Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

174 IIISTOIRE SOCIALISTE lui valut d'être dé/éré au jury, qui l'acquitta, c'est bien la pensée révolutionnaire et égalitaire de l3abeur qui a pris le dessus. Cette brochure, intitulée Bo11tadesd'un homme riche à sentiments pop1tlaires, constate que, sur huit milliards de revenus produits par la France, deux vont• aux riches et aux oisifs qui •• dit-il au peuple, • rejettent sur vous toute la charge•· Et il ajoute: • Vous manquez à tous vos devoirs envers Dieu, envers vous-mêmes, envers vos fommes, envers vos enfants, les auteurs de vos jours, s'ils vivent encore, et surtout envers vos enfants si, après un soulèvement suivi de succès, vous êtes assez lâches et assez ignorants pour vous borner à exiger une amélioration de tarif ou une élé,·ation de salaires; car ceux-ci, fussent-ils triplés, ne représenteraient pas encore votre portion virile dans l'héritage social; et de plus, tant que vous laisserez les riches en possession de Caireseuls les lois, quelques concessions qu'ils vous Cassent, ils sauront bien vous les reprendre avec usure.• Charles Teste, son ami, qui avait été poursuivi en même temps que lui comme imprimeur de cette brochure, vivait pauvrement en donnant des leçons. La librairie qu'il dirigea pendant quelque temps était nommée la Petite J acobinière. Nous avons vu qu'en 1830 il fut de ceux qui essayèrent d'empêcher La Fayette de se prêter à la réédification du trône. Il devait être avec Buonarotti, Voyer d'Argenson cl Blanqui un des plus ardents propagandistes du communisme dans le parti républicain. Son « projcL de constitution • qu'il publia, instituait la démocratie directe et organisait la répartition de la propriété par les soins du peuple. Mystique, lui 'aussi, il voulait donner à sa constitution une base religieuse; mail! il lui fallut ménager sur ce point les sentiments de plusieurs de ses amis, donL tut certainement l'athée et matérialiste Blanqui, et y renoncer. Tout au moins l'esprit de Jean-Jacques et de Robespierre revit-il dans le passage où il déclarait que« l'oisiveté doit être flétrie comme un larcin fait à la société et comme une source intarissable de mauvaises mœurs •• cl surtout dans l'institution de comités de réformateurs chargés de veiller sur les mœurs publiques, afin que les droits de citoyen ne lussent accordés qu'à des hommes irréprochables. Parmi les autres républicains animés de la pensée communiste, il faut citer Mathieu d'Epinal, organisateur d'une Charbonnerie démocratique dans l'Est, dont l'objet était de• rattacher à un centre commun tous les amis de l'égalité, quels que soient leur pays et leur religion ; • Ballon, auteur d'un excellent petit résumé du livre de Babeuf, publié après 1830 sous le titre de Système poli.tiqueet social des Egaux; Joseph Rey, de Grenoble, ami de La Fayette, qui fit le premier connaltro en France la pensée de Robert Owen, mais dont on ne trouve pas trace dans l'action républicaine après 1830 ; enfin Cabet, qui devait plus tard, au contact de Robert Owen, transformer la théorie communiste reçue de Buooarotti tout en en respoc• tant les lignes principales : démocratie autorite.ire cl égalité absolue dans la communauté de tous les biens . .Maisau moment où nous parlons, Cabet est uniquement connu comme démo-

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