Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

18> Il ISTOIRE SOCIALISTE ment do sympathie, il a été déployé beaucoup de courage». Et faisant avec bonho· mieallusion à la proposition faite par quelques insurgés de le tuer afindo le présenter ensuite au peuple comme une victime des soldats do Louis-Philippe, La Fayotte ajoute:« II y avait bien là quelques jeunes fous qui voulaient me tuer en l'honneur du bonnet rouge ; je les plains do tout mon cœur ». Plus équitable qu'Odilon Barrot pour le roi, le parti conservateur sut gré à Louis-Philippe de ne s'être pas enfui à Saint-Cloud et d'avoir délondu lui-même le pou,·oir. Dans les documents inédits qui ont été mis à sa disposition, M. Thuroau-Dangin constate cet état d'esprit.« Lo roi a beaucoup gagné, écrivait un dos chefs du parti conservateur, non seulement dans les rues, mais dans les salons. C'est le propos courant du faubourg Saint-Germain que, le 6 juin, il a pris sa couronne. » Qu'est-cc, en effet, qu'un roi qui no verso pas le sang pour conquérir ou garder le pouvoir ! A ce signe, l'aristocratie reconnait qu'elle peul cesser de bouder aux emplois el aux honneurs. Mais il faut que le roi continuo. « C'est le moment ou jamais de prendre une attitude el de commencer une attitude de gouvcr!l<lmcnt.» Louis-Philippe, le lecteur le sait, ne demandait pas mieux. Le soir même du 6 juin, alors qu'Odilon Barrot incriminait devant lui la politique des ministres et la rendait responsable de cc qui s'était passé, il l'inlcrrom· pait brusquement el, déclarant qu'il ne savait ce qu'on entendait par la politique de ses ministres:• Sachez, messieurs, ajoutait-il, qu'il n'y a qu'une politique, el c'est la mienne. Essayez de me persuader, el j'en changerai; mais, jusque-là, dût-on me piler dans un mortier, je ne m'en départirai pas.» Et sa politique s'affirma immédiatement par des saisies de journaux et des arrestations de journalistes, notamment un mandat d'arrêt contre Armand Carrel· L'étal de siège lut proclamé, l'artillerie de la garde nationale licenciée, l'école vétérinaire d'Alforl el l'Ecole Polytechnique fermées. Des arrestations en masse furent faites; les prisonniers étaient assommés dans les postes par les policiers, qui les trainaient ensuite devant les conseils de guerre. Mais leurs jugements furent annulés par la cour de cassation et c'est devant le jury que les insurgés comparurent. Jeanne y fut admirable de formolé sans bravade. II fut condamné à la déportation. Sur vingt el un autres accusés, seize furent acquittés; les cinq autres condamnés aux travaux forcés, à la réclusion et à la prison. On peut comparer avec la férocité que Thiers déploiera quarante ans plus lard, lorsqu'il sera le seul maître. On peut aussi comparer l'attitude de l'Assemblée nationale de 1871,-oûil ne se trouva point, même parmi lesrépublicains, une voix po~r protester contre les félicitations aux massacreurs qui s'acharnaient sur les vaincus-à cellede la Chambre de 1832,où du "!Oins le général Demarçay s'éleva contre un député qui avait soutenu que• les soldats qui venaient de réprimer une é neute avaient même droit à la reconnaissance que les combattants de Juillet, •et dit courageusement:

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