IIISTOIRE SOC!ALISTE 121 d'inflexibilité, vit des souvenirs de la Com·cntion et dans le culte de son père le conventionnel. Il se défend dédaigneusement d'avoir ,·oulu renverser le gouvernement par la force. On n'attaque pas un gouvernement r1uiest en train de se suicider. <c ~ous ne conspoironspas, dit-il, nous nous tenons prêts... ~ous avons fait notre devoir envers la France, el elle nous trouvera toutl's le, fois qu'elle aura besoin do nous. • Les témoins cités par la défense achevèrent d'intimider le ministère public et do méduser les juges. Lorsque Lafayette parut à la barre, l'auditoire tout enlier· se Ic,·a dcrnnt le vieux républicain qui venait se porter raulion pour ses ami, et prononcer leur éloge. Ce lut une débâcle pour l'accusation. Lo président luimême passait à l'ennemi, cachait à peine son désir de l'acquittement sous crtlP C'Xhorlationaux jurés: « Comme juges, si vous apercevez des coupables, votb sévirez; mais si vous ne remarquezdans la cause quP l'inrxpf'ricnceet un enthüusiasmr irrl'fléchi,comme pères, vous saurez absoudre. >> Le:,;dix-neuf accusés furent acquill~s, aux acdamations de l'auditoire, qui fit à Trélat et il ses amis une escorte triomphale à travers les rues de Paris. D,• nombreux lampions pàrurent aux fenêtres. Lo lendemain, on put croire que Pari, souleni allait relever les barricades cl proclan,er la République. ~lais le peuple trou,·a en face do lui la garde nationale. Casimir Pedcr la renforç·a d'infanterie et de cavalerie. Les manifestants se dispersèrent après a,·oir évalué les forces de la bourgeoisie et leur propre faiblesse. Le;; juillet eurent lieu les élections, la Chambre ayant été dissoute le 31 mai. Casimir Perier, en ministre à poigne qu'il était, traç·a en ces termes à ses fonctionnaires leur devoir électoral:« Je vous dirai sans Jélour l'intention dugouverne. ment: il ne sera pas neutre dans les élections; il no ,·eut pas quo l'administration le soit plus quo lui.• Les électeurs censitaires n'avaient aucune raison pour résister il une pression ainsi organisée. La majorité [ut donc ministérielle. Mais la minorité, d'ailleurs mêlée, avait à sa tête des hommes remuants: l'opposition modérée se groupait autour d'Odilon Barrot, et les libéraux proprement dits autour de Mauguin, du général Lamarque et d'Arago. La première bataille se livra sur la présidence de l'assemblée. L'opposition présentait Laffitte. Cc choix était habile. Son concurrent ministériel, Girod (do l'Ain), ne l'emporta quo d'une voix. Casimir Perier, qui avait posé la question de confiance sur la nomination de son candidat, alla aussitôt portor sa démission au roi. La majorité s'accrocha aux basques de l'irascible ministre, qui consentit à rester. Qu'était donc ce Girod, dont le maigre succès avait failli causer une crise ministérielle? Par une sorte de bravade, Casimir Perier l'avait tiré de l'obscurité pour l'opposer à Laffitte, dont la popularité était grande, même parmi les députés ministériels. Etait-ce donc uniquement pour éprouver son pouvoir sur la Chambre nouvelle que le ministre s'était arrêté à un toi choix ? Non, Casimir Perier connaissait son homme : il voulait à la tête. do la Chambre un bon instrument ; il l'a,·ait trouvé.
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