Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

10 IIISTOIHE SOCI.\LISTE passé dC'uxans en .\ml•rir1ue, et <le n'êtr·c pas de cet avis; mais croyez-vous, dans la situation de la France, et d'après l'opinion générale, qu'il nous convienne de l'adopter> - :-,;on,lui r,ipondit Lafayette; cc qu'il faJJt aujourd'hui au peuple français, c'est un trône populaire, entouré d'institutions républicaines, tout à fait républicaines. . - C'est bien ainsi que je l'~ntends ,, reprit le prince. Surpris par le rcYircmcnt de la foule, déconcertés par la capitulation, pl)urtant pré\'UC, de Lafayette enchanté de se débarrasser de ses responsabilités tout en continuant de faire figure, les républicains Youlurenl au moins profiter du moment où s'organisait la monarchie pour a,·oird'autrcs garanties que les répliques du prince aux effusions naï,·cs de Lafayette. Celui-ci lèS conduisit donc au PalaisRoyal, où le duc prodigua les assurances cl les protestations. Ils rcYinrent convaincus surtout de l'impossibilité de décider le peuple à refaire one révolulion pour arrachercelle-ci aux mains qui ,,.avaientsaisie. Est-ce vraiment la faute de Lafayette, est-cc vraiment grâce aux intrigues des Thiers et des Laffitte, si la République ne l'a pas emporté au moment où tant d'esprits généreux s'employèrent à la faire surgir du chaos de cc lendemain do Yictoire populaire? Qui élail r(>publicain à ce moment? lJnc partie de l'élite, dans la jeunesse dos écoles et dans le peuple ouvrier. La masse l'était si peu que, dans celle même journée du 31, elle se laissa entrainer, par des agents orléanistes, à enrnhir les bureaux du journal républicain la Tribune. La garde nationale out toutes les peines du monde à éloigner ces vainqueurs de juillet qui voulaient fusiller Lousles Tépublicains, au moment même où le roi du lendemain se proclamait lui-même républicain et recevait l'accolade du vieux républicain Lafayette. \ïctor llugoexprimaitexaclemenl lapensée dola bourgeoisie libérale lorsqu'il disait:« Après juillet 1830, il nous fall Lla chose république et le mol monarchie. • De son côté, l'abbé Grégoire, qui achcYait sa Yiodans une modeste retraite, s'écriait a"ec une fen·eur de constituant désireux de ramener la Hévolulion à son point de départ : « Il serait donc vrai, mon Dieu ! nous aurions tout ensemble la Hépublique e.t un roi ! • Cette pensée se précise ainsi dans un article que le Globe publie sous l'imprèSsion de la joumée du 31, et où l'adhésion à la royauté en formation est entourée de réserves: « Leduc d'Ol'iéans est-il roi? l\'on.11 ne Je sera que par nous, par notre ,·olonlé, et aux conditions que nous lui imposerons. Il recevra tout du peuple; il lui devra sa couronne el sa reconnai,saoce ... :\ous le consacrerons en recevant ses serments ; s'il lèS violait, il disparaitrait aussitôt. » L'-auteur de l'article ajoute avec une naivelé qui est comique, à présent que l'on connait les événements, et do quelle manière Louis-Philippe tint les promesl;es au duc d'Orléans et trompa dct1 gens qui, d'ailleurs, ne demandaient presque tous qu'à être trompés:• Yoi1à com• ment nous cornprenons nos devoirs. Qui de vous, héroïques Français, ee vouerait aujourd'hui à la cause et au nom d'un homme ? •

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