Eugène Fournière - Le règne de Louis-Philippe : 1830-1848

148 IIISTOIHE SOCIALISTE Ce sont là, dira-t-on, des méfaits c1uine sont pas imputables aux patrons, du moins clir,•ctemenl. ~lais comment les ouvriers no Jour en feraient-ils pas gricl? N'indiquent-ils pas <1u'iln'existe entre eux• prtsque aucun lien de clicnlèle et do palronag,•? • Le fabricant ignore l'ouvrier, et r(-eiproquemenl. Comment celui-ri apprècicr,1it-il, dès lors, la !onction industrielle de celui-là et mesurerait-il la part qui lui re,·ipnl, de cc chef, dans le produit. Pour l'ouvrier, le patron esl un homme c1uin,• tra,·aille pas, mais lait travailler les autres. Quand il rn au magasin du patron, r'r:-.tle commis, tout" une hifrar<"hiÈ:- de commis, qu'il aperçoit en fonc• Lion de tra,·ail, cl non le patron lui-même. Il ne doit pas être fait, ici, de distinction entre l'ouHi,•ro' le chel d'atelier. Il,; sont tn:•-; prorhr-~l'un dt• l'autrr, Pt tous drnx lrè:;loin du fabricant, qui C'sl 'cnnrmi commun. Ir para~il(', celui qui pcrw•rlit ou laiss(' pervertir par ses subordonnés la femnw t•l la filh•du travaillt'ur. LP,; dwf-.. d\lt+·li11r!-sont di·-.. habitants dr Lyon et les ou,-riers des nomadrs, mais non de:, élra11gt•r~. LC's 1u·1•111icrs huhilrnt ù la Croix•Hous-ie el aux Brotteaux, tle:, mu1,n1htrès hautes ,, dans ei de larges rul"'s,, de grand~ pièct.'soù l'air et la lumit'•r('pl•uvent p,~n(•lrer,tandb que lrs seconds habitcnl l('s ruPs • rtroiles cl mal per1'ées ,1, les 1< impasses ohs(·urcs, irrt~gulîèl'C'S ,, des cc plus mauvais quartiers » !'t se lol(,•nldans• les maisons les moins belles el I,·, moins rommodcs , aux èlagr, trop ha, ,•t aux cours, • quand il y en a, extrêmement petites, et d'une saleté 1x•pou"anlr », des« rues en pente qui conduisent ù la Croix-Housse» cl du quartier Saint-G,•,,nws. )l.oi, ,ounnt ous,i les !'Ompagnons et les apprentis sont nichés dans la sou· prntP 1111·negée it rôlé des n11'tiers.Le rhd d'alelirr ,·oit grandir l'apprenti qui sera Hon •·ompngnon•; la naturt\ même <lu travail ne permet pas d'exploiter le tra- ,ail J,, r ·niant; garçons et fillrs ne ce»rnl d'être io la charge de leurs ramilles que V<'l':!i la :-;l'izième année. .\ul 1·eIrait, <fuiindii1uc bien que l'extrême misère n'est pas lelolprrmanentdo la t·la:-...,• ou,-rière lyonnaise t.'l<rue)es rhds d'atelier et les ouvriers hont, peu dis. !anis k, u1h des autres: Les ramilles sont peu non,brcuscs: • trois enfants, terme rnoy,-n , dit \ïllerm,I, el il ajoute queccrhillre a une ,tendanccàdiminuer encore,. Il n..t lù. lort ju,lo•menl, la prcuYe du soin que mettent les ouvriers lyonnai,, • l,;,•a diff, rcnt, en cela do la plupa,·t des ouvriers, à ne pas accrollrc leur postérité pJu...l\.lpiclP1ncnl {jllf' lrur rortune "· IJ,,, ou\Ticrs Yi,·ant dans de telles conditions ne peuvent avoir les mœurs de s,•n·itud<-qui sont imposées aux malhrureux que la manulaclurc groupe par ccn• laine, dans ses murs et plie sous les disciplines directes du travail el l'aulorito sociale d'un palr'On qui est parfois seul de son espèce parmi la population de toute une nll,·, "''rilabl,• maitre léodal imposant ses idoes, ses opinions, les pratiques de son culte, aux serls qu'il lait travailler dans son usine, nourriL par son économat, loge dans ses habitations ouvrières, administre comme mairede la localité, recrutant ,un conseil municipal parmi ses commis.

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