Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

l 10 IIISTOIRE SOCIALISTE faire respecter. Pas de culte protestant dans le canton du \"alais, et pas deculleca. tholique dans le canton de \"aud. Comment la liberté politique existerait-elle où manque la liberté r<'ligieuse? Les cantons pauvres de la haute montagne avaient conser,·é leurs formes démocratiques ; mais, dès 1815, les riches bourgeoisies des grands cantons possédail'nt tous les privilèges civiques. Cependant, en 1829, un mouvement d'opinion se manifesta, que la révolution de Paris accrut et encouragea. Un pétitionnement fut organisé à Zurich, sur l'initiative d'un professeur allemand réfugié, Zucll, rédacteur du Républicain suisse. Au pélilionnemenl en faveur de la rcYision de la constitution succédèrent des manifestations dans tous les cantons régis par une constitution aristocratique. Le parti radical,groupé autour de Zucll, réclama par le Mémorial de Kussnach la souveraineté du peuple, le suffrage uni\"ersel et l'élection directe des représentants. Les gouvernements cantonaux eurent la sagesse de ne point attendre que l'agitation dev1nt révolutionnaire; ils cédèrent l'un après l'autre, et les constitutions aristocratiques lurent revisées. La partie de la Pologne que les traités de 1815 avaient replacée sous la domination de la Russie avait reçu une constitution de l'empereur Alexandre. Cette constitution lui donnait une certaine autonomie administrative et militaire. Le grand-duc Constantin, lrèrc du tzar, était placé à la tête du gouvernement polo· nais. Son caractère fantasque, ses irrégularités d'humeur, sa brutalité le firent promptement délester. L'insurrection qui éclata à \'arsovie le 29 novembre 1830 ne surprit donc personne. Le moment où se produjsit ce soulèvement national ne pouvait qu'exalter los sentiments des libéraux et des révolutionnaires français pour la Pologne. JI est hors de doute, en effet, que l'insurrection du 29 novembre empêcha le tzar Nicolas de prendre l'initiative d'un mouvement des puissances du Nord contre la révolution qui venait de triompher à Paris et à Bruxelles. Pour décider ses alliés de Prusse et d'Autriche, encore hésitants, la Russie procédait à une concentration militaire. Elle devait servir à écraser l'insurrection polonaise. L'occasion élait unique de !aire triompher à la lois les principes du libéralisme et de la nationalité dans Loule l'Europe. Louis-Philippe le pouvait sans péril pour la France, au contraire. La Belgique indépendante, la Pologne reconstituée, l'llalio libérée, l'Espagne dolée d'une constitution, les princes allemands forcés de la consentir à leurs sujets, l'Angleterre libérale attachée plus que jamais au princiJ e de la non-intervention, c'était l'Europe entrant en sécurité dans la voie du progrès pacifique. ~lais, il eût lallu qu'en Pologne la révolution lût véritablement nationale. Or, il y avait dans ce pays, où les prêtres dominaient les esprits, trois éléments irréd ,ctibles. Les nobles et les habitants des villes étaient patriotes; mais la république des premiers était une république aristocratique reposant sur le servage des paysans. Les seconds étaient libéraux, fortement travaillés par l'esprit d~morratique. Pour les paysans, c'était une masse corvéable; beaucoup d'entre eux n'étaient Polonais que nominalement et seul Je lien religieux les raUachait à

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