Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

134 HISTOIRE SOCIALISTE que, si le cabinet du Palais-Royal avait songé sérieuse~ent à une annexion ooverte ou déguisée de la Belgique, il eût forcé les libéraux anglais à se joindre aux eonser· vateurs dans un soulèvement de patriotisme contre nous. Talleyrand, qui recevait les libéraux anglais et ses compatriotes en affectant des allures démocratiques, et d'autre part cherchait à étonner l'aristocratie par le luxe de sa table et de ses équipages, était un trop fin renarcl pour n'avoir pas constaté cette unanimité du sentiment anglais. L'Angleterre ne tolérerait les dé· marches de la France en faveur de la révolution belge qu'au tant que ces démarches seraient absolument désintéressées. Dans la correspondance qu'il entretenait directement avec le roi, il pénétra ,fortement celui-ci de cette évidence. Il ne correspondait d'ailleurs que fort peu avec les ministres, et parfois même il n'informait le roi qu1après avoir agi. A une voix de majorité, le Congrès réuni à Bruxelles offrit la couronne au duc de /iemours. Comme il était convenu, Louis-Philippe refusa pour son fils. li y eut en Belgique de violentes récriminations. Le parti français accusa, non sans raison, le roi de l'arnir joué. En réalité, la Belgique ne devait pas être appelée à choisir elle-même le sou,·erain qu'elle se donnerait; et eUedevait le recevoir des mains de l'Angleterre. D'autres difficultés surgirent, qui ne firent pas oublier celle-ci, mais s'y ajoutèrent. Le Congrès de Bruxelles refusait de souscrire aux conditions posées par la conférence de Londre; relativement àla séparation de la Belgique et de la Hollande, sur le partage de la delle publique entre le nouvel f:tat et celui dont il se séparait, et sur la possession du Luxembourg, dont Guillaume I"' était souverain, non comme roi de Hollande, mais comme représentant de la maison d'Orange• assau. Les prétentions de la Belgique émurent la Confédération gez:manique, dont faisait partie le Luxembourg, et la diète décida qu'un corps de 50.000 hommes appuierait le roi de Hollande dans la défense de ses droits comme grand-duc de Luxembour;. Dans ce débat entre la puissance naissante et les puissances établies, tes populations intéressées ne furent naturellement pas consultées. La Sainle- .\lliance les arnit d •tachées de l'Allemagne pour les donner au roi de llollande, en échange de sa renonciation au duché de Nassau. Elles s'étaient insurgées, cependant, elles aussi; mais elles n'avaient pas de leur côté le droit de la force, n'étant point parvenues à déloger la garnison hollandaise de la forteresse de Luxembourg. Tandis que les Belges et les Luxembourgeois se débattaient au milieu de ces difficultés, lo gouvernement français remportait à Londres une victoire plutôt morale qu'ellective : il obtenait de la conférence que les forteresses élevées en Belgique par la Sainte-Alliance contre la France seraient démantelées. En échange d'un s 1crifice qui co '.!toitd'autant moins aux puissances que Louis-Philippe multipliait les prou,·es de son attitude pacifique, notre gouvernement déclara accepter le souverain que l'Angleterre, d'accord avec les puissances, imposâit aux Belge!, désemparés par le refus de Louis-Philippe el avertis que l'Europe monarchiqu, n& tolérerait point qu'ils élussent pour roi le duc de Leuchtenberg.

RkJQdWJsaXNoZXIy MTExMDY2NQ==