IIISTOIHE SOCIALISTE 161 lloart, d'autres, les Lamoricière el les Bigot, gagnaient leurs camarades à la doc· trine noll\·cllc, surtout parmi les officiers d'artillerie, le nombre de saint-simoniens sortis de l'Ecole polytechnique étant très consi<lérablP, comme nous le verrons plus loin. Evidemment, une doctrine qui recrutait se;; adhérents parmi les éléments intellectuels de l'armée ne pouvait laisser Casimir Perier indifférent. JI n'arnit pas sévi. t·rp1'\ndnnt. )lais il guettait l'occasion, prêt à la saisir. Décidé sans doute par les r·oi»cils de Louis-Philippe à raire le moins de bruit possible sur les événements de 1,yon, il n\'"aya pas d'vtablir un lien entre ces é,·éncmcnts el la propagande saint-simo• nienn(\ rom,nr il y avait élé inYilé. C'était d'ailleurs rourir à un échcr certain, même de,·anl les jug~s le~ plus résolus à scr,·ir le pouvoir. rar il n'y avail jamai!; eu les moindres rapports entre les ounicrs de Lyon cl 1t, gMupe de théoriciens, d'ora· l"urs et de journalistes de la rue .\lonsigny, dont tous les discours cl les éc1·its se prononçaient contre l'emploi de la violence. Comment donc frapper cc, ennemis de r,,rdre. qui s'obstinaient à prêcher le respect des lois cl dont l'altitude contrastail si !orttJment avec cclltJ des polémistes el des conspirateurs républicains, tout en étant infiniment plus dangereuse pour l'ordr1~(·tabli? Sur cr danger,le ministre était fixé. Un de St.\s fr1..,re~, Augustin PPrirr,n'a,·ait, pu rertainemrnl le lui celer, lui qui, à l'igsuc d'une conrérence de la ru('~fonsigny. avait cause' a,·cc les chefs de la doctrine cl abordé« tout de suite la question capitale de la substitution do l'héritage selon la vocation à l'héritage scion la naissance" et manifesté le désir de savoir« comment celte substitution pourrait se !aire paisiblement, sans injustice el sans spoliation ». Bazard lniavait répondu qu'elle se ferait• par voie do conviction el de sponla• néilé religieuse rhcz les fidèles, cl par le grand livre pour les retardataires,. Celle promesse aux• retardataires» avait dû sonner mal aux oreille, de l'aîné des r,,ricr, C't certainement celles de son frère lo mini'"ilrca,·aicnt dû en rcce,·oir immédiate• ment l'écho. Bazard avait bien ajouté:« :-l'y aYez-vous pas déjà inscrit des grands propriétaires? » ;\lais pour des membres d'une dynastie capitaliste aussi étroitement attachés à leurs intérêts que l'étaient les Perier, il n'y a,·ail rien là de rassurant. Capitalistes ils voulaient être; el non rentiers soumis aux conversions de la rente méditées el annoncées déjà par les saint-simoniens. Il !allait conjurer le péril d'une propagande d'idées en déshonorant la doctrine, en accusant les ennemis de la propriété de s'approprier le bien d'autrui el en mon• tranl les abolisseurs de l'héritageon posture de captateurs d'héritages. C'était faire coup double: d'une part on les représentait comme de malhonnêtes gens, el d'autre part on identifiait leurs procédés à ceux des jésuites. On avait ainsi pour soi l'una• nimilé: les conservateurs, parce que la propriété est le fondement de tout ordre social selon leurs vues et leurs intérêts; les libér~ux, parce que les congrégations cl leurs moyens de reconstituer la mainmorte el d'anéantir la liberté de l'individu ont toujours soulevé leurs légitimes protestations.
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