Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

HISTOIRE SOCIALISTE 13i et incohérentes du grand-duc Constantin, et qui faisaient de l'insurrection une sorte de Fronde contre un pouvoir qui ne les avait pas récompensés selon les mérites qu'ilss'aUribuaient, ily avait ceux qui ne pouvaient que gagner à l'établissement d'un pou,·oir national, hobereaux besoigncux qui rêvaient de se substituer aux fonctionnaires russes que la Pologne, redevenue inclépenclanlc, éliminera.il. Parmi les uns et les autres, il y en avait que les idées libérales avaient conquis par sentiment, raison ou nécessité: ceux de l'Ukraine, par exemple, qui, pour engager leurs serfs à se jeter dans l'insurrection, leur promettaient l'a[franchissement. A côté de cet élément, dont les membres les plus en vue, ayant le plus à perdre, étaient plus disposés à négocier qu'à combattre, il faut compter l'élément militaire· Bien qu'il y eût une armée polonaise, les hauts gracies et les faveurs n'en étaient accordés qu'aux créatures de la Hussie. li existait de cc cher, dans le corps des orficicrs, un méconlcnlcmcnt, qui en fit C'nlrC'urn grand nombrr dans la conjuration d'où sortit le mou,·ement insurrcclionnc-1S. ans être inacces:;iblc à l'ent.housiasm,l, cl aux prodiges militaires qu'il accomplit, cet clément ,·oyait surtout le salut de la Pologne dans une armée fortement organisée, exercée et encadrée scion les méthodes ordinaires, et n'avait que mépris pour les révolutionnaires, partisans de la ruée en masse de tout un peuple Yers l'indépendance. Et puis, ce peuple, armé pour l'indépendance nationale, ne déposerait les armes que lorsqu'il aurait par surcroit conquis la liberté civique. Et c'était là une chose dont se fût difficilement accommodé un corps d'officiers recruté pour la plus grande part dans la noblesse et partageant ses sentiments à l'égard du libéralisme et surtout de la démocratie. Or il y a,·ait dans les grandes villes, à \"arso,·ie surtout, un parti nombreux,' actir jusqu'à la turbulence, qui ne voyait pas seulement dans la révolution moyen de reconstituer la nationalité dans son indépendance absolue, mais cnc,,re d'étendre la constitution octroyée pat· Alexandre l" aux limites des constitutions anglaise et française, et même au delà. Cet élément, composé de pro[esseurs, de juristes, d'industriels et négociants, d'ouvriers et d'étudiants, présentait toutes les nuances du libéralisme, depuis celui des doctrinai1·es selon Royer-Collard et Guizot, jusqu'à la démocratie inspirée par les souvenirs do la dictature terroriste do 1793., Donc, aucune homogénéité entre les trois principaux éléments de la révolution polonaise, non plus que communauté de vues et d'aspirations dans ces éléments eux• mêmes. La diète qui s'était réunie à Varsovie avait nommé un gouvernement, où les nobles, les libéraux et les républicains se partageaient le pouvoir. Ce gouvernement avait élu pour chefs le général Chlopicki et le prince Lubecki qui, tous deux, songeaient beaucoup plus à négocier avec le tsar qu'à organiser la révolution dans le pays. Pour gccuper la remuante démocratie varsovienne, le général Chlopicki l'en· ferma dans la ville qu'il s'occupa su,tout de mettre en défense. Il fit ce que devait taire 1. ochu dans Paris quarante ans plus tard : il douta de l'élan révolutionnaire,

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