Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

13 IIISTOIRE SOCIALISTE lo reçoit anc empressement. Le colonel Caradec« rail entrevoir au roi que la présence du jeune duc de Bordeaux aux côtés du liculcnant-géni'ral <'lait indispensable pour rcnd1-ccourage à ses partisansetdécider la Chambre des pairs à se prononcer ... li insiste pour ramener avec lui le duc de Bordeaux. Le roi rait immé• dialement demander madame la duchesse de Berry, la met au courant de la situation el lui Mclare qu'il est tout disposé à accepter. La duchesse de Berry rait les plus vives objections, et ajoute qu'elle ne croirait jamais l'enfant en sûreté loin d;clle-mêmc ». Ici cc n'est plus un légitimiste comme le duc de \'almy, ce n'est plus un ennemi de Louis-Philippe qui parle: le marquis de Flers, qui donne comme références la Correspondance de Donoso Corle: et les Dépêches, correspondances et mémorandums d11feld-maréchal duc de Wellington, est un fervent apologiste de la. monarchie de juillet, cl il prétend faire honneur à Louis-Philippe de la démarche qu'il rapporte. Cette démarche n'est pas avouée, mais en tout cas singulièrement évoquée par Odilon Barrot, lorsque, dans ses mémoires, il mentionne un propos que lui a tenu la duchesse de Berry lorsqu'il l'accompagnait sur la roule de l'exil. « Que serait-il arrivé, lui demanda-L-elle, si je m'étais rendue à l'llôlel de \'ille et si j'avais placé le duc de Bordeaux sur les genoux du duc d'Orléans. - ~Jadame, répondit-il, il est_probable que ni vous, ni moi, ne serions ici.» C\'ousavons vu Odilon Barrot délayer et atlénucr le tableau tracé par Louis Blanc. Yoici le trait qui en ravive la couleur et en relève le ton. Il vient de rendre compte au prince de sa mission : Charles X n'a pas reçu les commiisaires et a refusé la sauvegarde qu'ils lui or"rraienl. « Au lieu de discourir scion son habitude», Louis-Philippe dit à Odilon Barrot, après l'avoir regardé: • Vous avez raison, ~I. Barrot, il faut faire une démonstration armée sur Rambouillet, - prévenez le généraf Lafayette et que le rappel soit battu dans tous les quartiers de Paris; - chaque légion de la garde nationale fournira un contingent de six cents hommes, et vous, messieurs, s'adressant à nous (aux commissaires: Odilon Barrot, de Scbonen, de Trévise et J acqueminot) vous précéderez cette colonne à Rambouillet. Celle fois, peut-être, je serai compris et vous serez accueillis». Notez que ceci se passait dans la nuit du 2au3 août,et que l'envoi du colonel Caradec à Charles X est du 3. Notez qu'en même temps que l'officier anglais se rendait à Rambouillet, une armée parisienne, conduite par le gé~éral Pajol, s'y portail également pour faire déguerpir le monarque déchu et sa famille, y compris· l'enfant que Louis-Philippe reconnaissait pour son roi. Quelques jours après, Charles X s'embarquait avec tous les siens à Cherbourg, après avo:r traversé lentement l'indifférence des campagnes et prudemment évité par des détours l'effervescence des centres de population, car le peuple ouvrier des villes était partout ~oulevé contre les hommes de l'ancien régime. Celle lenteur convenait au roi et à son entourage, non parce qu•~ sied anx

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