Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

166 HISTO!f\E SOCIALISTE lemenlaires. Avait-on fait une révolution simplement pour augmenter le trai'omenl du premier fonctionnaire de l'Etat ? N'était-ce pas, au contraire, l'occasion de marchander et d'obtonir un rabais? Un roi au rabais, voilà cc que voulait la boutique, habituée à compter, et aussi à vérifier soigneusement la feuilledu pcrcep• teur. Puisque le roi n'était pas nn conquérant, puisqu'il refusait de lancer ses bataillons sur le Rhin et de ramener le drapeau tricolore dans les plaines de la Lom· hardie, qu'avait-il besoin d'une maison militaire?« Cc roi, disait ironiquement le Globe, chef d'nne nation devenue industrielle, d'nne bourgeoisie pacifique, n'e&t entouré que d'hommes ceignant l'épée et chaussant l'éperon.» Dans le même organe des saint-simoniens, ~üchcl Chevalier, parlant du récent voyage de Louis-Philippe en Alsace, dit qu'en réponse aux doléances des industriels, lui dépeignant le chômage qui fermait les ateliers et laissait les ouvriers sans pain, il n'avait trouvé que ces mols:• Je ne puis que gémir•· fü à celte impuissance du roi, qui se manifeste par des • vœux stériles », !'écrivain saint-simonien oppose sa puissance en face de malheurs d'nne autre nature : • Supposons qu'au moment où le roi Louis-Philippe venait de faire celle réponse aux magistrats alsaciens, un courrier arrivé en toute bâ.te, fût entré dans cette même salle et lui eût dit : • Sire, les troupes françaises se gardaient mal dans « leurs cantonnements; les colonels ne s'entendaient point, le désordre était parmi • les soldats; quatre-vingt mille Austro-Sardcs ont débouché à l'improviste '• par Mon-lmélian;Grenoble est pris, Lyon est bloqué, l'armée est à la déban- • da.de•.Supposons qu'à cette funeste nouvelle, le roi eût répondu par ces mots: le ne puis que gémir, qu'en eût-on pensé ? Qu'en eût-il pensé lui-même? Et lorsque les industriels ne s'entendenYpas, lorsque le /Üsordre est dans l'organisation industrielle, lorsqu'une grande catastrophe vient les atteindre à l'impro9iste, lorsqu'ils sont bloqués par Lafaillile, n'a-t-on rien à leur dire que ces mots désespérants? n'a-t-on rien à faire pour les sauver de leur perte ? Si les intérêts industriels sont reconnus supérieurs aux intérêts guerriers, conçoit-on tant de zèle pour la guerre, nne si maigre sollieituM pour le travail ?._ • .Payer dix-huit millions cette• si maigre sollicitude•• c'était évidemment être volé. La critique saint-simonienne ne renforça guère l'opposition de la class. moyenne, bien que, dans sa passion, elle lit flèche de tout bo.iscontre la cour. La liste civile, ramenée à douze millions, ébranchée de l'apanage et des dotations, fu$ tout de même votée. ~fais il y eut à la Chambre cent di.~-neu!opposants, et on pùl craindre un moment, dans l'économe mé.nage royal, d'être forcé de rcsl.ituer aa Trésor les sommes dépensées depuis le 8 août 1830et qui avaient été ordOBnallce• au tam: de dix-huit millions par an. Pendant tout son règne, le roi au rabais allait avoir à mendier au Parlement :essommesqui étaient nécessaires au• rang• de sa nombreuse postérité, et à essuyer d'innombrables rebuffades d'nne bourgeoisie résolue à ma,chandct et à ne payer qu'au plus juste prix. Tandis que ces chicanes occupaient la cour, la ville et lea~-. UAtiL,-~

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==