des rapports de civilisation aussi sommaire n'en étaient pas plus simples pour cela, au contraire. Indépendamment de l'arbitraire qui est dans tout gouvernement de droit divin,- et peut-il en être qui le soit plus complètement que le gouvernement direct et personnel du prêtre?- les lois furent jus<1u'en 18.31 « un composé monstrueux d'édits de toutes les époques, surannés et san, corrélation». Et pour les appliquer il y avait« cinquante juridictions diverses à côté des tribunaux privés des barons et des corporations religieuses. » Le valet d'un prl'lal aYait-il commis un assassinat? l I rclcvaiL d'un tribunal ecclésiasliquc at participait aux immunités relatiYcs de la caste sacerdotale, dont il dépendait. Les formes de cette justice, pour laquelle « aYoir assisté à la réunion d'une société secrète était considéré comme une trahison, punissable de la mort et de la confiscation des biens », étaient bien celles que des militaires français, subjugués par la congrégation, appliquèrent en 189i au·capitaine Dreyfus. Pour les cas de trahison,« ies inculpés étaient condamnés sans savoir quels étaient leurs accusateurs, et même après 1831, l'audition contradictoire resta interdite». Dix ans après encore, en J8il, l'inquisiteur général de Pesaro enjoignait par édit à tout le peuple de« dénoncer les hérétiques, les juifs, les sorciers, tous ceux qui font obstacle au Saint-Office ou composent des satires contre le pape ou le clergé». Oc tels sentiments n'étaient pas pour adoucir les mœurs; aussi les condamnés politiques qui avaient échappé à la sentence capitale étaient-ils enfermés avec les criminels et même, plus maltraités que ceux-ci, « enchaînés pour leur vie entière aux murs de leur cellule ». Un tel peuple était trop en arrière de la civilisation moyenne de l'Europe pour être sérieusement impressionné par le mouvement dont Paris a,·ait donné le signal. D'autres chocs devaient le faire sortir de sa torpeur quelques années plus tard; et Grégoire XVI eut beau interdire l'introduction des ehcmins de fer dans ses Étals, les idées nouvelles y pénétrèrent quand même, avec toutes leurs conséquences politiques et sociales. La Suisse reçut, elle aussi, le choc révolutionnaire et suivit l'impulsion générale qui remettait Jemonde en marche ,·ers la liberté. Elle constituait alors une fédération d'États, fondée sur le pacte fédéral de 1815. Chaque canton, étant souverain, réglait à sa guise les questions religieuses et d'enseignement, mais, nous dit M. Seignobos,« même dans les cantons de tolérance religieuse, c'était le clergé qui tenait l'état civil». Car la tolérance religieuse n'était pas un fruit de l'émancipation des esprits, comme en France, mais le résultat de l'impossibilité où les protestants étaient dè réduire la minorité catholique à l'unité religieuse dans les cantons protestants et réciproquement, ces minorités étant trop nombreuses et trop actives des deux parts. La majorité tolérait le culte de la minorité, parce que celle-ci ne se fût pas laissé convertir, parce qu'il eût coûté trop cher à celle-là d'essayer de la force. Pas de tolérance, donc, dans les cantons 11ùla minorité était incapable de se

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